H1N1, le rapport du Conseil de l'Europe

Le Conseil de l’Europe avait promit un rapport sur la gestion de la « pandémie » H1N1, c’est chose faite sous le titre La gestion de la pandémie H1N1 : nécessité de plus de transparence.

Les articles introductifs donnent tout de suite le ton, dès l’article 1:

L’Assemblée parlementaire est alarmée par la façon dont la grippe pandémique H1N1 a été gérée non seulement par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) mais aussi par les autorités de santé compétentes tant au niveau de l’Union européenne qu’au niveau national. Elle s’inquiète notamment de certaines répercussions de décisions et d’avis ayant entraîné une confusion des priorités au sein des services de santé publique de toute l’Europe, du gaspillage de fonds publics importants et de l’existence de peurs injustifiées relatives aux risques de santé encourus par la population européenne.

Le début de l’article 2 enfonce le clou:

L’Assemblée fait état d’un grave manque de transparence dans les prises de décisions liées à lapandémie, qui soulève des préoccupations concernant l’influence que l’industrie pharmaceutique a pu exercersur certaines décisions parmi les plus importantes.

On note au sein de l’article 5:

…l’Assemblée déplore sérieusement leur (OMS et organismes européens de santé publique) réticence à partager certaines informations essentielles et en particulier à publier les noms et déclarations d’intention des membres du Comité d’urgence de l’OMS et des organes consultatifs européens directement responsables des recommandations relatives à la gestion de la pandémie.

Dans l’article 8, l’Assemblée en appelle aux Etats membres afin qu’ils envisagent l’établissement d’un fonds public pour soutenir des études, des essais et des avis d’experts indépendants, qui pourraient être financés par le biais d’une contribution obligatoire de l’industrie pharmaceutique et qu’ils garantissent que le secteur privé ne tire pas profit des alarmes de santé publique et ne parvienne à se dégager de ses responsabilités en vue de privatiser ses gains, tout en réclamant le partage des risques.

L’article 52 du corps du rapport traite spécifiquement du cas français:

Les chiffres dont on dispose pour la France montrent très bien jusqu’à quel point la pandémie H1N1 a pu être surévaluée, et quelles ont été les conséquences pour les budgets de santé publique : la grippe a causé la mort de 312 personnes (chiffres d’avril 2010) et 1 334 cas sévères d’infection ont été enregistrés depuis le début de la pandémie selon l’Institut national de veille sanitaire. Compte tenu de l’évolution de la pandémie H1N1, le gouvernement français est parvenu à annuler les commandes de 50 millions de doses de vaccins sur le total de 94 millions commandés à l’origine. Une certaine quantité de vaccins a été vendue à d’autres pays mais la France s’est malgré tout retrouvée avec un stock inutile de vaccins, puisqu’il apparaissait en mars 2010 que seuls 5,7 millions de personnes s’étaient fait vacciner. La France se retrouve en définitive avec une facture de santé publique pour les vaccins qui s’élève à 365 millions d’euros et avec un stock de 25 millions de doses de vaccins dont la durée de conservation expire fin 201042. Le rapporteur considère qu’avec du recul on peut considérer que la France n’est pas dans une position enviable. Elle n’est toutefois pas la seule à être dans cette situation.

La Pologne par contre s’en tire nettement mieux grâce à une analyse intelligente de la situation, elle est l’un des rares pays d’Europe à ne pas avoir acheté des vaccins en grande quantité en raison de craintes sur leur innocuité et de la défiance manifestée à l’égard des firmes pharmaceutiques qui les fabriquent.

Dans l’article 54 on peut lire que la Commission polonaise sur la pandémie de grippe a identifié un groupe à haut risque de 2 millions de personnes et alloué des ressources pour l’acquisition du nombre nécessaire de vaccins. Toutefois, la ministre a estimé que les conditions offertes par les groupes pharmaceutiques pour l’acquisition des vaccins étaient inacceptables. Les vaccins ne pouvaient être achetés que par le gouvernement (ils ne pouvaient être commercialisés pour des particuliers) lequel devait endosser l’entière responsabilité de tous les effets indésirables du vaccin (lequel constituait visiblement une menace d’après le système Eudravigilence). Les vaccins affichaient en outre des prix 2 à 3 supérieurs à ceux pratiqués pour les vaccins pour la grippe saisonnière. Comme l’a elle-même souligné la ministre polonaise lors de l’audition publique en mars 2010, elle a pris la responsabilité – en tant que responsable politique et médecin – de ne pas accepter ces conditions pour ne pas être prise en otage par des groupes d’intérêts privés ou être contrainte de prendre des décisions majeures découlant d’annonces alarmistes.

Bref, les 20 pages de ce rapport constituent une enrichissante lecture. Nul part n’apparaît le mot « corruption » même si la chose existe en filigrane tout au long du texte, mais le message est clair: a quelques rares exceptions près l’incompétence des dirigeants associé à la puissance des lobbys de l’industrie pharma ont transférés des milliards d’euros des trésors publics vers les entreprises sans réelle contrepartie, ce qui était sans doute le but de l’opération dés le début – accusation que j’estime fondée rien que par le fait de l’opacité de toutes les procédures décisionnaires (ce que relève le rapport), le manque de coopération de l’OMS et des services publics de santé et la modification in extremis de la définition de pandémie par l’OMS (article 24 du rapport).

Les rétro-commissions n’existent pas que dans le domaine de l’armement.

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