Vers le dépistage général du VIH en France, qui profite?

Selon l’article parut hier dans Libération, Sida: vers un dépistage général, l’Etat va proposer le dépistage gratuit à l’ensemble de la population française de 15 à 70 ans. Selon cet interview de Roselyne Bachelot, il y aurait aujourd’hui 150 000 séropositifs en France dont 1/3 ignore son état (l’article ne dit pas comment on arrive à un tel chiffre) et de de 6000 à 7000 nouvelles contaminations par an. En décembre, une campagne nationale d’information appellera ainsi tous les professionnels de santé à proposer ce test à leurs patients. Mais est également prévue la création de centres de dépistages communautaires.

Toujours selon Mme Bachelot, “..la politique de prévention doit s’élargir. Avec l’utilisation de toutes les nouvelles méthodes de prévention : le préservatif bien sûr, mais aussi les traitements qui deviennent aujourd’hui un outil de prévention. …Le plan prévoit de créer rapidement des centres de santé sexuelle, ou des jeunes filles comme des jeunes hommes peuvent avoir toutes les réponses et toutes les prises en charge possibles”.

Ce ne sera plus un professionnel de santé qui fera le test mais un militant associatif, formé à cet effet. «Le dépistage doit devenir banal, insiste la ministre. Budget: 1 milliard d’euros sur cinq ans. Avec pour objectif: réduire de 50% les nouveaux cas en cinq ans, mais aussi réduire de 20% la mortalité, ainsi que la prévalence des autres MST.

Sur la mortalité ayant pour cause directe le VIH, ce rapport de l’INSERM indique qu’en 1998 le taux de mortalité était de 798 hommes et 215 femmes (rapport de 1 à 4) pour la France, et ce taux semble très stable au fil du temps. Si on extrapole sur cinq ans cela concerne 5 000 personnes, et le plan espère donc en sauver 1 000 (20%). En comparaison, l’ensemble des maladies infectieuses en 1998 causait le décès de 15 103 hommes et 18 041 femmes (total 33 144 personnes). Avec dans tous les cas un relatif équilibre hommes-femmes sauf infections de l’urètre et voies urinaires avec une plus forte incidence chez les femmes (rapport de 1 à 2). On pourrait se demander pourquoi le VIH reste à ce point cantonné chez les hommes, après 25 ans d’existence…

Si on fait le compte, le plan concerne les 50% des nouveaux cas sur 5 ans soit environ 16 000 personnes, et 1 000 “sauvées” soit un total de 17 000 personnes hors “autres MST” dont on ne voit pas trop le rapport avec le plan Sida hors l’aspect prévention.  Donc si on divise 1 milliard d’euros par 17 000 cas cela nous donne un coût unitaire de 58 800 E. Connaissant les excellentes relations entre Mme Bachelot et les laboratoires pharmaceutiques qui vendent les tests de dépistage et les médicaments (voir l’affaire H1N1) on peut se douter qu’une très importante partie de cette manne leur est destinée.

Tout cela bien sur dans le cadre de la vision orthodoxe de la maladie, à savoir que d’une part l’état Sida est causé par le VIH, et d’autre part que les tests révèlent réellement une infection par ce même rétrovirus – deux affirmations qui sont depuis longtemps remises en cause même si ce débat est pour l’essentiel ignoré du public français. Mais restons pour l’instant dans l’orthodoxie. Les tests “banalisés” prévus dans le cadre de ce plan Sida sont de type “tests de dépistage rapide” ou TDR. Le très orthodoxe site vih.org publiait cet article en 2009 sur les TDR et je cite ici leur conclusion:

Il ne s’agit ni de rejeter les TDR de façon massive, ni de les accepter de façon passive mais de poser clairement leurs indications et de connaître leurs avantages et leurs limites dans les stratégies du dépistage. Les TDR ont une place «en creux» dans les stratégies de dépistages, celle laissée par les dispositifs du dépistage lorsqu’il n’existe pas d’autre possibilité, c’est-à-dire les urgences et les campagnes hors les murs vers les populations refusant ou n’ayant pas accès au système de soins.

Sommes-nous dans ce cas? Combien de faux positifs vont se déclarer au fil de cette campagne, sachant l’impact psychologique et social désastreux de ce genre d’annonce sur tout individu?

Il faut savoir que la méthode de dépistage VIH classique est basée sur une combinaison de deux tests distincts, le test ELISA d’une part suivi, en cas de résultat “positif”, d’un test Western Blot de confirmation.  Ces tests ne sont pas spécifiques au VIH et de nombreux états maladifs peuvent déclencher de faux positifs malgré ces combinaisons – qui nécessitent un appareillage de laboratoire – d’où un débat sur ce que mesurent “vraiment” ces tests, débat à nouveau inaudible en France. D’autant que la définition de ce qui constitue un diagnostic de séropositivité varie de pays en pays, il n’existe pas de standard mondial de ce qui définit la séropositivité.

Ce plan Sida est donc basé sur la dissémination à grande échelle d’un TDR réputé “fiable”, réalisable par n’importe qui et donnant un résultat en quelques minutes, alors même que les tests “sérieux” de laboratoire type ELISA et WB ne sont déjà pas spécifiques par eux-mêmes (d’où le double test). De qui se moque t’on?

Il me paraît évident, une fois encore, que le but de l’opération est d’une part de faire encore un petit peu plus peur à la population, et d’autre part d’enrichir encore un petit peu plus les labos aux dépends de cette même population. Par la vente de tests TDR d’une part même si ceux-ci ne coûtent pas très cher (20 E dans le commerce), mais surtout par la vente de trithérapies à tous les nouveaux séropositifs que la campagne espère détecter.  Car aujourd’hui si vous êtes séropositif, même en parfaite santé, vous êtes fortement incité à suivre un traitement – qui est lui très cher (760 E par mois en 2000, selon ce document de l’UPMC Jussieu) et risque de durer le restant de votre vie. Il peut alors être intéressant d’écouter ce type de témoignage, ou encore ce grand classique avec le Dr Montagnier.

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