Watson, entre connaissance et intelligence

Le quizz télévisé américain Jeopardy! demande de la part des participants une connaissance encyclopédique et une gestion du risque au travers d’un système de pari – l’idée étant que plus on est sûr de connaître la bonne réponse, plus on mise. Habituellement joué entre humains, le jeu a dernièrement invité Watson, un superordinateur IBM d’une puissance de calcul équivalent à 2000 PC dernier cri et gavé de téraoctets d’informations, tournant un logiciel de reconnaissance et d’analyse grammaticale. Watson appuie sur le buzzer quand il veut répondre à une question de l’animateur, et mise en fonction de son degré de certitude. Dans une compétition cette semaine contre les meilleurs joueurs humains de Jeopardy!, Watson a gagné haut la main.

Pourtant ce n’était pas gagné d’avance, car les questions posées par l’animateur sont souvent complexes dans leur formulation, et souvent sous la forme d’une description plutôt qu’une question dans le sens grammatical du terme. Par exemple plutôt que demander “qui était le premier ministre fumeur de cigares qui dirigea l’Angleterre pendant la seconde guerre mondiale?”, l’animateur dira “Ce fumeur de cigares dirigea l’Angleterre pendant la seconde guerre mondiale”. Ce qui pour une machine est nettement moins évident, et la première tâche de Watson consiste en fait à essayer de comprendre la question posée. Pour ce faire il utilise des algorithmes et son imposante puissance de calcul, pour arriver à une reformulation compréhensible de la question ainsi qu’à une évaluation du degré de confiance qu’il peut placer dans son interprétation de la question – ce qui influe directement sur la mise qu’il placera. Ceci fait, il fait alors une recherche dans sa base de données pour trouver la réponse à la question, ce qui l’amène généralement à plusieurs milliers de réponses possibles – tout cela en moins de trois secondes. Il utilise alors une centaine de tests de confiance pour donner à chacune d’elles un rating. Si la réponse avec le meilleur rating a un niveau de confiance suffisant, il “appuie” sur le buzzer et donne sa réponse.

Clairement, ca marche. Mais ce n’est pas de l’intelligence car Watson peut commette des bourdes, notamment concernant des connaissances tellement évidentes qu’elle ne sont pas écrites. Pour la même raison, il n’est pas systématiquement capable de faire la distinction entre des éléments de fiction et la réalité, par exemple à la question “quelle fut la première femme dans l’espace” il répondit “Wonder Woman”.  Comme le dit Boris Katz, chercheur en intelligence artificielle au MIT, “on y est pas encore, on a même pas gratté la surface (d’une réelle intelligence artificielle).”

En dehors des jeux télévisés, les applications de Watson sont nombreuses: finance, santé, analyse de documents, moteur de recherche.

Source: http://www.newscientist.com/article/dn20128-better-than-human-whats-next-for-jeopardy-computer.html