La surmédicalisation : un dysfonctionnement majeur et systémique

La Société de Formation Thérapeutique du Généraliste (SFTG), organisation par et pour les médecins généralistes réputée indépendante (des laboratoires, Etat et groupes de pressions divers et variés), organisait fin avril un colloque intitulé “Surmédicalisation, surdiagnostics et surtraitements” dont le communiqué de presse est désormais disponible ici, en attendant un compte-rendu plus complet.

Mais ce communiqué donne déjà le ton. Extraits:

La surmédicalisation a envahi de nombreux champs du soin en donnant l’illusion de progrès diagnostics et thérapeutiques à une majorité de médecins, soignants, patients et usagers qui n’en ont souvent pas conscience….

…Les débats ont permis de dégager un certain consensus autour de l’hypothèse de départ : plus de soins ne produisent pas plus de santé, et trop de soins peuvent être nuisibles, créer des confusions entre le superflu et les soins nécessaires et utiles. Les excès occultent le phénomène contraire en apparence: la sous-médicalisation, liée à une distribution inadéquate des ressources, à l’accès inégal aux soins, à la précarité et à d’autres inégalités socio-économiques….

… Cela passe par la mise en évidence de toutes les collusions, de tous les intérêts industriels et corporatistes du complexe médico-industriel, qui créent de la désinformation, des biais, des influences sur les prescripteurs et les patients, entretenus par un matraquage publicitaire qui renforce le cercle vicieux du consumérisme des patients et de l’offre médicale, inégalement répartie et sans rapport avec les besoins réels de soins, qui crée la demande….

Comme le dit très bien cet article de Pharmacritique sur le même sujet, “L’une des tâches de ce mouvement d’idées devrait être de convaincre d’abord les professionnels de santé, puis les usagers, que l’intervention médicale et le médicament ne sont pas automatiquement créateurs de santé. La prévention relève surtout de l’éducation sur les facteurs de risque, les comportements à risque, les causes environnementales, les expositions professionnelles à des agents toxiques“.

Il faut maintenant arriver à traduire ces vérités générales, bien connues depuis des décennies mais restées – pour des raisons d’intérêts évidentes – sous le radar politico-médiatique, en gestes et comportements concrets. Il faudrait analyser les grandes opérations commerciales (vaccins contre la grippe, hépatite, H1N1, HPV, HIV, etc…), les relations incestueuses entre l’industrie pharmaceutique et l’agence de sécurité du médicament, les méthodes commerciales “incitatives” des labos face aux médecins et j’en passe, à la lumière de ces conclusions que l’on ne peut plus, ici, qualifier de “conspirationnistes” ou “sectaires”.

Dans un registre voisin, une récente étude parue dans le Journal of Gerontology américain et intitulée “Mortality and Morbidity Trends: is there compression of morbidify?” démontre que l’augmentation de l’espérance de vie se paye par une augmentation de la morbidité – on vit plus longtemps mais on est aussi malade plus longtemps. En gros, aux USA sur la dernière décennie, un an de longévité supplémentaire se paie par deux années supplémentaires soumis à une maladie (notamment problèmes cardiaques, cancer, diabètes lié à l’obésité, mal de dos chronique). L’intérêt de la situation, évidemment, n’est pas perdu pour l’industrie médico-pharmaceutique: plus de clients malades plus longtemps.

 

Ajout du 8 juin: on peut désormais lire les comptes-rendus sur http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/06/08/actes-du-colloque-surmedicalisation-surdiagnostics-surtraite.html

 

This entry was posted in Chronique, Santé, Science & techno, Société and tagged , , , , , . Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *