Port de Boulogne-sur-Mer, ça rame et en désordre

Daniel Percheron, Président de la région Nord-Pas-de-Calais, ce 4 juin: “Le port de Boulogne est en grande difficulté. Il perd beaucoup d’argent et il ne fonctionne aujourd’hui qu’à l’aide des subventions exceptionnelles du conseil régional, son propriétaire, et que grâce à la rigueur de gestion de la chambre de commerce“. La première phrase est tout à fait juste, mais la seconde prête à sourire: c’est en effet la Région et la Chambre de Commerce (CCI) qui ont, voici trois ans, investi 45 millions d’euros (certains parlent de 60 millions) dans un “hub port” destiné au trafic transmanche, sur base d’un accord de principe et sans garanties avec l’opérateur LD Lines… qui mettra un seul bateau en opération à Boulogne pendant 6 mois avant de se rapatrier sur Calais, laissant un port flambant neuf et parfaitement vide à charge des contribuables. Rigueur de gestion, en effet.

Le seul souci de la Région et de la CCI, qui gère les infrastructures portuaires appartenant à la Région, semble être de réitérer le même désastre en faisant venir à titre symbolique un bateau à Boulogne. Alors même qu’il est évident qu’un seul bateau ne pourra jamais amortir les frais d’un port, et c’est bien pour cela que tout le trafic transmanche est désormais sur Calais, afin d’obtenir une économie d’échelle suffisante. Alors, plusieurs bateaux? On voit mal la Région déshabiller Calais pour habiller Boulogne. Augmenter le nombre de bateaux et les répartir sur ce qui doit devenir, en 2015, le grand port régional Calais-Boulogne? Encore faut-il les trouver, ainsi que le public. La possible renaissance de SeaFrance sous forme de SCOP en partenariat avec Eurotunnel, et pour laquelle la Région a promis 10 millions d’euros, a donné l’occasion à Mr Percheron de relancer ce ballon lors du dernier conseil portuaire de Boulogne en début de mois: il conditionnait au versement de cette aide à la future-ex-SeaFrance le fait d’avoir un bateau basé à Boulogne. Ce supposément en accord avec les partenaires du projet, mais le probable futur président de cette probable future société, Jean-Michel Giguet (Eurotunnel)  ne semble pas au courant: “Cela ne fait pas partie de nos plans. Notre projet repose sur une logique économique et tous les opérateurs qui ont tenté leur chance à Boulogne-sur-Mer ont connu un échec. Il est hors de question de se lancer dans une option qui va augmenter nos difficultés“. Encore mieux, le maire de Boulogne et nouveau Ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, jugeait  jeudi dernier cette déclaration « inopportune, alors que l’enjeu concerne actuellement Calais ». Ca commence bien!

Il est vrai qu’un bras de fer oppose actuellement la ville de Boulogne et la Région/CCI sur la question de l’Eperon, cette avancée au centre de la ville sur laquelle fut construite, voici quelques décennies, la Gare Maritime  d’où partaient les ferries avant la construction du hub port. L’endroit, qui accueillera ce mois-ci  le Centre Pompidou Mobile, est globalement un désert de béton dans un état de décrépitude avancé et la ville désire s’approprier le lieu afin d’y développer un quartier maritime et touristique moderne. La situation est complexe car, au-delà des enjeux officiels, existent toute une série d’enjeux de “copinage” qui garantissent le blocage permanent de tous les projets qui n’arrangent pas le pouvoir local véritable, essentiellement composé de quelques grandes familles issues de la pêche et des réseaux franc-maçons côté économique, et d’un inexpugnable et presque féodal PS côté politique.

Parmi ces projets bloqués, la création d’une marina de plaisance en rade de Boulogne pouvant offrir 1000 à 1200 anneaux. Malgré la crise, la demande en places de port reste importante: la liste d’attente sur Boulogne est de 4 ans! La plaisance reste le parent pauvre, n’intéressant pas du tout la CCI (ce qui est compréhensible en soi, mais elle devrait alors se dessaisir du dossier). L’écluse permettant l’accès à toute heure du bassin Napoléon (là où sont placés les voiliers dont Boulogne est le port d’attache) est hors service depuis deux ans et les travaux ne font que commencer. Pour une ville qui mise beaucoup sur le tourisme, dont le nautisme fait partie intégrale et dont les retombées économiques ne sont pas négligeable, cette inertie est un réel problème.

Mais à côté de cela, malgré le temps pourri, les plages sont belles, le poisson frais, les frites excellentes et les gens fort sympathiques!

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