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Monnaies locales complémentaires et économie réelle

Tous ceux et celles qui s’intéressent à l’économie réelle savent que 20% de la population mondiale se partagent 80% des richesses, et que 95% de la masse monétaire, tous types confondus, ne sert qu’à la spéculation et 5% à faire tourner l’économie humaine. Et que cette situation est une catastrophe, un gâchis et une magnifique arnaque perpétrée par les institutions financières et politiques sur le dos des populations. Une réplique souvent décrite sur ce blog est celle des monnaies locales complémentaires (MLC pour les intimes) qui fleurissent partout dans le monde (on en recense plus de 5000). Actuellement en France plusieurs sont en phase de lancement, telle la monnaie Heol sur le Pays de Brest, l’Epi pour l’agglomération du Havre ou encore “Les 2 lions” pour l’agglomération de Rouen. Une autre est à l’étude ici à Boulogne-sur-Mer.

Toutes ces MLC partagent une philosophie de relocalisation de l’économie, de développement durable, de “vertu” sociale et économique (tels le bio et le développent durable), de rejet de la spéculation, de construction identitaire. Elles sont montées par un partenariat essentiellement issu de l’économie sociale et solidaire (associations, mutuelles, banques coopératives) et des collectivités locales, à l’inverse des MLC dites de première génération (tel le Chimgauer allemand ou l’Abeille française) montées par des associations ou collectifs tout à fait indépendants des pouvoirs locaux. Elles sont également toutes basées sur une parité avec la monnaie officielle, en l’occurrence l’Euro, associée à une prime d’entrée et une taxe de sortie. Pour encourager leur utilisation et combattre le risque de thésaurisation, elles sont souvent “fondantes”, c’est à dire qu’elle perdent un peu de leur valeur au fil du temps (le plus souvent de l’ordre de 2% par trimestre) si elles ne sont pas échangées.

Deux questions fondamentales se posent face à cette éclosion – salutaire – d’initiatives monétaires locales: d’abord quelle est la taille critique qui permettra à une monnaie de passer de l’état de “gadget bobo” à celui de vecteur économique réel et donc, quelle structure et taille de marché faut-il tenter d’atteindre. Deuxièmement quelle est la place dans, et le mode d’accès des populations dites défavorisées, à ces nouveaux circuits locaux. Read more

Les Groupements d’Employeurs

L’Université Rurale du Clunisois organisait récemment une rencontre sur le thème des groupements d’employeurs.  Petite synthèse à l’usage des employeurs intéressé par des petits temps partiels à la l’usage des particuliers intéressés par un travail réparti entre plusieurs employeurs.

Un groupement d’employeur (GE) est une association composée de membres qui ont choisis d’employer ensemble un ou plusieurs salariés, ces derniers étant alors salariés du groupement. Leur travail est réparti entre les différents membres selon un pro rata défini entre les membres. Les GE existent depuis 26 ans et en Saône-et-Loire on en dénombre 190 dans le secteur agricole, secteur de très loin le plus grand utilisateur de cette formule.

Les éléments clés à prendre en compte pour la création d’un GE et l’engagement de salariés : Read more

Du gène égoïste au génie collaboratif

Ce billet est tiré d’une publication de la Harvard Business Review écrite par le Professeur de droit entrepreneurial Yochal Benkler. Harvard est la business school la plus réputée au monde et un temple de ce que l’on appelle le corporate management: comment utiliser un ensemble d’actifs humains, matériels et financiers pour générer le plus de profit possible au travers d’un ensemble de méthodes. Cette approche est fondée sur le principe que l’être humain est par essence égoïste et rationnel (posant les choix les plus avantageux pour lui-même) et que la somme bien agencée de tous les égoïsmes génère la situation économique la plus rationnelle possible. C’est ce que l’on appelle la “main invisible” proposée par Adam Smith dans son ouvrage de 1776 La Richesse des Nations. Corollaire de cette vision de l’humain égoïste, la nécessité de créer des systèmes de contrôle, de mesure (tels les droits de propriété), de récompense et de punition sans lesquels les sociétés humaines se déliteraient rapidement. C’est la encore une ancienne théorie attribuée à Thomas Hobbes et son Leviathan, de … 1651. Et pour couronner le tout, la notion d’égocentrisme inhérent à l’être humain fut renforcée dans les années 70 par le biologiste néo-darwiniste Richard Dawkins et son livre Le Gène Egoïste. Là c’était définitif: même le bloc fondamental de toute vie, le gène, était bâti sur l’égoïsme pur et dur et rien d’étonnant alors que l’homme soit ainsi fait. Bien sur Keynes a combattu Smith, Rousseau a combattu Hobbes et de nombreux biologistes tel Gould ont combattu Dawkins et nous savons, aujourd’hui, que cette inclinaison à l’égoïsme rationnel est tout sauf une réalité générale mais dans le monde du corporate management et de la technocratie en général, on en est toujours à Hobbes, Smith et Dawkins. D’ou l’intérêt particulier de cet article de Benkler paraissant dans la propre publication du saint des saints du corporate management, la Harvard Business Review. Read more

Sociocratie, la décision par consentement

Je participais début octobre à une session de formation sur la sociocratie, méthode de gestion d’entreprise (ou autres organisations) développée par l’ingénieur néerlandais Gerard Endenburg dans les années 1970, initialement afin de mieux gérer sa propre entreprise familiale. G. Endenberg s’est basé sur ses connaissances des théories systèmiques et notamment la cybernétique, ainsi que d’autres apports plus philosophiques pour arriver à une approche qui reste encore à ce jour relativement confidentielle dans son application mais qui complète fort bien, à mon avis, les apports plus classiques développés dans mon billet Associations employeuses : Questions de pouvoir Read more

Réforme du capitalisme selon Muhammad Yunus

En ce mois de l’Economie Sociale et Solidaire il est intéressant de voir ce que propose le Prix Nobel de la Paix 2006 Muhammad Yunus, universellement connu en tant que fondateur de la banque de microcrédit Grameen, dans son dernier livre “Building Social Business: The New Kind of Capitalism That Serves Humanity’s Most Pressing Needs” – ce que je traduirais par “Construire l’entreprise sociale: le nouveau capitalisme au service des besoins de l’Humanité les plus criants”.

Comme je le développais dans cet article sur l’ESS en début de mois, la définition actuelle de l’ESS est basée avant tout sur une notion de structure (associations, coopératives, syndicats et fondations) plutôt que de finalité, ce qui mène à quelques distorsions. Yunus plaide pour une approche hybride décrite ci-après (ce qui suit est extrait d’un article d’Olivier Lacoste parut en juin sur www.fenetreeurope.com) Read more

Le partage est légitime, par Philippe Aigrain

Ce billet a été rédigé par Philippe Aigrain sur son Blog.
A diffuser sans modération.

Le partage de fichiers représentant des oeuvres couvertes par le droit d’auteur entre individus sans but de profit a été rendu illégal au cours des 30 dernières années dans la plupart des pays1et dans la plupart des cas. Cela ne m’empêche d’affirmer haut et fort que l’acte de prendre une oeuvre numérique qu’on a acquis2 et de la copier, la rendre accessible à d’autres ou leur envoyer est non seulement légitime, mais une contribution essentielle à l’établissement d’une culture commune.

Je propose de défendre cette position en suivant les points suivants: montrer l’utilité du partage (délimité comme ci-dessus) et sa légitimité même sans autorisation des auteurs, montrer que lorsqu’on l’interdit, les pratiques culturelles appauvrissantes chassent les pratiques enrichissantes, et finalement affirmer que la prohibition du partage sera un jour vue comme un étonnant obscurantisme. Read more

De l’économie sociale et solidaire – suite

Ceci est la suite d’une réflexion sur l’ESS initiée dans ce billet du 28 octobre. Examinons brièvement trois cas qui à mon avis questionnent la notion de périmètre de l’ESS.

Premier cas: les consortiums de coopératives opérant dans le champ social. Très développés en Italie, le principe des consortium est basé sur une loi italienne spécifique rendant accessible aux seules coopératives les contrats d’assistance sociale, d’animation socio-culturelle ou encore d’entretien d’espaces publics. Contrats proposés, sur appels d’offre, par l’Etat et les collectivités. Cette sous-traitance a généré un très important marché, et naturellement une forte concurrence. Pour faire face, les coopératives ont tendance à se constituer en consortiums regroupant d’une poignée à plus de mille coopératives, avec des chiffres d’affaires de plusieurs dizaines de millions d’euros. C’est alors le consortium qui arbitre entre les différentes propositions au sein de ses membres, développe une image de marque commune, et propose un certain nombre de services administratifs, financiers, RH et marketing.  C’est donc un exemple de développement ESS stricto-sensu, néanmoins fortement conditionné par les finances des collectivités et tenu à des normes de rentabilité financière tout à fait classiques. De plus, même si l’externalisation des services sociaux n’est pas un phénomène récent en Italie, l’existence de ce domaine de l’ESS reste fortement conditionné par la loi. Sans elle, la concurrence du privé classique aurait un impact important. L’exemple italien est-il un exemple à suivre? Read more

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