Tag Archives: Evolution

Evolution humaine et ADN: plus ça avance, plus c’est mystérieux.

1.14294_web_Sima-de-los-Huesosjpg

Excavation à la grotte de Sima de los Huesos, en Espagne.
JAVIER TRUEBA/MADRID SCIENTIFIC FILMS

Près de 2 millions d’années se sont écoulées entre l’apparition de ce qui semble être notre plus ancien ancêtre connu, Australopithecus sediba, et nous aujourd’hui Homo Sapiens Sapiens. 2 millions d’années d’une histoire qui paraît de plus en plus complexe, un enchevêtrement de lignées différentes qui rendent caduque l’image d’Epinal d’une évolution linéaire réussie aux côtés de quelques branches qui n’auraient pas survécu (Neandertal pour la plus récente) du fait de leur incapacité à soutenir la concurrence des Sapiens.

Je renvoie ici à quelques articles précédemment publiés sur ce blog qui contextualisent quelque peu ce propos, si vous avez le temps de les lire: “On aurait déterminé l’age du chaînon manquant“, “Le père de nos pères Perry dans la nuit des temps” ou encore “L’homme ancien est de moins en moins ce qu’il était“.
Read more

Adam et les pomme-pomme girls

Selon le très sérieux et néolibéral The Economist, aux USA 58% des Républicains et 40% des Démocrates adhèrent à la thèse créationniste, comme quoi Dieu aurait créé l’Homme sur Terre, dans sa forme actuelle, voici quelques 10 000 ans. La Foi balayant les montagnes, les arguments scientifiques relatifs aux fossiles et autres indices d’une lignée quelque peu plus ancienne et simiesque sont balayés comme simple propagande des athées, ou reliquats d’un passé pas si lointain – Noé et le Déluge. Toujours selon The Economist, le Pape actuel serait en accord avec cette vision du monde, ce qui le rendrait presque sympathique s’il n’était pas en plus Marxiste – mais c’est une autre histoire. Read more

La guerre et l’évolution des sociétés complexes

F1.smallDans le dernier billet “La Cliodynamique, une méthode scientifique pour prédire les crises sociales“, il était question d’une technique de simulation numérique à même de prévoir l’émergence de crises sociales graves. Une technique similaire développée par ce même Peter Turchin de l’Université du Connecticut et le National Institute for Mathematical and Biological Synthesis, s’attache à simuler l’avènement des sociétés complexes dites “ultrasociales”, c’est-à-dire capables de générer de la collaboration entre groupes ethniques distincts (ce qui n’est finalement qu’une autre définition de “civilisation”). L’objectif de ce développement est d’une part de comprendre comment nos énormes, étatiques et anonymes sociétés ont pu se développer à partir de petits groupes communiquant en face-à-face, et d’autre part pourquoi autant de variabilité dans la capacité des populations de construire durablement ce type de sociétés? Read more

Le père de nos pères Perry dans la nuit des temps…

La tradition du Livre nous fait tous remonter à Adam, et cette finitude du point de départ se retrouve encore aujourd’hui dans les hypothèses (souvent affirmées comme des réalités) de l’origine humaine. La génétique observe depuis ses débuts un élément bien précis, le chromosome Y de l’homme. L’homme, en effet, obtient ce chromosome via son père, et donc à partir de l’éventail des chromosomes Y aujourd’hui connus au sein de la population masculine, on peut remonter le temps pour trouver l’époque où vivait notre ancêtre mâle à tous, notre Père Premier d’où nous tirons tous ce fameux chromosome.

La science estime aujourd’hui que ce Père Premier vivait voici 60 000 à 140 000 ans. Homo Sapiens est apparu voici 195 000 ans et ce Père Premier n’était évidemment pas à son époque le seul mâle vivant, mais il se trouve que “par hasard” nous serions tous descendus de lui. Ce devait être un sacré bonhomme. Read more

On aurait déterminé l’âge du chaînon manquant!

<i>(Image: Andreas Preis)</i>

(Image: Andreas Preis)

Ah ce fameux chaînon manquant, cet être mythique établissant la jonction entre le singe et l’Homme!

Cela fait plusieurs décennies qu’au fil des découvertes, cette date inconnue semblait reculer dans le temps du fait de la découverte d’hominidés de plus en plus anciens.   Australopithecus sediba, le plus ancien membre de la famille Homo connu à ce jour, vivait voici près de 2 millions d’années, selon le mode de datation aujourd’hui en vigueur. Mais entre le premier Homo (s’il est bien le premier) et les singes existait un temps peuplé d’hominidés remontant jusque 6 millions d’années:  Ardipithecus ramidus retrouvé en Ethiopie et vieux de 4,4 millions d’années ainsi que Sahelanthropus tchadensis et Orrorin tugenensis qui vont sur leurs 6 ou 7 millions d’années De nombreux paléontologues pensent depuis longtemps que la jonction a du avoir lieu dans ces eaux-là, vers 7 millions d’années mais sans fossiles ad hoc sous la main, impossible à prouver.

La génétique a permis une nouvelle approche, dite de l’horloge moléculaire, consistant à utiliser le taux de mutation d’un génome donné, permettant d’en déduire l’âge si l’on connait sa configuration d’origine et son taux de mutation. Le temps écoulé depuis la dernière spéciation est alors proportionnel au niveau de différence entre les deux génomes  Ne disposant pas à l’époque de données pour calculer le taux de mutation, les chercheurs se sont tournés sur les Ourang-Outans dont on estime, à la grosse louche, que la lignée pré-humaine s’est séparée voici 10 à 20 millions d’années. Le calcul fit apparaître un taux de 75 mutations par génération. Utilisant ce taux, le calcul placerait  la différentiation homme-chimpanzé à 4 millions d’années, au pire 6 millions.  Ce qui ne colle pas avec les observations des paléontologues, qui comme on l’a vu ci-dessus connaissent des hominidés ayant à peu près cet age, et qui n’auraient pas pu se différencier à ce point des chimpanzés en si peu de temps. Selon cette conclusion génétique, le vrai hominidé le plus ancien devait être Australopithecus (Lucy, vieille de 3 à 4 millions d’années) et les autres des accidents de la nature. Il y avait donc vraisemblablement un problème avec l’estimation du taux de mutation génétique.

De fait, des études très récentes ont pu observer le taux de mutation du génome humain entre parents et enfants quasiment en temps réel, et sur une échantillon de 78 enfants cela donne un taux de 36 mutations (Nature, vol 488, p 471). L’horloge moléculaire humaine tourne en fait nettement moins vite sur précédemment supposé, ce qui repousse d’autant le moment de la séparation, mais de combien exactement? Pour cela if faut connaître la durée d’une génération d’humains et de chimpanzés. La première est connue de longue date, et la seconde est donnée à 24,5 ans par une récente étude (PNAS, vol 109, p 15716). Ce qui donne une date de séparation homme-chimpanzé d’au moins 7 millions d’années, et pouvant aller jusqu’à 13 millions d’années. Une étude complémentaire précisant le taux de mutations dans l’ADN d’un large échantillon de 85 000 Islandais semble indiquer une date probable de l’ordre de 7,5 millions d’années. Voilà qui permet de réinstaller les très vieux hominidés dans la lignée humaine!

Cela dit, tout n’est pas joué car si on applique ce nouveau taux de mutation pour retrouver la date de séparation de la lignée des Orang-Outans, on arrive à 30 millions d’années – ce qui dépasse la limite des 20 millions d’années donnée par les fossiles. Une explication possible serait liée au fait que plus les corps prennent de l’ampleur, plus le taux de mutation ralenti et donc les Orang-Outans auraient mutés plus rapidement au début, permettant de ramener le calcul dans la fourchette de la datation fossile. Mais cela est loin de constituer une preuve.

De ceci découle que notre différentiation en tant qu’humains est nettement plus ancienne que précédemment évoqué. On a longtemps pensé que la sortie d’Afrique datait de 50 000 ans, mais l’utilisation des nouvelles données repousse cette période à entre 90 000 et 130 000 ans! Ce qui pourrait faire un lien avec cet autre billet de ce blog intitulé “L’Homme ancien est de moins en moins ce qu’il était” et qui parle d’une forme de représentation symbolique datant de cette période, alors que l’anthropologie classique situe l’apparition de la compétence symbolique chez Homo à pas plus de 35 000 ans.

Ces nouvelles mesures semblent également confirmer l’apparition de Homo heidelbergensis, ancêtre de l’homme de Néandertal et donc la séparation d’avec notre lignée, voici 500 000 ans. D’autres dates communément admises vont ainsi vraisemblablement se retrouver décalées vers le passé. L’Homme est vieux, plus vieux qu’on ne le croyait et je suis disposé à parier que plus on cherchera, plus on s’apercevra que nos compétences cognitives de Sapiens Sapiens ne sont finalement pas si récentes que cela non plus.

 

Source: New Scientist 

 

 

L’appel des sirènes ou sirènes à la pelle?

Si à titre d’expérience personnelle et poétique l’existence des sirènes ne fait pour moi plus guère de doutes,  à titre de démonstration scientifique il reste du chemin à parcourir mais on ne part pas de rien non plus. J’ai précédemment proposé cet article intitulé “Etre humain: où sont les poils?” faisant un rapide état des lieux de la théorie dite “aquatic ape”, proposée dans les années 60 par un certain Alistair Hardy de l’université d’Oxford et visant à donner une explication à l’indubitable mais difficilement explicable réalité humaine: nous n’avons presque pas de poils et un certain nombre d’autres caractéristiques (position du larynx, capacité à tenir notre respiration, flexibilité dorsale, capacité de nos bébés à nager dès la naissance, couche de graisse cous-cutanée, etc..) qui n’apportent pas d’avantages (et nombre de désavantages) à un animal terrestre mais qui, par contre, sont tout à fait compatibles avec une adaptation aquatique. La possibilité d’allers et venues entre formes terrestres et aquatiques n’a, en elle-même, rien de révolutionnaire: les cétacés ont des ancêtres terrestres, les premiers animaux terrestres sont très probablement venus de la mer, l’ours polaire actuel est en cours de métamorphose entre un ours terrestre et un animal aquatique. Selon les tenants de la théorie du “primate aquatique“, l’ancêtre de l’homme moderne serait passé voici quelques millions d’années par une phase marine, lui procurant ainsi certaines caractéristiques typiquement aquatiques, avant de retourner à un environnement essentiellement terrestre. Read more

Faut-il réintégrer la notion de progrès dans l’Evolution?

La notion de progrès, dans le contexte de l’évolution naturelle, n’existe plus vraiment depuis que l’orthodoxie évolutionniste, issue des travaux de Darwin et développée par de nombreux scientifiques depuis lors, présente les facteurs de sélection naturelle et de contingence comme seuls responsables du fait évolutionnaire. La sélection naturelle est, selon l’orthodoxie en vigueur, d’une part l’effet de mutations génétiques générant des traits favorisant la survie d’un groupe par rapport à un autre, et d’autre part la capacité d’adaptation des espèces à la pression environnementale - domaine également de l’épigénétique.  La contingence est un concept notamment développé par le biologiste Stephen J. Gould qui propose que l’évolution est ponctuée de remises à zéro et de coups de pouces imprévisibles (du fait de cataclysmes par exemple) qui font que le “film” de l’évolution ne se déroule jamais deux fois de la même façon. Read more

« Older Entries