Services secrets: “l’Etat, c’est nous!”

Ce matin Manuel Valls était l’invité de France Culture (replay de l’émission ici) et, noyé dans le flot habituel de généralités, de langue de bois et de n’importnawak (genre: ” Nous avons du utiliser le 49-3 pour faire passer la loi Macron, mais il y a une majorité au Parlement...”), une petite intervention de la moralo-hystérique Caroline Fourest qui demande à M. Valls de “la rassurer”
sur le fait que la loi Renseignement ne pose aucun danger au respect de la vie privée et des libertés des Français. Ce que ce dernier ne manque pas de faire, en une phrase (22:00, 2ème partie de l’interview). Aucune question, aucun débat, faut croire que l’équipe de France Cuture a reçu quelques “recommandations” de ne pas creuser le sujet. Ou que Caroline Fourest fut sensible à l’éloge de Valls envers son dernier livre, l'”Eloge du blasphème“… Une p’tite pipe, Manu?

Parce que nous sommes tout sauf rassurés, et l‘histoire de la journaliste de Rue 89 Camille Polloni cherchant à savoir si elle est fichée par l’Etat est révélatrice d’une sombre réalité. Continue reading

Quel avenir pour le Golfe Persique?

persique09L’avènement du roi Salmane d’Arabie saoudite en janvier 2015, dont il était Ministre de la Défense depuis novembre 2011, s’est conjugué avec les négociations de Genève entre les USA et l’Iran sur le programme nucléaire de ce dernier pour initier un changement potentiellement radical de l’équilibre des forces autour du golfe Persique. Continue reading

My french chronicles (3): Books, Big Brother, warplanes and spoof

French politics have become such a farce that it’s getting difficult to know where to start.

Thankfully, popular author Emmanuel Todd, has just come up with a new essay entitled “Who is Charlie? Sociology of a religious crisis”, in which he denounces the January 11 grand march (following the January 7 Charlie Hebdo and Hypercasher attacks in Paris) as an incredible event of “false consciousness”, where millions of “sleep-walkers” ran behind a president flanked by the world oligarchy for the right to trample on Mohamed, the central figure of a feeble and discriminated group. He further argues that the apparent sense of unanimity was a facade, that in reality the young periurban generation – Muslim or not – was “not Charlie”, neither were the provincial working classes. Continue reading

Que faire d’en quête de sens?

Les projectionsCe lundi était projeté, au cinéma municipal de Cluny (71), le documentaire En quête de Sens nous invitant à un petit tour du monde de penseur(e)s qui tentent de répondre à une question simple: qu’est ce qui ne va pas avec le système actuel, et que faire. Continue reading

My french chronicles (2): Did you say “Front National”?

ob_c70359_logo-fn-2015Putting it very simply, the first round of departmental elections last Sunday saw a fairly strong showing from the far-right National Front (in French: Front National, or FN), around 25%, just behind the Conservative / Center-Right (UMP / UDI) alliance, and in front of the Socialist / far-Left (PS / FdG) alliance. The second round will occur on Sunday, March 29th and I have no prediction to make about the final outcome, but one thing is clear: the Front National is increasing it’s hold on local elections and that is sending ripples of angst in the establishment and in a sizeable part of the population, to which the FN is presented as a non-republican, racist, irresponsible bunch. There is of course some truth in that, but the reality is a bit more complex. Continue reading

My french chronicles, episode 1: After Charlie Hebdo

A belgian national residing in France for the past 15 years, I thought it might be interesting to write about what is going on here from a personal viewpoint. This might even get read by my English-speaking friends on the social web, and it’s a good exercise anyway!

This is definitely not a digest of current french affairs, nor an exercise in french-bashing, and neither is it done in support of any political group or institution.

Let’s start this with the recent and hugely talked-about episode of the Charlie Hebdo attacks in Paris on January 7th, and the mass-media hysteria and political breast-beating that ensued. Continue reading

Rafales pour le Caire: la Libye fumeux

La signature de la vente de 24 avions de chasse Rafale et d’une frégate couronne une superbe opération de marketing du complexe militaro-industriel français, qui restera certainement dans les manuels didactiques des apprentis dictateurs, meurtriers de masse et terroristes en costume-cravate. Du beau boulot, illustrant à merveille l’insondable hypocrisie, corruption et communauté d’intérêts de tout ce beau monde qui adore nous faire la leçon sur les “valeurs” de la République. MDR, le “M” étant malheureusement à prendre au sens premier.

Reprenons. Le contexte date de 2005 avec les accords entre Sarkozy et Kadhafi sur le sujet du financement de la campagne électorale du premier en vue de l’élection présidentielle de 2007. Médiapart a consacré de nombreuses pages à cette enquête, dont les conclusions n’ont jamais été démenties, Continue reading

Liberté d’expression, entre hypocrisie et opportunisme

cybercensure-rsf-carteLes récents événements auront au moins été un excellent révélateur de l’intenabilité de la notion de liberté d’expression telle qu’actuellement définie. Dans son principe, la liberté d’expression permet toute expression d’opinion hors l’insulte et la diffamation – qu’il faut comprendre comme insulte et diffamation à l’encontre de personnes ou de groupes humains, l’insulte ou la diffamation à l’encontre de choses ou d’idées – tel le blasphème – n’existant théoriquement pas.

Une complication majeure de l’applicabilité de la liberté d’expression est le distinguo fait entre la satire et l’argument “sérieux”. Charlie Hebdo a gagné des procès sur le simple argument qu’il est un journal satirique, alors que les mêmes faits eussent été retoqués s’il c’était agit d’un journal “sérieux”. Distinction subjective, car la ligne entre satire et opinion “sérieuse” est des plus floue et donc, des plus soumises à l’arbitraire. Continue reading

Elections Européennes et le Grand Nimportenawak

logo-europe-La présidence de la République a réagi aux résultats des européennes en affirmant que « des leçons doivent être tirées » de cet « événement majeur ». Ben voyons. Quel événement? La montée des partis eurosceptiques? Les 25% du FN en France? La nouvelle claque de la gauche institutionnelle, française comme européenne? La faible participation? Aucune surprise la-dedans il me semble, tout cela était à peu près prévu par les commentateurs politiques bien avant les élections.

Des leçons? Comme d’habitude, quelques effets de manche, langue de bois et petits arrangements entre amis pour ne pas modifier un status quo qui arrange en fait à peu près tout le monde au sein de la petite famille politique européenne. 

Et, n’en déplaise à toute cette bande de clowns, la seule leçon que l’on peut tirer de ce non-événement n’est pas qu’il faudrait reconditionner le peuple pour qu’il “aspire à l’Europe”, mais bien que le peuple ne veut plus de cette nomenklatura composée de fonctionnaires intouchables et de députés grassement rémunérés dont une bonne partie sont des cons finis parqués là pour services rendus à l’establishment (Dati, Hortefeu, Morano, MAM pour ne citer que les porte flingues de droite les plus connus) et qui n’en n’ont rien à battre de l’Europe – c’est juste une bonne mangeoire en attendant des jours meilleurs ou la retraite dorée.

Le peuple en a marre des 30 000 lobbyistes qui trafiquent les projets de loi (quand ils ne les écrivent pas eux-même) en faveur d’intérêts n’ayant pas grand chose à voir avec l’intérêt commun. Le peuple en a assez de la dictature technocratique bruxelloise qui passe son temps à inventer des règlements que personne n’a demandé et à nous faire payer pour des projets inutiles (combien de boîtes de com, de boîtes de formation, d’experts en tous genres se font financer sur base de projets qui ne servent à rien d’autre qu’a justifier l’existence du “machin” européen?). Si une partie du peuple vote pour des gens telle Marine Le Pen (qui touche ses 10 000 euros par mois de salaire et d’indemnité sans rien faire d’autre que cracher dans la soupe) c’est sans doute parce que ces gens-là, au moins, ne font pas semblant d’y croire: ils assument leur hypocrisie. On ne peut pas en dire autant de tout le monde, genre Harlem Désir qui n’en fout pas plus que Le Pen – et empoche tout autant, tout en vantant les mérites de l’Europe. Ben oui, sûr que c’est pas perdu pour tout le monde!

Le peuple a soupé de la PAC qui contribue à la mort des petits paysans tout en engraissant les gros à coups de quotas et de primes à la taille. Idem pour la politique de pêche qui cause un gaspillage monstrueux de la ressource (tout ce qui est pêché hors quota est rejeté à la mer, mort…) et un jeu inégal entre les petits artisans et les gros armements qui ont les moyens de se payer, grâce à la corr… au lobbying, une réglementation tout à leur avantage. Non pas qu’il faille éliminer les quotas – au contraire – mais il faut des quotas de pêche effective, qui prennent en compte la réalité de ce qui est effectivement pêché.

Le peuple ne peut plus avoir confiance dans un système européen qui négocie dans l’opacité des traités internationaux, tel TAFTA, dont il est très difficile pour les non-initiés d’en comprendre les tenants et aboutissants. Néanmoins, en se basant simplement sur les tentatives précédentes genre ACTA qui furent heureusement sabordées grâce à l’action de la société civile, il est tout à fait logique de penser que ce qui se trame dans l’ombre servira avant tout ces fameux intérêts privés des actionnaires du big business, de la censure et de la haute finance, à nos dépends à tous.

Le peuple n’est pas anti-européen, ce qui est par ailleurs un oxymore vu que nous sommes tous, par définition, européens. Le peuple est simplement de plus en plus intolérant du système de l’Europe des technocrates, des décideurs non élus, de la corruption et des hordes de parlementaires qui se goinfrent sur son dos. Si encore tout cela produisait un résultat considéré comme globalement positif, mais non – austérité, raideur budgétaire, chômage au nom de la raison supérieure du dieu Euro et son Eglise de la BCE, du libre-échangisme quitte à en crever, et de la taille monétaire unique pour des pays aussi différents que l’Allemagne et la Grèce! Nimportenawak.

Il me semble, pour conclure sur ce coup de gueule initié à l’écoute des lamentations hypocrites de nos pseudo-représentants, qu’il faut se poser – vraiment – la question centrale: quelle Europe pour les européens – tous les européens?  Je vote pour une Europe qui épouserait les réalités culturelles, sociales et économiques très diverses de notre beau continent sans chercher à les uniformiser dans une non-identité blême et technocratique. Une Europe dont les représentants de ses nations seraient tirés au sort, pour une durée déterminée. Une Europe libérée de ses armées de lobbyistes corrupteurs, de son arrogante BCE, de ses projets inutiles. Une Europe qui ne chercherait pas à nous empêcher de manger nos fromages locaux au lait cru, et qui arrêterait de vouloir assassiner les petites cantines ou restaurants à coups de règlements hygiénistes débiles au profit des marchants de malbouffe 100% aseptisée. Bref, une Europe pragmatique, humaniste, émancipatrice pour tous les européens, et qui ne pète pas plus haut que son cul.

 

=Vincent Verschoore=

Les intellos de l’humour, un sketch pas marrant

Consternation ce matin sur France Inter lors de l’émission de Pascale Clark “Les Chroculs“, dédiée aux limites qu’il faudrait imposer à l’humour – avec référence non dissimulée à l’affaire Dieudonné. Le panel des invités comprend des chroniqueurs “avisés” issus des journaux Le Monde, Le Figaro, L’Express et la Parisien.

Ceux et celles qui, comme moi, estiment que la liberté d’expression ne peut pas, par définition, avoir de limite en-deçà de la diffamation, et donc que la question des limites de l’humour – tête de gondole de la liberté d’expression – ne se pose tout simplement pas en seront pour leurs frais en matière d’argumentation. Pour ces intellos de l’humour, la banane doit avoir des limites et ces limites sont… et bien on en sait rien en fait, aucune norme objective n’a pu être proposée malgré les efforts de P. Clark pour faire expliquer pourquoi Desproges, par exemple, est recevable, mais que d’autres ne le seraient pas. Les invités ne proposaient que des réponses totalement subjectives: untel est acceptable parce que l’on sait d’où il parle, un autre par ce qu’il a du style et de la finesse, un troisième pare qu’il ne fait qu’imiter une situation vécue ou qu’il reste dans le cadre de la loi, etc… Continue reading