A Cluny, Denis Robert et le film l’Enquête

Le cinéma Les Arts de Cluny projetait hier soir le film “L’Enquête”, relatant les aventures de Denis Robert dans ses recherches sur Clearstream, la haute finance et la corruption politico-financière. Très bon film, rendant compréhensible une situation très complexe mélangeant en fait deux affaires: les agissement de Clearstrream d’une part, objet initial de l’enquête au début des années 2000, et les affaires politiques d’autre part dans le contexte du duel à mort (politique pour certains, mais littérale pour d’autres) entre Sarkozy et de Villepin pour la présidentielle de 2007. L’affaire des frégates de Taïwan se retrouve ainsi intimement mêlée à l’affaire Clearstream dans une histoire à tiroirs que le film arrive à bien faire comprendre, dans la mesure où il est possible d’y comprendre quelque chose vu que la “vérité” reste cachée dans les profondeur mafieuses du financement politique.

1-DSC05796Denis Robert nous fit l’honneur de sa présence dans la salle suite au film, pour animer un débat sur le film et les questions qu’il pose. Il était également présent ce samedi matin pour une séance de signatures aux Cahiers Lamartine.  Continue reading

My french chronicles, episode 1: After Charlie Hebdo

A belgian national residing in France for the past 15 years, I thought it might be interesting to write about what is going on here from a personal viewpoint. This might even get read by my English-speaking friends on the social web, and it’s a good exercise anyway!

This is definitely not a digest of current french affairs, nor an exercise in french-bashing, and neither is it done in support of any political group or institution.

Let’s start this with the recent and hugely talked-about episode of the Charlie Hebdo attacks in Paris on January 7th, and the mass-media hysteria and political breast-beating that ensued. Continue reading

Valls et les valeurs de la République!

Manuel Valls a annoncé mardi le recours à l'article 49-3 pour faire passer en force la loi Macron afin de ne pas prendre le risque d'être mis en minorité. /Photo prise le 17 février 2015/REUTERS/Charles PlatiauManuel Valls est un homme de convictions. Il n’hésite pas à dire que Roland Dumas ne fait pas “honneur à la République” quand ce dernier dit tout haut ce que les discours de l’intéressé démontrent d’eux-mêmes(1), ni de faire un foin,  à chaque occasion possible, sur son très grand amour et respect de ces fameuses valeurs républicaines!

Mais voilà, concernant le “vote” de la loi Macron Môssieur Valls estime qu’une majorité existe vraisemblablement au sein de l’Assemblée Nationale, mais qu’elle est incertaine, donc par mesure de sécurité on ne va pas voter et imposer de force une loi qui aura, sans doute, un impact visible sur la société française. La loi est peut être bonne en soi, j’avoue n’avoir pas regardé de près n’ayant de toute manière par voix au chapitre, mais cela n’a rien à voir avec la méthode qui, elle, ne l’est pas.

Soit on respecte effectivement les valeurs de la République, donc la démocratie même s’il faut malheureusement reconnaître que la plupart du temps elle n’est qu’une farce, soit on ne la respecte pas et on a au moins la décence de ne pas trop faire semblant. Et si on estime que la démocratie actuelle n’en est pas une, mais que l’on se présente en grand défenseur des “valeurs” sous-jacentes, on essaie au moins de la rendre moins mauvaise plutôt que d’en profiter.

 

(1)

Discours du Trocadéro, mars 2014 : https://www.youtube.com/watch?v=TiszwdNCdak

Discours à la Grande Synagogue, septembre 2014: https://www.youtube.com/watch?v=8ib61ReMFCI

Liberté d’expression, entre hypocrisie et opportunisme

cybercensure-rsf-carteLes récents événements auront au moins été un excellent révélateur de l’intenabilité de la notion de liberté d’expression telle qu’actuellement définie. Dans son principe, la liberté d’expression permet toute expression d’opinion hors l’insulte et la diffamation – qu’il faut comprendre comme insulte et diffamation à l’encontre de personnes ou de groupes humains, l’insulte ou la diffamation à l’encontre de choses ou d’idées – tel le blasphème – n’existant théoriquement pas.

Une complication majeure de l’applicabilité de la liberté d’expression est le distinguo fait entre la satire et l’argument “sérieux”. Charlie Hebdo a gagné des procès sur le simple argument qu’il est un journal satirique, alors que les mêmes faits eussent été retoqués s’il c’était agit d’un journal “sérieux”. Distinction subjective, car la ligne entre satire et opinion “sérieuse” est des plus floue et donc, des plus soumises à l’arbitraire. Continue reading

Charlie Hebdo ne justifie pas la montée de l’Etat policier

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Attention aux hurlements des chiens de garde qui espèrent bien profiter du drame à #charliehebdo# pour transformer la France encore un peu plus en un état policier, mode USA post-11 septembre 2001. Ce sont ces moments-ci que des gens au tropisme liberticide, genre Manuel Valls (mais il n’est pas le seul loin s’en faut), exploitent pour agrandir les brèches déjà trop présentes dans nos droits fondamentaux au nom de “la guerre contre le terrorisme”. Refusons toute mesure dérogatoire aux droits de base, à la présomption d’innocence qui justifieront les abus de pouvoir et se transformeront bien vite en nouvelles procédures “normales”.

Des centaines de milliers de gens sont morts depuis 12 ans au nom de “la guerre contre le terrorisme”, et en même temps notre monde “libre” le devient de moins en moins. Malgré les révélations de Snowden, personne à la NSA ou à la CIA n’a été inculpé pour utilisation anticonstitutionnelle de la force publique sous la forme d’espionnage de masse. Car il suffit de brandir la menace terroriste pour justifier n’importe quel flicage.

N’oublions pas qui finance le terrorisme islamiste (l’Arabie Saoudite au premier plan, grande amie de la France et des USA…), et si l’Etat Islamique (Daesh) est devenu si puissant en si peu de temps c’est aussi grâce à la destruction de la Libye et de l’Irak par les occidentaux (dans les deux cas, pour des raisons frauduleuses), et au support des anti-Bachar el Assad qui se sont révélés être, en bonne partie, des islamistes forcenés…

Voyons à quoi mènera l’enquête sur le massacre de ce jour à Charlie Hebdo, voyons si certaines pistes potentiellement gênantes se trouvent écartées un peu trop vite, voyons à qui le pouvoir cherchera à s’en prendre s’il ne trouve pas très rapidement des inculpés acceptables. Mensonges et manipulations sont les mamelles de la géopolitique du terrorisme islamique, des deux côtés.

=Vincent Verschoore=

L’affaire Debout les Belges

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Depuis le temps que j’ai quitté mon pays natal, la Belgique, je ne m’intéresse plus que de loin aux “histoires belges”, que les complications communautaristes rendent parfois difficiles à comprendre mais qui, me semblait-il, résistait globalement bien à la tendance assez générale au sacrifice de la liberté d’expression sur l’autel du politiquement correct, de l’Etat policier et du “consomme et ferme ta gueule”.

Certes, avec sa 21ème place en 2013, elle ne se porte pas aussi bien que les “bon élèves”, selon le classement de Reporter sans Frontières sur la liberté de la presse, tel son voisin direct les Pays-Bas (deuxième) et les habituels Finlande et Norvège (premier et troisième respectivement), mais bien mieux que la France (37ème, juste deux places au-dessus du Botswana) ou que la Hongrie (56) et l’Italie (57) par exemple. Continue reading

Les intellos de l’humour, un sketch pas marrant

Consternation ce matin sur France Inter lors de l’émission de Pascale Clark “Les Chroculs“, dédiée aux limites qu’il faudrait imposer à l’humour – avec référence non dissimulée à l’affaire Dieudonné. Le panel des invités comprend des chroniqueurs “avisés” issus des journaux Le Monde, Le Figaro, L’Express et la Parisien.

Ceux et celles qui, comme moi, estiment que la liberté d’expression ne peut pas, par définition, avoir de limite en-deçà de la diffamation, et donc que la question des limites de l’humour – tête de gondole de la liberté d’expression – ne se pose tout simplement pas en seront pour leurs frais en matière d’argumentation. Pour ces intellos de l’humour, la banane doit avoir des limites et ces limites sont… et bien on en sait rien en fait, aucune norme objective n’a pu être proposée malgré les efforts de P. Clark pour faire expliquer pourquoi Desproges, par exemple, est recevable, mais que d’autres ne le seraient pas. Les invités ne proposaient que des réponses totalement subjectives: untel est acceptable parce que l’on sait d’où il parle, un autre par ce qu’il a du style et de la finesse, un troisième pare qu’il ne fait qu’imiter une situation vécue ou qu’il reste dans le cadre de la loi, etc… Continue reading

La Valls à Dieudo ou le dialogue aux enfers

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Les torrents de bêtises qui coulent depuis quelques jours sur les ondes radio et numériques de la médiasphère bien propre sur elle, laissent percevoir un abîme de ridicule dans lequel pourrait se perdre le zeste d’honnêteté intellectuelle de l’establishment français. Si le ridicule tuait, la décimation au sein du petit monde politico-médiatique serait dantesque. Et bienfaitrice. Reprenons.
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La France rejette le droit au secret des sources pour les blogueurs

Encore une fois, la France “Pays des droits de l’Homme et de la liberté d’expression” remets un tour de vis à cette fameuse liberté d’expression en refusant le principe du secret des sources au journalistes “non-professionnels” – et ce malgré l’avis très ferme de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) avait qui jugé “essentiel de ne pas limiter la protection des sources aux seuls journalistes professionnels“, n’y voyant que corporatisme. Question qui fut abordée récemment dans mon billet “Du journalisme au journalisme open source“. Continue reading

Décès du général Aussaresse, le seul qui osa la vérité

Le général Aussaresse est récemment décédé, dans l’indifférence générale (c’est le cas de le dire) et porteur de l’infamie suite à la parution en 2001 de son livre “Services spéciaux, Algérie 1955-1957″ (Perrin), dans lequel il dit avoir pratiqué la torture, “tolérée, sinon recommandée” selon lui par les politiques. Pour lui, elle “devient légitime quand l’urgence s’impose”. Ces confessions, accompagnées d’interviews dans la presse, avaient suscité une tempête politique et sa condamnation par la justice française en 2004 pour apologie de la torture. La Légion d’honneur lui avait également été retirée , tant qu’à faire (pourtant, quand on voit à qui on la donne ces dernières années…)

Ce que les médias français, toujours prompts à monter sur leurs grands chevaux de défenseurs de la bonne moralité, oublient de mentionner est le fait que, en 2008, la Cour Européenne des Droits de l’Homme avait retoqué la décision de justice française contre Aussaresse et ses éditeurs, en arguant ainsi: Continue reading