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Semer des grains de doute – Feuillet 5

Feuillet précédant                     Introduction

Deuxième partie : La nature du doute (suite)

De la logique cartésienne à la sémantique cognitive

 Nous sommes, pour la plupart, encore baigné dans l’idée développée par Descartes que l’esprit humain conscient fonctionne sur une base logique, rationnelle, universelle, émotionnellement neutre, au profit de notre propre intérêt. Nous vivons toujours dans la notion d’une dualité esprit / matière et d’une conscience désincarnée. Cette vision à été affinée au fil du temps, jusqu’à Chomsky et ses travaux sur la linguistique : il existerait une forme de langage grammatical pur, objectif et parfaitement logique, et notre capacité à communiquer dépendrait avant tout de notre maîtrise « technique » de ce langage. De ce point de vue rationnel, un mot ou une phrase donnée existe par elle-même en tant que « porteuse de sens » et nos esprits intègrent ces données dans une forme de processus logique mental nous permettant ensuite d’agir. L’esprit, et plus spécifiquement le cerveau, n’est alors qu’un calculateur biochimique qui pourrait parfaitement être remplacé, en principe, par un calculateur mécanique ou électronique, et c’est même cela qui fonde le champ de l’intelligence artificielle.

Mais, cette approche dualiste à été mise à mal au fil du temps, avec par exemple les travaux de Antonio Damasio1 en 1994 dans « L’Erreur de Descartes » où il démontre que la rationalité ne fonctionne pas sans émotions, donc nécessite l’existence du corps. Read more

Du gène égoïste au génie collaboratif

Ce billet est tiré d’une publication de la Harvard Business Review écrite par le Professeur de droit entrepreneurial Yochal Benkler. Harvard est la business school la plus réputée au monde et un temple de ce que l’on appelle le corporate management: comment utiliser un ensemble d’actifs humains, matériels et financiers pour générer le plus de profit possible au travers d’un ensemble de méthodes. Cette approche est fondée sur le principe que l’être humain est par essence égoïste et rationnel (posant les choix les plus avantageux pour lui-même) et que la somme bien agencée de tous les égoïsmes génère la situation économique la plus rationnelle possible. C’est ce que l’on appelle la “main invisible” proposée par Adam Smith dans son ouvrage de 1776 La Richesse des Nations. Corollaire de cette vision de l’humain égoïste, la nécessité de créer des systèmes de contrôle, de mesure (tels les droits de propriété), de récompense et de punition sans lesquels les sociétés humaines se déliteraient rapidement. C’est la encore une ancienne théorie attribuée à Thomas Hobbes et son Leviathan, de … 1651. Et pour couronner le tout, la notion d’égocentrisme inhérent à l’être humain fut renforcée dans les années 70 par le biologiste néo-darwiniste Richard Dawkins et son livre Le Gène Egoïste. Là c’était définitif: même le bloc fondamental de toute vie, le gène, était bâti sur l’égoïsme pur et dur et rien d’étonnant alors que l’homme soit ainsi fait. Bien sur Keynes a combattu Smith, Rousseau a combattu Hobbes et de nombreux biologistes tel Gould ont combattu Dawkins et nous savons, aujourd’hui, que cette inclinaison à l’égoïsme rationnel est tout sauf une réalité générale mais dans le monde du corporate management et de la technocratie en général, on en est toujours à Hobbes, Smith et Dawkins. D’ou l’intérêt particulier de cet article de Benkler paraissant dans la propre publication du saint des saints du corporate management, la Harvard Business Review. Read more