Les monnaies locales

Ce billet est la suite des deux billets sur ce blog traitant de la situation d’esclavagisme monétaire, et propose une issue qui ne remette pas en cause l’existence de monnaies nationales ou supranationales comme l’Euro, mais rende aux populations les moyens de réaliser des échanges économiques.

A la base, la monnaie moderne est un moyen d’échange qui ne fonctionne que si tous les participants ont confiance dans la stabilité de la valeur que représente une unité monétaire, et ont un accès suffisant à cette monnaie. Cela paraît évident, pourtant aujourd’hui le problème économique majeur de nos économies est que la population n’a pas accès à la masse monétaire nécessaire pour satisfaire l’ensemble de sa demande. Non pas que l’argent n’existe pas en masse suffisante, mais il est condensé dans les tuyaux de la haute finance et sert essentiellement à des activités spéculatrices, hors d’atteinte des acteurs de l’économie réelle.

L’incapacité congénitale des dirigeants politiques à comprendre ce simple concept fait qu’ils passent leur temps à jeter de l’huile sur le feu, comme notre cher (dans le sens économique du terme) président pour qui la seule solution aux problèmes de l’endettement et de la paupérisation de l’Etat est encore plus d’endettement et de paupérisation. Mais là n’est pas l’objet de ce billet.

Donc, comment faire en sorte que la monnaie ne migre pas vers l’économie financière mais reste au sein de l’économie réelle ? Une partie de la solution pourrait être par la création de monnaies locales, parallèles à la monnaie officielle mais gérées par des « banques centrales » locales. Ce qui n’a rien de nouveau et est à l’œuvre actuellement dans plusieurs pays dits développés mais pas (à ma connaissance) en France hors des applications tout à fait marginales (en terme de volume) comme les SELs.

Illustrons (très brièvement) avec trois exemples :

1)      Le WIR Suisse. Essentiellement destinées aux échanges entre PME, le système WIR (qui existe depuis 1934…) permet l’échange de biens et services hors du franc Suisse. Environ 60 000 PME adhèrent à ce service, dont la masse monétaire fluctue en proportion inverse à la masse des échanges en francs. Autrement dit, en période de croissance les acteurs préfèrent utiliser le franc car ils font des bénéfices donc ont du cash, et en période de récession ces mêmes acteurs se tournent vers le WIR pour compenser le manque de cash en francs. Le WIR est échangeable avec le franc à parité. Voir le sitehttp://www.wir.ch/index.cfm?CBD9201B3DBB11D6B9950001020761E5 pour plus d’info.

2)      Les BerkShares, un système de monnaie parallèle créé dans la région du Berkshire dans l’Etat du Massachusetts aux USA qui existe depuis 2006 et irrigue l’ensemble du tissu économique local. Plusieurs banques acceptent les dépôts en Berkshares, permettant de changer les Berkshares contre le dollar (ou inversement) au taux de 0,95 Berkshare pour 1 dollar. Plus de 350 commerces locaux acceptent les Berkshares, et le pouvoir d’achat du Berkshare est à parité avec le dollar (ce qui fait qu’il est plus intéressant d’acheter en Berkshire que de changer en dollars). Voirhttp://www.berkshares.org/about/index.htm

3)      Il existe une soixantaine de monnaies locales en Allemagne, à tel point que la Deutsche Bundesbank à publié un rapport http://www.bundesbank.de/download/volkswirtschaft/dkp/2006/200643dkp_en.pdfanalysant la possible concurrence entre ces monnaies et l’Euro. Les motivations de ces monnaies ne sont pas toujours la simple recherche d’une plus grande fluidité monétaire locale, il y a aussi en Allemagne un phénomène d’opposition de principe à l’Euro qui fait que des gens adhèrent à une monnaie locale même si elle n’apporte pas d’avantage particulier.

Voilà brossé un très succinct tableau, une petite recherche sur Internet permet d’identifier un grand nombre d’expériences de ce genre, et des livres tels que celui de Jérôme Blanc « les monnaies parallèles » http://www.alternatives-economiques.fr/les-monnaies-paralleles-jerome-blanc_fr_art_148_15644.html

Qu’en conclure ? La monnaie est comme le sang d’un être vivant : il ne faut pas qu’elle sorte du « corps » qu’elle est censé irriguer, sinon ce dernier dépérit. La question est de savoir ou sont les limites du corps en question; clairement le fait de définir le monde entier comme étant ce corps ne fonctionne pas correctement et engendre ce phénomène de condensation ou migration de la monnaie dans certaines parties du système, comme si notre corps se mettait à gonfler de sang notre poignet gauche (celui avec la Rolex) au détriment du reste.

Il faut donc commencer par définir les limites d’un écosystème viable économiquement parlant, puis mettre sur pied une banque centrale locale qui génère et contrôle la monnaie requise par l’activité locale.

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