L’Euro, la Grèce et l’Europe

Cees Maas était Trésorier Général au ministère des Finances néerlandais au moment de la création de l’Union économique et monétaire en 1992, et un actif participant à cette construction. Aujourd’hui, il se dit stupéfait de l’état de l’Euro: jamais un tel scénario n’avait été envisagé à l’époque. Il se dit tout aussi stupéfait que la Grèce soit membre de l’union monétaire en 2010 car ce pays a pu adhérer au système sans pour autant se soumettre aux règles de l’union en matière de déficit budgétaire et de dette publique.

Pour Maas, faire ainsi entrer le loup dans la bergerie ne pouvait que mal se terminer. Travaillant comme directeur financier à ING, Maas trouve néanmoins bizarre que l’on se réfère à la crise actuelle comme étant une crise de l’Euro. Pour lui il s’agit d’une crise des finances publiques, pas de l’Euro, qui lui ne se porte pas particulièrement mal en tant que monnaie.  L’inflation reste très faible. Il n’y a pas un problème d’Euro, il y a un problème avec un pays qui ne respecte pas les accords de stabilité qu’impose la monnaie unique. Et les pays qui ne respectent pas les termes du contrat devraient être mis sous tutelle, tout comme il est possible de mettre (au Pays Bas) des municipalités sous tutelle si elles ne respectent pas l’équilibre budgétaire.

Déjà en 2000 l’un des pères fondateurs de l’union monétaire européenne, André Szasz, s’inquiétait de l’arrivée de la Grèce dans l’Euro sans répondre aux critères prévus. Aujourd’hui la spéculation s’est emparée d’un problème latent lié à un mauvais choix politique, intenable sur le long terme. Les critères d’admission à l’Euro ne furent pas mis en place sans raison (déficit ne dépassant pas 3% du PNB, et dette publique ne dépassant pas 60%).

Pour Szasz, certains pays tels la Grèce mais aussi l’Italie et la France  n’ont toujours pas compris que l’union monétaire implique une unification de tous les territoires impliqués en termes monétaires ET budgétaires.  L’Euro est un projet politique et non pas un projet économique, il ne fonctionne qu’avec la volonté des participants.

Il est intéressant de se pencher sur cette notion de l’Euro en tant que projet politique plutôt qu’économique:  nous sommes bien là dans la ligne de pensée de Jean Monnet, qui reconnaissait que l’unification de pays précédemment ennemis ne pouvait se faire par les voies diplomatiques classiques mais requérait un système de passation des pouvoirs des pays vers une autorité administrative supérieure.  Passation devant se faire de manière douce mais irréversible.

Plus de 50 ans après le Traité de Rome, cette approche est-elle encore soutenable? Les Etats-Unis d’Europe ne restent-ils pas une utopie? Entre des consciences nationales ou régionales qui sont loin de vouloir s »effacer et une technocratie centrale corrompue et déconnectée du terrain, faut-il encore accepter d’endosser la camisole de force économique qu’impose le projet politique européen?

Certes rien ne serait pire que le retour à la situation antérieure, la guerre latente et sanglante comme solution aux problèmes politiques et économiques de la France et de l’Allemagne.  Mais plutôt que le mariage forcé qui reste l’objectif premier de la démarche européenne, une union libre ne serait-elle pas finalement préférable? Une décentralisation bien menée ne vaut-elle pas mieux qu’une centralisation malmenée?

Déjà en 1995 le projet d’intégration monétaire comme véhicule de l’intégration politique européenne avait été sévèrement attaqué par le haut commissaire européen aux affaires monétaires de l’époque, Benard Connolly, qui s’était fendu d’un livre intitulé « le coeur pourri de l’Europe ».

Connolly y dénonçait d’une part l’agenda politique secret (cad l’intégration européenne détachée de la sphère démocratique) sous-jacent au projet Euro et dont la soi-disant justification économique n’est qu’une illusion.

D’autre part il posait la question de la responsabilité du fonctionnaire:  est-il au service des intérêts de ses supérieurs hiérarchiques, ou au service des intérêts du public? Connolly se situait clairement dans le second cas (il fut renvoyé de son poste suite à la parution du livre). C’est là une question que bien des fonctionnaires, européens ou nationaux, devraient se poser…

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