Quelles fondations pour le développement durable ?

Le développement durable est la recette préconisée dans de nombreux milieux, y compris officiels, comme la voie à suivre pour sortir la société française, européenne voire mondiale des ornières écologiques, sociales et économiques dans laquelle elle se trouve actuellement.

Mais, le développement durable ne s’adresse pas aux questions plus fondamentales de la représentativité, du modèle social, des politiques économiques et monétaires, de la paupérisation (certains parlent même de la tiers-mondialisation de la société occidentale), l’éducation, le développement technologique, bref les fondamentaux d’une société.

La manière dont sont gérés ces fondamentaux est la cause de l’état du monde actuel, état insatisfaisant, dont la crise actuelle est un exemple de dysfonctionnement.

En conséquence, construire le développement durable sur les fondements actuels est comme bâtir une jolie maison sur des sables mouvants.

Or, sortir de ces sables mouvants et trouver la terre ferme impose la mise en place de nouvelles fondations.

Je propose au débat quatre « sables mouvants », quatre problèmes sur lesquels il faut me semble t-il réfléchir et agir, et qui impliquent des ruptures avec le modèle actuel.

Problème n° 1 : la professionnalisation de la représentativité politique et les liens entre ces professionnels et les centres de décisions économiques et financiers. Ce qui peut à priori apparaître comme une bonne chose (coopération entre le politique et l’économique) est en fait un verrouillage gagnant-gagnant pour ces parties prenantes, au détriment de l’ensemble des autres parties. Par exemple la fameuse privatisation des profits et la socialisation des pertes spéculatives; ou encore la tendance actuelle vers une société pénitencière ou forces de l’ordre, administration et justice œuvrent avant tout dans l’intérêt de l’appareil du pouvoir (la politique sécuritaire), peu importe sa couleur politique.

En l’état actuel des choses, toute politique de développement durable sera très fortement contrainte et limitée par les intérêts particuliers qui dominent le système de gouvernance, qu’il soit français, européen ou mondial.

Le développement durable ayant en partie pour objet le recentrage sur l’Humain, il semble essentiel de développer une démocratie représentative permettant un contrôle beaucoup plus précis des élus par leurs électeurs, une représentativité non inféodée, non professionnelle (c’est-à-dire sans cumul de mandats, avec une limite dans le temps et un système permettant le retour à la vie ‘civile’), et accessible.

Problème n° 2 : la monnaie. Aujourd’hui d’un point de vue décisionnel  seul ce qui existe sous forme de flux monétaire est pris en compte en tant que « valeur ». D’unité de mesure de la valeur, la monnaie est devenue valeur en soi car la financiarisation permet de créer encore plus de monnaie par pure manipulation (les fameux produits dérivés). Cette capacité de création monétaire à partir de rien rend le système monétaire schizophrène et instable : d’une part la monnaie représente une valeur de quelque chose de concret (telle voiture vaut 10 000 euros), d’autre part la monnaie est valeur en elle-même et peut faire des « petits » toute seule.

Il faudrait refondre le système monétaire actuel pour arriver à un nouveau système ou la masse monétaire est représentative d’une valeur globale sous-jacente, et répartie en fonction de cette valeur (donc reprise par l’Etat de la faculté d’émission monétaire, actuellement dévolue aux banques).

Cette prise de contrôle permettrait de mettre en œuvre un barrage anti-pauvreté par le biais d’un revenu d’existence, et d’opérer un contrôle strict sur les activités spéculatives.

Cette adéquation entre monnaie et valeur implique également la prise en compte de tous les coûts inhérent à la création de valeur, y compris les coûts écologiques. Ces coûts n’étant généralement pas pris en compte dans les économies traditionnelles (planifiées ou libérales), il est inévitable qu’une certaine forme de contrôle à l’import devra être mise en place afin que les prix des produits importés reflètent eux aussi l’ensemble de leurs coûts réels, et éviter ainsi la concurrence faussée.

Problème n° 3 : les ressources. La croissance est requise pour compenser les coûts de fonctionnement croissants des Etats. Si les coûts étaient stables on pourrait imaginer une forme d’homéostasie économique, mais les coûts augmentent, surtout dans les pays dits riches, du fait qu’une partie de plus en plus importante de ces populations consomme plus de valeur qu’elle n’en génère. L’augmentation de la proportion des retraités et des sans emplois relative à la proportion des actifs illustre parfaitement le problème. Pour compenser ce déficit, il faut augmenter les ressources, donc croître (notamment via l’augmentation de la productivité), ou s’endetter. En France, le seul remboursement des intérêts de la dette publique (sans parler du capital) consomme déjà l’entièreté de l’impôt sur le revenu. Mais croître continuellement, à un taux suffisant (au moins 3% par an, soit un doublement du PIB en 23 ans), à l’échelle mondiale est tout simplement une illusion… à moins d’une innovation fondamentale, un saut technologique qui permettrait de dissocier la croissance de la consommation de ressources peu ou pas renouvelables.

A défaut, les ressources insuffisantes obligeront mécaniquement les sociétés à des ruptures avec le modèle actuel, une décroissance forcée et violente.

Le développement durable tend à réduire le besoin en ressources par la mise en place de processus moins consommateurs (production locale pour réduire le transport, simplification des emballages, abandon des engrais, bâtiments énergétiquement neutres voir positifs, etc..) mais à l’échelle mondiale la réduction de notre consommation ne suffira pas à permettre à l’ensemble de l’humanité d’accéder au même niveau de vie. A moins d’envisager un cycle de décroissance drastique, un saut technologique est nécessaire pour permettre de synthétiser les ressources manquantes à partir d’une solution énergétique viable à long terme.

Problème n°4 : L’appropriation privée du « commun ».Le bien commun à généralement été compris comme ce qui n’appartient ni au privé, ni à l’Etat. Par exemple l’abeille qui pollinise les plantes ou le gain de blé font partie du « commun », tout comme les grandes idées philosophiques ou les bonne recettes traditionnelles. Et il a toujours été possible à tout un chacun de participer à ce commun, en y pêchant des choses et en y remettant ensuite ses propres trouvailles pour le bénéfice des générations futures. En fait la gestion du « commun » est la base même de l’idée de civilisation.

Or, la tendance actuelle est de transformer ce qui devrait être commun en propriété privée, sous forme de brevets et droits en tous genres. Notamment dans les sciences de la vie (OGM, semences propriétaires…), mais cette dérive existe dans tous les domaines. La disparition du « commun » au profit du privé, selon des règles créées par ceux qui bénéficient de cette appropriation et implémentées par la force contre ceux qui les refusent, est l’illustration parfaite et abjecte du vol légalisé par la loi du plus fort. En outre, ce système restreint l’accès à la connaissance au petit groupe de ceux qui détiennent ces brevets, leur permettant ainsi de focaliser l’innovation en faveur du plus immédiatement rentable pour eux, au détriment de la société dans son ensemble.

La notion de bien commun à besoin de retrouver une protection juridique forte. Ce que la nature a construit sur des millénaires ne peut en aucun cas devenir la propriété privée de qui que ce soit. Et inversement, le marché ne peut pas manipuler la loi pour rendre illégales des solutions issues du bien commun qui font concurrence à des alternatives industrielles.

Le développement durable est basé sur le bien commun. Mais il faut que ce bien commun soit disponible, protégé des appropriations par la sphère privée ou publique, accessible à tous, transmissible de génération en génération.

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