RESF- Questions pour un chapeau

Résumé des faits tels que l’on peut le lire sur le site RESF en date du 8 novembre:

Le 3 décembre 2010, et après une première audience qui s’est tenue le 16 septembre, quatre militant-e-s de la cause des Sans-Papiers comparaîtront devant le Tribunal correctionnel de Tours sur plainte de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur.

Les quatre prévenu-e-s, (Jean-Christophe Berrier et Muriel El Kolli, du Collectif Soif d’Utopies, ainsi que Abd-El-Kader Aït-Mohamed et Chantal Beauchamp, du RESF37) sont accusés par le ministre de « diffamation publique contre une administration publique ».

En cause, un communiqué de presse daté du 12 février 2010 intitulé Les Baleiniers, dans lequel les deux organisations alertaient l’opinion sur les soupçons qu’ils avaient de l’utilisation du fichier scolaire « Base-Elèves » pour le repérage des enfants sans-papiers et de leurs parents.

Ces forts soupçons reposaient sur des témoignages locaux, ainsi que sur les circonstances dans lesquelles s’étaient déroulées, dans les semaines précédentes, des arrestations de Sans-Papiers en Ille-et-Vilaine et en Guyane.

Les signataires du communiqué du 12 février comparaient ces méthodes de « chasse aux enfants » pour pouvoir expulser les parents à celles utilisées autrefois par les chasseurs de baleines – et pratiquées sous l’Occupation.

Le Réseau Education Sans Frontières s’insurge contre cette utilisation des tribunaux pour tenter de museler les protestations qui montent dans notre pays contre la politique du chiffre et les expulsions massives au mépris des droits humains.

Il affirme son soutien aux quatre prévenu-e-s de Tours, dont le but était d’alerter l’opinion sur des dérives administratives dangereuses pour les libertés.

Il demande la relaxe pour les 4 de Tours, et invite toutes et tous à signer en ligne la pétition en ce sens : http://baleiniers.org/la-petition

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Ce communiqué est introduit par un chapeau contenant la mention suivante:

Venant après d’autres, les poursuites engagées contre les 4 de Tours montrent que les préfets sont très sensibles aux références à la période de Vichy et portent plainte. Il faut dorénavant avoir cette réponse des autorités en tête avant de rendre public un écrit, afin d’éviter les poursuites

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Ce chapeau pose une question qui me semble largement déborder du seul cadre RESF car, même si comparaison n’est pas raison, l’Histoire existe pour que l’on s’y réfère. On comprend bien que les Préfets soient « très sensibles » aux références à Vichy et que s’ils le pouvaient ils effaceraient toute cette période des livres d’histoire, mais l’auto-censure visant à épargner les « sensibilités » des adjudants-chefs de Sarkozie est-elle réellement pertinente dans ce nouveau combat contre la barbarie?

Ce n’est en tout cas par l’avis de l’une des quatre mis en examens dans cette affaire, Chantal Beauchamp, qui persiste et signe avec ceci:

… A l’évidence, c’est une mise en garde, un avertissement, que j’imagine destiné aux RESF locaux qui seraient tentés, comme le RESF37, de dire crûment dans un texte que la chasse aux enfants à partir des écoles, c’est un vieux truc déjà mis en ouvre sous Vichy. [Petite parenthèse : lors du procès du 3 décembre, les 4 de Tours font citer une historienne qui, documents d’archives à l’appui, montrera qu’en effet, en 1942 – 1943, le Commissariat aux affaires juives mobilisait les Préfets et les Inspecteurs d’Académie, pour dresser la liste des enfants juifs. Et elle montrera aussi que, jadis comme aujourd’hui, il se trouve toujours des fonctionnaires zélés pour mettre leurs talents au service de l’ignominie.]

Mais revenons à ce fameux « chapeau ». Que dit-il en substance ? Que le pouvoir, Hortefeux en tête, ne supporte pas que des militants expriment le dégoût que leur inspire la politique migratoire actuelle en utilisant des métaphores (la chasse à la baleine) et en pointant des analogies de méthode (repérer les enfants pour mettre la main sur les enfants) entre le gouvernement actuel et celui du Maréchal Pétain. Bon. Nous avons tous remarqué qu’Hortefeux voit rouge dès lors que se profile une analogie historique. C’est le mécanisme bien connu de la dénégation qui est ici à l’ouvre. Et quand un Ministre voit rouge, il porte plainte. Et comme il a les procureurs à sa botte, il y a des poursuites judiciaires. Et le « chapeau » resfien de nous dire : prudence ! Retenez-vous ! ça va vous attirer des ennuis !

Autant je suis d’accord avec la consigne de n’être jamais injurieux lorsque nous protestons auprès d’un Préfet et lui demandons de renoncer à s’acharner sur telle ou telle personne – car cela ne pourrait que nuire à la personne que nous voulons défendre et protéger – autant je trouve la consigne d’auto-censure peu légitime, quand il s’agit de porter le fer au cour d’une politique odieuse au genre humain. Comme je ne suis plus très jeune (aucun des 4 de Tours n’est très jeune, nous avons tous 50 / 60 ans) je me souviens de ce slogan d’avant 1968, repris du mot d’ordre du Che : « Créons Un, Deux, Trois, Cent, Mille Vietnam ». Et je me prends à penser que faire profil bas face aux diktats idéologiques, sémantiques et historiques du pouvoir n’est sûrement pas la meilleure manière de se sentir un homme ou une femme libre.

J’entends bien une objection, tout là-bas dans le lointain, mais justement, cette objection-là n’est pas formulée dans le « chapeau ». C’est celle qui consisterait à dire que les resfiens ont des choses plus importantes à faire que de perdre leur temps à s’occuper de leur propre défense judiciaire. C’est vrai, j’ai des choses plus utiles à faire qu’à m’occuper de ma défense, et mon argent serait mieux utilisé à soulager quelque misère qu’à régler les honoraires d’un avocat. Mais c’est trop tard. Le procès arrive, vendredi 3 décembre 9 h 30, Palais de justice de Tours. Et je n’ai pour l’heure aucune envie de profiter de cette (fausse) tribune pour proférer des conseils de prudence verbale. Non, chers camarades, je ne ferai pas profil bas ; je ne m’excuserai pas d’avoir dit que cette politique infâme me rappelait d’autres infâmies. Et c’est pour ça que le « chapeau » qui « protège » le communiqué du RESF me gêne. Il a l’air, ce chapeau, de me faire les gros yeux. Il a l’air de me dire « Ecervelée que tu es ! Il ne faut pas tenter le diable ». Il a l’air de me dire « Tu vois ce qui arrive quand on n’est pas sage ». Et ça, chers camarades, c’est dur à avaler.

Ce n’est, je pense, un mystère pour personne, que ce communiqué de soutien aux 4 prévenus de Tours, c’est moi qui l’ai rédigé. Il a convenu à tout le monde. Pendant qu’il était en discussion, il n’a jamais été question de lui rajouter un « chapeau » de moraliste et depère fouettard.

Allez, les gars et les filles du RESF, si vous voulez vraiment soutenir les 4 de Tours, enlevez-moi cet horrible chapeau. Il n’est pas digne de vous, il n’est pas digne de nous tous, les Resfiens.

Chantal BEAUCHAMP

Membre du RESF37, poursuivie en correctionnelle sur plainte d’Hortefeux.

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Une réflexion sur “RESF- Questions pour un chapeau

  1. Interview de Chantal Beauchamp sur FPP 106.3
    [audio src="http://www.educationsansfrontieres.org/IMG/mp3/RESF_sur_FPP_164_-_10_11_10_-_2_-_Chantal_Beauchamps_-_Solidarite_avec_les_4_prevenu-e-s_de_Tours.mp3" /]

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