Papa, gaffe à ce que tu manges!

Si le paradis des biologistes est connecté à Internet, Jean-Baptiste de Lamarck doit avoir la banane depuis la publication par des scientifiques des Universités du Massachusetts et du Texas d’un papier portant sur la transmission de caractéristiques particulières, acquises par le père en réponse à son régime alimentaire, à sa descendance – et donc a priori sans passer par les mécanismes actuellement connus de la génétique.  Cette étude pourrait considérablement renforcer l’importance grandissante des facteurs épigénétiques dans l’évolution du vivant.

Deux précédentes études(1) avaient indiqué un effet possible de ce type mais ne permettaient pas d’évacuer tous les facteurs parentaux et sociaux susceptibles de faire aussi apparaître ce type d’effet, donc l’étude commentée ici fut spécifiquement calibrée pour éliminer ces cofacteurs: deux groupes de souris mâles furent nourries avec des régimes différents, le premier avec un régime standard (groupe de contrôle) et le second avec un régime faible en protéines. Toutes les femelles restèrent sur le régime standard. Les mâles carencés en protéines développèrent une augmentation de l’activité des gènes responsables de la synthèse du cholestérol et des lipides – normal, l’organisme sous-nourri cherche à stocker du gras – mais: la progéniture de ces mêmes mâles développa exactement la même caractéristique épigénétique alors qu’elle était alimentée au régime standard. Epigénétique car aucune modification des gènes transmis par les pères n’a été détectée.

D’où deux possibilités: soit les gènes s’expriment ici via un mécanisme inconnu, soit l’information est transmise par un autre vecteur que les gènes. D’où la banane posthume de Lamarck dont la théorie transformiste fut enterrée au profil du Darwinisme.

Pour rappel, la théorie de Lamarck est fondée sur deux grands principes, d’une part que la complexification des êtres vivants croît sous l’effet de la dynamique interne propre à leur métabolisme, et d’autre part que la diversification des êtres vivants est le résultat de leur adaptation à l’environnement (alors que pour Darwin il s’agit de sélection naturelle).

Ces résultats pourraient avoir un effet sur la manière dont la médecine analyse les causes de maladies types cardiovasculaires ou diabètes: en plus du comportement du patient et de ses éventuelles prédispositions génétiques, il faudrait sans doute prendre en compte le comportement des parents et grand-parents et ce même en l’absence d’interaction sociale ou éducative.

D’un point de vue plus général, ces résultats pourraient bien remettre en cause le centralisme mécaniste de la génétique dans le processus évolutif. Remise en cause déjà commencée depuis une dizaine d’années au travers de la montée de l’épigénétique bien sur, mais qui pourrait peut-être aller jusqu’à une éventuelle inversion du rapport de force?

(1) Notamment celle nommée « Överkalix Cohort Study » conduite sur une population isolée du nord-est de la Suède qui avait trouvé que les grand-pères mal nourris pendant leur adolescence étaient corrélés aux risques de diabètes, obésité et maladies cardiovasculaires de leurs petits-enfants.

Source: http://www.eurekalert.org/pub_releases/2010-12/uomm-yaw122110.php

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