Le terrorisme selon Europol

Europol vient de publier son rapport TE-SAT 2010: EU Terrorism Situation and Trend Report. Dans la préface, le directeur de Europol Rob Wainwright donne la définition officielle européenne du terrorisme comme suit:

Le terrorisme n’est pas une idéologie mais un ensemble de tactiques criminelles réfutant les principes fondamentaux des sociétés démocratiques. Les Etats membres de l’UE sont d’accord pour considérer comme tels les actes qui visent à intimider la population, à obliger les Etats à se plier aux revendications ce ceux qui commettent ces actes, et/ou à déstabiliser ou détruire les structures politiques, constitutionnelles, économiques et sociales d’un pays ou d’une organisation internationale. (1)

Première constatation: les actions policières d’intimidation et de dénigrement en tous genres de nos droits fondamentaux sont des actes terroristes au sens officiel du terme. Par ailleurs, on peut se demander si le terme « organisation internationale » inclut les sociétés commerciales, auquel cas le simple boycott de certains produits serait également considéré comme un acte terroriste. Voilà donc exactement le genre de définition fourre-tout qui permet de « décomplexer » le tropisme autoritaire, immoral et policier dont souffre aujourd’hui nos sociétés dites démocratiques, autrement dit le terrorisme d’Etat.

Dans le résumé du rapport, on peut lire que les Etats membres de l’UE continuent à être exposés à un risque séreux de terrorisme islamiste, ethno-nationaliste et séparatiste, en plus du terrorisme anarchiste et d’extrême-gauche (2).

Le rapport précise que le nombre d’attaques terroristes islamistes en Europe en 2009 était de … une (attaque à la bombe en Italie), contre 237 attaques par des séparatistes (et cependant 40% de moins qu’en 2008). A cela s’ajoutent 40 attaques perpétrées par des groupes anarchistes / extrême-gauche, 4 attaques (en Hongrie) de groupes d’extrême-droite et 2 attaques attribuées aux défenseurs des droits des animaux. De même, en, 2009 la grande majorité des procès relevaient d’actes séparatistes, alors qu’en 2008 la majorité relevait d’actes islamistes et de manière générale le nombre d’actes « terroristes » à diminué d’un tiers entre 2008 et 2009.

Tout ces chiffres reposent évidemment sur un problème de qualification: si on prend l’affaire Tarnac comme exemple, est-ce que les incidents sur les caténaires (dont on ignore les auteurs même si Coupat & Cie en sont, pour le pouvoir, les présumés coupables) font partie des statistiques? De même, le rapport dit que (hors RU) il y a eu 587 arrestations en 2009 de personnes dont la majeure partie des gens suspects d’appartenir à des organisations terroristes (on suspicion of membership of a terrorist organisation). On peut donc présumer que les arrestations au sein de l’affaire Tarnac font partie des statistiques car il suffit d’être « suspect d’appartenir à ».  Autrement dit, à peu près n’importe qui ayant un jour visité une mosquée ou un salon du livre libertaire peut un jour se retrouver en GAV pour suspicion d’appartenance à une organisation terroriste ou « extrémiste ». En effet le rapport fait une distinction entre les deux définitions, la seconde n’impliquant pas nécessairement des actes de violence. Cette différence, cependant, n’influe que sur le traitement statistique,  pas sur le traitement policier et en France les actes « extrémistes » tombent sous le coup des lois anti-terroristes de toute manière.

On voit ici la réalisation d’un programme mafieux classique transposé au niveau de l’Etat: on exagère grandement une menace permettant de justifier de très larges prérogatives liberticides pour mieux « protéger » contre cette menace dans un but inavoué de gain financier et politique: les « protecteurs » sont rémunérés au résultat (politique du chiffre, primes aux policiers) et leurs « parrains » assoient encore plus leur pouvoir (inflation artificielle des statistiques justifiant l’efficacité des mesures, et intimidation systématique envers toute forme d’opposition sous couvert de « lois » opportunistes).

En France en 2009 on notera que le nombre d’attaques (réussies, ratées ou désamorcées par les forces de l’ordre) par type se réparti comme suit:

  • Islamistes, extrême-gauche, extrême-droite: 0
  • Séparatistes: 89
  • Défense animale ou associé: 1
  • Non-spécifiés: 5

L’Espagne remporte la palme en matière d’attaques séparatistes avec 148 et d’extrême -gauche avec 23, la Grèce n’ayant rapporté que 15 évènements d’extrême-gauche malgré « les évènements ». Il est intéressant de constater la corrélation – ou non – avec le nombre d’arrestations sur la même période: la France est championne toutes catégories avec 315 arrestations (sur 587 hors RU, alors qu’en Allemagne le total est de … 5) avec la répartition suivante:

  • Islamistes: 37 (contre 40 en Espagne et 20 en Italie)
  • Séparatistes: 255 (contre 127 en Espagne et 31 en Irlande du Nord)
  • Extrême-gauche: 11 (contre 5 en Grèce et 9 en Italie)
  • Extrême-droite: 6 (contre 16 en Hongrie et 0 partout ailleurs)
  • Défense animale ou associé: 1 (contre 1 en Slovénie et 0 ailleurs)
  • Non-spécifiés: 5 (contre 6 en Autriche, et 0 ailleurs).

La France a par ailleurs conduit en 2009 76 procès pour actes terroristes (sur un total EU de 391, derrière l’Espagne avec 217 procès) résultant en 71 convictions et 6 remises en liberté (Espagne: 182 et 51, EU: 337 et 71 respectivement).

On peut évidemment lire ceci de deux manières opposées: soit la police française est particulièrement efficace et arrête de nombreux terroristes dont la plupart sont effectivement coupables, ce qui permet de réduire fortement le nombre d’attentats. Soit la police française est particulièrement inefficace et ratisse très large avec néanmoins un bon résultat (en termes de sanctions) grâce la très fine maille du filet que lui offre le législateur, effet encore boosté par la politique du chiffre.

(1) Texte d’origine: Terrorism is not an ideology but a set of criminal tactics which deny fundamental principles of democratic societies. EU Member States have agreed to regard terrorist acts as those which aim to intimidate populations, compel states to comply with the perpetrators’ demands, and/or destabilise or destroy the fundamental political, constitutional, economic or social structures of a country or an international organisation.

(2) The Member States of the EU continue to be exposed to a serious threat from Islamist, ethno-nationalist and separatist, as well as from left-wing and anarchist terrorism

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