USA: le retour de la lutte des classes?

Aux USA, la lutte des classes fait un peu daté. Du moins jusqu’aux évènements récents au Wisconsin qui ont remis à l’avant-plan un conflit qui ressemble à s’y méprendre à cette bonne vieille lutte des classes, pour l’essentiel enterrée depuis les années Reagan. Il ne faudrait d’ailleurs pas s’y méprendre, j’y reviens en fin de billet. Il faut chercher très loin à gauche aux US pour encore trouver des références au Marxisme et à une lutte entre une classe bourgeoise et le prolétariat. Aux US la majorité des travailleurs qui n’en font pas partie espère un jour passer dans la classe bourgeoise. Le succès matériel et social est valorisé, le mythe du self-made-man encore très présent. On part du principe que ceux qui réussissent le méritent, et qu’il est contre-productif de vouloir les taxer particulièrement. Depuis trente ans le message est simple: n’attaquez pas les riches car vous serez peut-être riche un jour. Battez-vous entre vous et nous accueillerons les meilleurs.

Sans dire que l’approche lamento-marxiste à la française est nécessairement plus constructive, l’Amérique populaire semble commencer à se rendre compte de l’étendue de l’arnaque organisée sur son dos par les « élites » du pays, en prenant pour preuve la différence astronomique entre leurs revenus et ceux de cette même élite. Aujourd’hui les 400 américains les plus fortunés détiennent la même valeur de patrimoine que les 155 millions les plus modestes, dixit Michael Moore lors d’un récent speech à Madison. En prenant pour preuve aussi la caricature que leur offre, au Wisconsin, un Scott Walker appuyé par de richissimes bailleurs de fonds (les frères Koch) faisant tout pour détruire la représentation syndicale afin de rééquilibrer un budget qu’il a préalablement déséquilibré par le biais de cadeaux fiscaux aux plus riches – tels les Koch. Les quatre semaines de manifestations qui s’ensuivirent, les procédures intentées en « recall » et les menaces de grève générale annoncent peut être un retour du combat entre ceux que le système économique actuel enrichit et ceux qu’il appauvrit ou rend fort improbable l’enrichissement futur. Dans un sondage du 28 février, le NY Times trouvait qu’un majorité d’Américains était opposée à la réduction des droits syndicaux des fonctionnaires en matière de négociations collectives, ainsi qu’à la réduction des revenus de ces mêmes fonctionnaires pour compenser les déficits budgétaires. Appelés à choisir une solution de réduction du déficit, 40% des sondés préféraient augmenter les taxes, contre 22% de préférence pour la réduction des revenus dans le secteur publique.

La question désormais est de savoir comment les syndicats et les forces politiques socio-démocrates vont pouvoir capitaliser sur cette vague de sympathie levée, malgré lui, par le front néo-conservateur américain.

Sur le sujet de la lutte des classes: ce concept majeur de la philosophie politique marxiste, né dans une période d’avènement d’une classe ouvrière exploitée par une bourgeoisie relativement étanche, n’est pas en réalité un concept adapté à la situation actuelle. Comme l’a très bien analysé Toni Negri dans « Multitude », « le prolétariat » et « la bourgeoisie » en tant qu’entité distinctes campées l’une en face de l’autre n’existent plus. Ces grandes classes sont remplacée par une multitude de courants, dont certains ont un dénominateur commun leur permettant d’offrir un front uni dans certains cas (le mouvement altermondialiste en est l’exemple type) mais dont les idéaux sont en fait le plus souvent non conciliables. La lutte des classes dans le sens marxiste n’est aujourd’hui plus qu’un discours idéologique sans rapport concret avec la réalité. Par contre la mainmise de la petite classe des grands affairistes et banquiers sur le robinet monétaire mondial, et donc sur la politique en général, est une réelle menace pour l’ensemble des populations qui les subissent, qu’elle soient issue de la classe ouvrière, de la classe agricole ou des classes moyennes qui composent l’essentiel de la bourgeoisie actuelle. C’est bien cette mainmise qui se voit de manière cristalline au travers du conflit Wisconsinien, mais qui est à l’oeuvre dans l’ensemble des politiques visant à détruire l’autonomie des peuples au travers de soi-disant avantages compétitifs liés à la spécialisation. Cette approche favorise le profit à court terme et la spéculation, d’où l’enrichissement de ceux au coeur du système sur le dos de tous les autres.

J’ai déjà parlé de l’inapplicabilité du modèle Ricardien dans ce billet sur l’économie sociale. Selon le fameux diction qui dit que le pouvoir corrompt, et que le pouvoir absolu corrompt absolument, cette mainmise affairiste entraîne une délinquance de la classe politique portée au pouvoir par ces mêmes affairistes au travers d’un financement massif (voir en France l’affaire Woerth-Bettencourt) et du contrôle médiatique, notamment.  J’ai un peu analysé cette corruption décomplexée dans ce billet intitulé « Hypocrisie et corruption, mamelles des classes politiques délinquantes« .

 

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