De la fusion aneutronique à l’univers éternel

Quoi? En fait les deux n’ont pas grand chose à voir, mais le lien a été fait par un court article de futura-science intitulé « Une nouvelle clé pour la fusion thermonucléaire sans neutrons? » qui décrit une récente avancée dans la recherche de solutions de fusion générant peu de neutrons (la solution actuellement étudiée par ITER générant un flux intense de neutrons producteur de radioactivité, l’un des problèmes de la fusion « classique »).

La fusion aneutronique (sans neutrons) avait déjà été décrite par Rutherford et Oliphant en 1933, et un modèle généralement accepté défini en 1980 sur base « d’une particule alpha énergétique et deux autres noyaux d’hélium à plus basse énergie. Mais d’après  un groupe de physiciens nucléaires du Triangle Universities Nuclear Laboratory (TUNL) de l’Université de Duke aux États-Unis, ce modèle est faux ! … Ce serait en fait deux particules alpha énergétiques qui sont produites par la réaction de fusion. Toujours selon eux, ces noyaux d’hélium pourraient permettre de produire directement et efficacement de l’électricité dans un type de réacteur adéquat. »

C’est a priori une bonne nouvelle, mais pour mettre en oeuvre ce type de fusion il faut des températures de plusieurs milliards de degrés, bien plus élevées que ce que l’on fera avec ITER. Ce n’est donc pas pour tout de suite. Mais voici le lien avec « l’univers éternel »: l’Université de Duke renvoie le lecteur intéressé vers le site de Focus Fusion Society, une association dédiée à la recherche sur la fusion aneutronique. Son cheval de bataille: la recherche sur la fusion hydrogène-bore en utilisant la méthode « Dense Plasma Focus« . Cette association collabore sur le projet de fusion avec la petite société (trois personnes) Lawrenceville Plasma Physics Co fondée en 1974 par un certain Eric J. Lerner, qui se trouve également être le fondateur de la Focus Fusion Society. Mais le hic est que Mr Lerner est par ailleurs un défenseur de la théorie de l’univers éternel, autrement dit que le Big Bang n’a jamais eu lieu. Il existe bien sur un site dédié à cela, toujours de la main de Mr Lerner: http://bigbangneverhappened.org/ ainsi que’un livre « The Big Bang Never Happened« .

Evidemment, dans le monde du scientifiquement correct ce déni du Big Bang est « irrationnel » comme le dit Futura-sciences, et de fait discrédite l’ensemble des travaux de Eric J. Lerner. Mais si vous lisez ce blog et notamment les articles sur la physique et la cosmologie vous êtes de ceux et celles qui savent que les grandes avancées ont toujours été des cassures avec le paradigme précédant, et que l’on peut très bien être excommunié (religieusement ou scientifiquement parlant) dès que l’on remet en question le dogme du moment. Et aujourd’hui encore, malgré ses succès, le modèle standard de la cosmologie est constamment revisité du fait de ses nombreuses imperfections, par exemple la nécessité d’une matière sombre non-baryonique et de l’hyper-inflation cosmique dont je faisais une courte introduction dans ce billet « Big Bang ou pas Big Bang? » d’août 2008 (déjà!). Beaucoup plus récemment, en août 2010, l’astrophysicien taiwanais Wun-Hi Shu proposait un modèle cosmologique sans Big Bang, que je présentais dans ce billet « Nouveau modèle cosmologique sans Big Bang« .

Bref, quelle crédibilité accorder à Mr Lerner, son approche de la fusion nucléaire et ses idées sur l’univers? D’après Wikipédia il a commencé l’étude de la fusion en laboratoire et des plasmas en 1984 et a obtenu des fonds de recherche de la part du Jet Propulsion Laboratory en 1994 et 2001. Il a également été invité par l’Observatoire Européen Austral au Chili et notamment les défenseurs de la théorie MOND (dynamique newtonienne modifiée) et des « anti-Big Bang ». Il n’est donc pas tout à fait seul.

L’argument de base de la théorie de l’univers éternel est que les superamas d’étoiles sont plus gros que les plus grandes structures possibles ayant pu se former par attraction gravitationnelle, compte tenu de l’age de l’univers. Il utilise la physique des plasmas et la force électromagnétique pour expliquer les observations astronomiques. Je ne vais pas discuter les arguments techniques ici, mais un point de départ intéressant est la réponse faite par Lerner à l’un de ses principaux contradicteurs, le Dr Wright et sa critique du livre de Lerner intitulée Errors in the « The Big Bang Never Happened« .

Sur le plan de la fusion aneutronique, au vu des recherches mentionnées en introduction de ce billet il semble que Lerner ait vu juste: c’est théoriquement correct et, en principe, techniquement possible. De plus il n’est pas le seul, il existe en effet un certain nombre d’initiatives et notamment la Polywell Fusion développée par Robert W. Bussard (l’inventeur du ramjet) au sein de EMC2.

Alors, le Graal de la fusion nucléaire propre et bon marché sera t-il un jour trouvé par des chercheurs au sein de minuscules unités financièrement précaires mais capables d’idées géniales? A suivre.

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