Prix P.A.P.O.N. à Toulouse, immoralité étatique

Je relaye ici un article publié dans Le Parisien:

Le « Prix P.A.P.O.N » (prix attribué pour obéissance notoire), décerné au préfet ayant « procédé au plus grand nombre d’expulsions de sans papiers », a été accordé à ceux de Mayotte et du Pas-de-Calais, ont annoncé jeudi à Toulouse des associations de défense des droits des l’homme.
L’Association pour l’art et l’expression libres (AAEL), avec le soutien d’un collectif réunissant entre autres la Cimade ou le Réseau Education sans frontières 31, est à l’origine de ce prix évoquant la personne de Maurice Papon, ex-secrétaire général de la préfecture de Gironde sous l’Occupation, condamné pour complicité de crimes contre l’humanité en 1998.

Notant que « le gouvernement a, ces dernières années, engagé une chasse sans merci contre des hommes, femmes et enfants », l’AAEL veut ainsi « rendre l’hommage qu’ils méritent » aux « fonctionnaires de la République (qui), n’écoutant que les ordres de la voix de leur maître, contribuent, par leur servilité et leur zèle, à cette politique inqualifiable ».
Hubert Derache, préfet de Mayotte jusqu’en juillet 2011, a été couronné pour « avoir augmenté d’un tiers les expulsions pendant son mandat ».
Pierre de Bousquet, préfet du Pas-de-Calais, département où se pressent de nombreux sans papiers candidats à l’immigration en Grande-Bretagne, est récompensé pour avoir « mis en oeuvre des tactiques combinées qui devraient faire école : l’exercice de la violence directe, le harcèlement journalier, la destruction des moyens de survie ».
Un prix de l’innovation a également été décerné à Patrick Stéfanini, préfet de Gironde, un de ces « fonctionnaires hardis qui savent être à l’avant-garde afin de compenser l’inertie des autres et réaliser les objectis annuels de 30.000 reconduites à la frontière ».
Quelque 200 personnes, selon les organisateurs, une centaine, selon la police, ont participé à la cérémonie devant le monument à la gloire de la résistance de Toulouse.

Suite à ceci, ce même journal à publié un autre article intitulé « L’Etat s’indigne de l’attribution de prix P.A.P.O.N. à des Préfets« . Extrait:

La place Beauvau « condamne avec la plus grande vigueur la comparaison ainsi faite entre l’action menée aujourd’hui par des préfets représentants de l’Etat et des actions commises pendant la Seconde Guerre mondiale qui ont valu à leur auteur une condamnation pour complicité de crimes contre l’humanité ».

Pourtant Maurice Papon était également un représentant de l’Etat et ne faisait qu’obéir à des ordres. Un Etat aux mains d’envahisseurs certes mais dans la France de Vichy c’est quand même des représentants français de l’Etat français  qui organisent et mettent en oeuvre les rafles que l’on sait. « C’est les ordres » entend-on encore aujourd’hui de la bouche des fonctionnaires. Papon disait pareil, tout comme Eichmann. On est pas dans la même situation géopolitique bien sur, mais ca n’empêche pas certains d’être dans le même situation d’immoralité. L’Etat se défend en citant des chiffres :

En 2010, la préfecture a délivré 40.000 titres de séjour, dont près de la moitié (19.000) pour une première demande, a-t-il souligné dans un communiqué.
Sur 1.875 mesures de refus dun titre de séjour, 700 seulement ont abouti à une décision déloignement, et la moitié des personnes concernées ont quitté la France « volontairement », a-t-il dit.
Par ailleurs, 1.400 des refus ont été soumis au juge (soit 16,5% de plus qu’en 2009),qui a confirmé la décision du préfet dans 80% des cas, a-t-il dit.

Le communiqué ne parle évidemment pas des 30 000+ annuellement retenus en détention dans les CRA, dont des enfants (1% en 2009, chiffres plus récents?) dans des conditions…. paponesques. Mais le débat n’est sans doute plus là (même si l’action est nécessaire): le vrai débat, c’est de comprendre comment un Etat dit de droit, avec le support tacite sinon d’une majorité, au moins d’une large minorité de ses citoyens, peut aller si loin dans la révocation de ses principes humanistes fondateurs alors que rien, objectivement, ne l’y contraint.

 

Une réflexion sur “Prix P.A.P.O.N. à Toulouse, immoralité étatique

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