Génocide arménien: encore une loi liberticide au profit d’intérêts particuliers

Ce midi j’écoutais, un peu stupéfait, l’interview sur France Inter de la députée UMP Valérie Boyer en défense de sa proposition de loi pénalisant (par une amende de 45 000 E et un an de prison) toute remise en cause de la vérité officielle (car rendue telle par la loi de 2001) sur le génocide arménien. Non pas que je remette moi-même en cause ce triste évènement, je n’ai jamais étudié l’affaire mais parce que d’une part Mme Boyer reconnaissait sans difficulté la dimension électoraliste de la démarche (par honnêteté intellectuelle, arrogance ou naïveté je l’ignore) mais d’autre part surtout du fait qu’elle fustigeait le recours Turc à la menace (de tensions diplomatiques entre la Turquie et la France) pour faire dérailler cette proposition de loi, alors que cette loi comme toutes les lois mémorielles est en elle-même un recours à la menace contre toute déviation par rapport à l’Histoire officielle, et par delà une menace contre toute tentative de se raccrocher au principe supposé fondamental de la liberté d’expression.

Et c’est là ben entendu tout l’enjeu de l’affaire. Pénaliser les avis non politiquement correct est ce que font les systèmes totalitaires depuis la nuit des temps. Et inversement on reconnait l’ADN obscurantiste et totalitaire d’un régime par l’usage fait de la force publique pour formater les esprits et réduire au minimum la possibilité pour le public de remettre en cause, pour quelque raison que ce soit, bonne ou mauvaise, ce que le régime impose comme étant « vrai ». Nous aurons bientôt, sans doute, des lois qui interdisent de remettre en cause la théorie économique néo-capitaliste ou la bénédiction que représente la zone euro…

Tout cela au profit de qui? Politiquement c’est évident: les 500 000 voix de la communauté arménienne d’une part, un tir de barrage supplémentaire contre l’éventuelle inclusion de la Turquie dans le CE (dont la Turquie elle-même ne veut plus vraiment d’ailleurs) et la pêche aux voix des nombreux moralisateurs de tous bords qui estiment que ne pas être d’accord avec leurs propres certitudes est le signe du diable. La liberté d’expression, pour eux, ne vaut que si l’on est d’accord avec eux.

Plus fondamentalement, le formatage des esprits mis en oeuvre par la pénalisation d’opinions (à nouveau, peu importe que ces opinions soient fondées ou non) ouvre la voie à la « bonne gouvernance » totalitaire: l’élite a raison, par définition et par le droit. Peu importe le déficit démocratique (on est trop bêtes pour comprendre) et la dématérialisation des décideurs (les marchés financiers, les agences de notation…), c’est pour NOTRE BIEN!

10 réflexions sur “Génocide arménien: encore une loi liberticide au profit d’intérêts particuliers

  1. je me suis toujours demandé au nom de quoi la France se sentait habilitée à faire la morale aux autres ……l’important dans cette affaire serait que l »Etat Turc lui même fasse un pas dans la reconnaissance de son passé ,à mon avis ce vote
    ne fait que faire reculer ce moment ,c’est absurde et contre productif

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  2. J’ai réagi à cette proposition de loi liberticide par une lettre « les génocides arméniens et azéris ». J’aimerais la diffuser sur internet, mais je suis un écrivain de la vieille « école » et j’ignore comment m’y prendre…

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  3. Plusieurs solutions, vous pouvez lancer un blog comme le mien mais si c’est pour juste un article ca ne vaut pas le coup. Vous pouvez vous inscrire comme contributeur sur des sites tels Agoravox, Rue89, etc… Vous pouvez publier via un compte facebook, encore faut-il avoir des « amis » pour espérer être lu…. Vous pouvez également contacter des auteurs de blogs qui partagent vos vues et publier sur ces derniers en qualité d’invité.

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  4. Lu sur Le Monde, par Robert Badinter:
    « Par expérience personnelle, je sais combien il est douloureux d’entendre dénier la réalité d’un génocide qui a englouti vos proches les plus chers. Je comprends donc la passion qui anime la communauté arménienne pour que soit reconnu par la communauté internationale, et surtout la Turquie, le génocide arménien de 1915. Et cependant, quelle que soit la sympathie que l’on puisse éprouver pour cette cause, elle ne saurait conduire à approuver la proposition de loi votée par l’Assemblée nationale le 22 décembre 2011 et soumise prochainement au Sénat, qui punit d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui « contestent ou minimisent de façon outrancière un génocide reconnu comme tel par la loi française ». »
    Suite: http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/14/le-parlement-n-est-pas-un-tribunal-par-robert-badinter_1629753_3232.html

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