Triple AAAndouilles…

AAA lala ce qu’on s’amuse à lire et écouter tous ces commentateurs affiliés aux diverses gauches et droites de France et d’Europe (enfin, surtout France) sur la perte du demi-A de son rating. La France mais l’Autriche aussi (tiens, pourtant ce sont des Germains, réputés sérieux et travailleurs!) et en fait neuf pays européens se sont vu dégradés par Standard & Poor’s cette semaine. Selon Les Echos: « La dégradation de la note de la France et de celles de huit de ses voisins européens porte un nouveau coup, sévère, à la zone euro. ……… « L’environnement politique dans la zone euro n’a pas été à la hauteur des défis croissants engendrés par la crise », a déclaré Moritz Krämer, en charge de l’Europe chez S&P. » Même son de cloche chez Médiapart et, sans doute, un peu partout ailleurs.

Il est difficile de comprendre ce catastrophisme médiatique: d’une part S&P est une agence privée dont la crédibilité est des plus suspecte depuis sa mise en cause dans la crise du marché des subprimes et le fait que l’on en sait guère plus sur ses pratiques depuis lors. Le monde de la finance, et a fortiori celui de la notation, est un monde opaque au service d’intérêts particuliers, et rien de ce qui en sort ne peut être pris comme une vérité objective, seulement le fruit de calculs internes qui rapportent gros à quelques uns, généralement au détriment de la très large majorité. D’autre part les marchés n’ont aucunement besoin des agences de notations pour connaître l’état de santé de leurs débiteurs, comme le dit Jim Rogers, patron du fond Quantum dans cet interview accordé à RT:

Non pas bien sur que la parole d’un spéculateur tel Jim Rogers soit parole d’évangile mais s’il peut se permettre de taper sur S&P alors qu’il est lui-même susceptible d’être noté par cette agence, c’est sans doute qu’il est plutôt sûr de lui. Il dit aussi, d’ailleurs, que pour sortir de cette crise il faut que les banques et investisseurs qui ont spéculé, et perdu, assument leurs pertes plutôt que de jouer la montre et essayer, encore une fois, de les socialiser (les pertes).

En plus, l’autre agence de notation Moody’s n’a pas dégradé la France. Alors? Certes il est possible que « les marchés » utilisent la notation S&P pour renchérir le coût des emprunts français, augmentant encore le différentiel entre France et Allemagne (pour ne parler que de ces deux-là). Mais ce différentiel existe déjà depuis longtemps, alors même que les deux pays avaient jusqu’à présent le même rating AAA. Ce qui prouve bien que « les marchés » n’attendent pas S&P pour définir leurs taux d’usure – pardon, d’intérêt. Quand à la question des « querelles politiques croissantes » que vont initier ces dégradations de ratings (pour les Echos il eut fallu que S&P dégrade toute la zone euro pour éviter les chamailleries), c’est vraiment prendre les gens pour des cons: ces querelles existent déjà, et c’est de par le nationalisme de certains et l’idéologie TINA(1) de l’ensemble des politiciens et technocrates de la zone euro que l’on est dans la situation actuelle. S&P n’y changera rien.

Mais tous cela, les journalistes économiques le savent déjà. Enfin, je suppose. Alors pourquoi faire monter la sauce? Pour vendre leurs gazettes? Peut être. Pour préparer le public à encore plus d’économisme technocratique de la part d’une Europe de plus en plus dictatoriale? Peut être aussi. L’avantage de ce type de situation est qu’elle fait les choux gras de tout le monde: le PS peut accuser l’UMP de mauvaise gérance avérée, et l’UMP à l’inverse peut accuser le PS de mauvaise gérance à venir ayant poussé S&P à dégrader la France par anticipation (véridique!). Le FN peut accuser tout le monde de vouloir la fin de la France et le Modem peut dire « je vous l’avais bien dit! ».

 

(1) There Is No Alternative, le slogan thatchérien comme quoi il n’y a pas d’alternative à la politique économique et sociale néo-libérale.

 

 

3 réflexions sur “Triple AAAndouilles…

  1. Vous oubliez ce qui me paraît le plus important, à savoir que les agences de notation sont le bras armé du néolibéralisme qui, parti des EU, cherche aujourd’hui à s’implanter durablement et partout en Europe. Il s’agit donc d’une pure manoeuvre politique visant à instiller dans l’esprit des électeurs français que les « réformes » sarkoziennes sont décidément nécessaires. Voyez comment Sarkozy nous présente la chose depuis Madrid où il était hier, aux côtés du nouveau chef de gouvernement espagnol : « En Espagne comme en France, les agences de notation n’ont pas à dicter notre politique … » (bon, c’est de l’à-peu près mais vous aurez compris …). Il enchaîne aussitôt après avoir dit ça, sur la série de mesures qu’il va nous falloir prendre très vite si nous ne voulons pas voir les choses empirer. Autrement dit, d’un côté, il nous affirme que les agences ne font pas la loi en France, et d’un autre côté mais dans le même temps, il nous affirme que nous devons faire exactement ce qu’elles nous commandent de faire. Si ce n’est pas nous prendre pour des andouilles, qu’on me dise ce que c’est. Ce qu’il faut im-pé-ra-ti-ve-ment dénoncer, à mon humble avis, c’est ce forcing dégueulasse auquel l’Administration Américaine soumet les Français pour les contraindre à accepeter leur putain de néolibéralisme.

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