Et pourquoi pas Startup France?

Après la victoire de la société civile américaine contre SOPA, le co-fondateur d’AOL Steve Cage en appelle à une même mobilisation pour faire passer la proposition d’Obama en faveur du Startup America Partnership. Ce projet vise à relancer la création d’entreprise et plus généralement de la « entrepreneurial economy » qui, selon Cage, a généré 40 million d’emplois US au cours des trente dernières années. Le rythme de création a baissé de 23% depuis 2007, et Obama veut relancer cette dynamique.

Se pose en France la même problématique, le nombre de créations étant en décroissance – même en prenant en compte l’effet auto-entrepreneur (voir INSEE). Bien sur, le nombre de startups n’est pas en soi un guide très fiable de création de valeur, on l’a bien vu lors de l’explosion de la bulle Internet au début des années 2000. Et c’est pourquoi le projet d’Obama intègre un facteur « durée » afin de contrer le tropisme hautement spéculatif des investisseurs. Voyons les grandes lignes du projet:

1) Crowdfunding. Ce concept, proche de la notion de micro-crédit, permettrait à l’entrepreneur de se faire financer par de nombreux investisseurs chacun y allant pour une petite somme. Organisé au travers de plateformes en ligne telles Kickstarter, le projet augmenterait l’envergure de ces plateformes afin de les rendre compatibles avec des projets plus conséquents.

2) IPO (Initial Public Offer, ou introduction en bourse) sur mesure. La bulle Internet ayant mis à mal de nombreux petits investisseurs, la législation américaine s’est considérablement durcie et il est aujourd’hui devenu relativement difficile et onéreux pour une jeune entreprise de faire une introduction en bourse. Depuis 2000 seules 20% des entreprises de moins de 50 millions de dollars US entrent en bourse, conte 80% dans les années 1990. Pourtant la phase principale de création d’emploi a généralement lieu après l’introduction, donc Obama veut faciliter l’introduction des « petites » sociétés.

3) Captation des talents. Les universités américaines accueillent de nombreux et souvent brillants étudiants étrangers, qui pour la plupart sont obligés de repartir vers leurs pays d’origine (du fait des restrictions à l’immigration) dès la fin de leurs études. Ce qui est en soi défendable du fait que ces pays ont généralement un grand besoin de leurs jeunes talents, mais du point de vue de l’économie US il est clair qu’ils sont surtout intéressants s’ils travaillent pour…  l’économie US. La législation envisagée propose de faciliter l’immigration des meilleurs talents, un peu à l’image de « l’immigration choisie » proposée ici.

4) Investissement à moyen-long terme. La plaie de l’investissement boursier est bien entendu son aspect spéculatif, l’argent valsant d’un titre à l’autre en fonction de fluctuations plus ou moins irrationnelles (ou pilotées) du marché et impactant la valeur boursière des entreprises sans la moindre relation avec l’actif et le potentiel sous-jacent. Obama propose de diminuer l’impôt sur les revenus du capital investi pendant au moins cinq ans dans un titre.  Il propose également d’augmenter l’enveloppe du Small Business Investment Company program à un milliard de dollars.

5) Encouragement au réinvestissement. La législation intégrerait des remises fiscales permanentes pour les petites entreprises afin de leur permettre de se créer du capital et s’auto-financer le plus vite possible. Egalement proposés: un crédit d’impôt de 10% pour les nouvelles embauches, un doublement de la déductibilité des frais de démarrage de l’entreprise, et l’amortissement à 100% des investissements matériels sur la première année.

De quoi faire saliver bon nombre d’entrepreneurs français…

Maintenant, quel effet ce package pourrait-il avoir sur l’économie américaine, et quel effet un package similaire pourrait-il avoir ici? Ce Startup America vise à faciliter l’investissement et l’autofinancement des startups dans le but de les faire entrer en bourse rapidement et, de là, générer de l’emploi. La question du coût du travail, en soi, n’est que peu adressée du fait que c’est essentiellement le marché qui le défini. Ici c’est évidemment assez différent du fait de l’existence du SMIC et de charges sociales conséquentes (cela dit, les charges d’assurance maladie aux USA ne sont pas tristes non plus). Faut-il alors, dans un Startup France hypothétique, intégrer non pas une défiscalisation à l’investissement mais plutôt des baisses de charges conséquentes, comme on l’entend un peu partout dans les cercles d’affaires? A mon avis non car paupériser une population qui est en même temps sa ressource principale et sa clientèle (directe ou indirecte) équivaut à se tirer une balle dans le pied. D’autres pistes existent.

Et là est bien, en fait, le fond du problème américain: à force de laisser le marché mettre en concurrence les travailleurs US payés 20 dollars l’heure avec les travailleurs chinois payés 20 dollars le mois, ils ont détruit une grande partie de leur industrie au profit d’importations lowcost, qu’ils financent au travers de leur déficit. La France suit à peu près le même chemin, mais si elle s’interdit dorénavant des déficits extravagants comment alors financer les importations et le coût social des non-employés? Pour le MEDEF et Cie on a l’impression que c’est en important le modèle social et les salaires chinois. Pour les germanophiles, très à l’honneur actuellement, c’est en montant en gamme et en exportant un maximum; mais d’une part ce type de retournement ne se fait pas en quelques années et d’autre part, s’il existe des nets exportateurs (tels l’Allemagne et la Chine) il faut bien qu’il y ait quelque part des nets importateurs – tout le monde ne peut pas exporter plus qu’il n’importe.

Un Startup France devrait donc intégrer des provisions fiscales de motivation à l’investissement et de mesures anti-spéculatives fortes, mais également des mesures d’équilibrage concurrentiel afin de réindustrialiser le pays avec du milieu de gamme alimentant le marché interne. Ceci permettrait de remplacer un important volume d’importation avec de la valeur créée sur place, réduisant d’autant la nécessite d’exporter et donc, par exemple, de concurrencer les Chinois sur le marché mondial avec le différentiel de prix de revient que l’on sait.

Ah, protectionnisme, quelle horreur! entends-je déjà.  Non, pas tout à fait: le protectionnisme consiste à mettre en place des règles qui favorisent les producteurs locaux faces aux producteurs étrangers indépendamment des mérites des uns et des autres, avec les risques évidents de retour de flamme. Réindustrialiser, c’est d’abord faire en sorte que les prix de revient unitaires (salaires, matières premières, empreinte écologique) soient les mêmes à l’intérieur qu’à l’extérieur en garantissant à chacun un niveau de vie décent, la concurrence se faisant alors sur la qualité des produits, le coût du transport, et la productivité des organisations.

2 réflexions sur “Et pourquoi pas Startup France?

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