18 ème conférence climatique au Quatar, la clim à fond!

A peu près tout le monde s’en fiche, mais la 18ème conférence sur le climat vient de s’ouvrir au Quatar, dans le bruissement des méga-centrales de climatisation du premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié. Tout un symbole, certainement. D’autant que  le Quatar est le plus gros consommateur d’énergie par habitant (1).

Si tout se passe comme pour les conférences précédentes, à part brasser beaucoup d’air chaud il ne va pas se passer grand chose, même si cette fois-ci il s’agit de déterminer la suite du protocole de Kyoto qui se termine fin décembre 2012. En l’occurrence  les mauvaises nouvelles climatiques ne manquent pas: fonte record des glaces dans l’arctique, prévision d’une hausse de température moyenne de 4°C en 2060 au lieu des 2°C fixés à Kyoto, et record d’émission de gaz à effets de serre en 2011.

En termes de réduction de ces GES, les « bons élèves » sont l’Europe et l’Australie  qui ne représentent que 15% des émissions globales de GES mais qui néanmoins font des efforts concrets de réduction. En face, les USA, la Chine, la Russie, le Canada et le Japon n’en ont semble t’il rien à battre. La Chine est le plus gros pollueur mondial, mais il faut prendre en compte le fait qu’elle produit pour l’ensemble de la planète. Si l’Europe relocalisait sur son propre territoire les outils de production qui correspondent à ses importations chinoises (ce qui serait en termes d’emploi une très bonne chose bien sûr), son bilan énergétique et GES en prendrait un sale coup derrière les oreilles. Il est assez naturel que la désertification industrielle facilite la réduction de la pollution. Et ce même si aux USA cela ne semble pas être le cas, mais la philosophie américaine est toute différente: d’abord une majorité d’américains réfute l’hypothèse anthropique (que le réchauffement climatique est lié, pour l’essentiel, à l’activité humaine), thèse qui est défendable même si politiquement incorrecte en Europe. Ensuite, les américains préfèrent réagir à des évènements réels plutôt qu’à prévenir des évènements qu’ils considèrent non maîtrisables. Autrement dit si l’effet du réchauffement se fait ressentir, ils tenteront une adaptation technologique (plantes OGM, irrigation, nuages artificiels, etc…) mais personne n’est intéressé par une modification a priori du « style de vie » US en vue d’une hypothétique réduction des effets du réchauffement.

Le Japon fait évidemment face à une situation très particulière: son parc nucléaire est essentiellement HS et donc il a perdu le seul aspect positif du nucléaire: la faible production de GES par rapport aux énergies fossiles. Le Japon importe aujourd’hui d’énormes quantités d’hydrocarbures pour palier à la perte du parc nucléaire, et donc génère plus de GES qu’avant. Mais entre la radioactivité rampante et les GES, à mon avis le choix et vite fait.

Le Canada, qui quittait le protocole de Kyoto fin 2011 pour éviter les pénalités, est emblématique de l’ambivalence de nombreux pays face à ce même protocole, qui ne fut jamais ratifiés par les deux plus gros pollueurs de la planète (USA et Chine) et donc reste fondamentalement inefficace – et qui en plus prévoit des pénalités importantes pour les pays qui ratent leur cible (pour le Canada, 14 milliards de dollars de pénalité prévues du fait que loin de diminuer ses émissions de GES de 6 % par rapport au niveau de 1990 comme prévu, il les a au contraire fortement augmentées). Ces pays se disent plus intéressés par la proposition de Durban pour un accord contractuel opposable impliquant tous les pays (dont la Chine et les USA), qui sera rédigé pour 2015 et effectif en 2020. D’ici là, évidemment…

La question climatique est très complexe et il faut se méfier des vérités simplistes et des dogmes. Il y a une question économique très claire: est-il possible pour un pays de se développer industriellement ou de maintenir un certain niveau de développement (cad rester suffisamment riche pour continuer à se payer le niveau de vie auquel il est habitué) en réduisant drastiquement ses émissions de GES sans par ailleurs délocaliser ses industries (ce qui revient, en termes de GES, à déshabiller Pierre pour habiller Paul) ni imposer un Etat totalitaire où l’usage des véhicules, du chauffage et de la consommation énergétique en général serait fortement rationné et policé. La clé de ce problème est la nature de la production énergétique. Le nucléaire fissile réduit les GES mais pose par ailleurs tellement d’autres problèmes (risques d’accidents, stockage des déchets, démantèlement des vieilles centrales) qu’il n’est évidemment pas une solution viable à long terme. La fusion nucléaire chaude commercialement rentable ressemble de plus en plus à un mythe, et ITER est virtuellement mort. Le nucléaire à base de sels de Thorium, dont j’ai déjà parlé sur ce blog, se heurte au lobby nucléaire, pétrolier et militaire (qui a besoin du plutonium pour ses bombes) mais cela n’empêche pas la Chine d’investir massivement dans cette technologie très intéressante. L’éolien est un mirage, une opportunité économique ponctuelle pour certains acteurs (comprendre: une arnaque pour les autres) mais sans avenir réel vu qu’il n’est pas possible de garantir une production de base avec le vent. Chaque kw d’éolien doit avoir une réserve équivalente (pour quand il n’y a pas de vent) dans une autre source, le plus souvent fossile car c’est le seul système à démarrage rapide à la demande.

Parmi les classiques le solaire est évidemment prometteur, ainsi que la géothermie profonde si l’on arrive à trouver des solutions techniques pérennes. A cela s’ajoute des innovations telles la production d’un carburant à base d’algues que l’on fait pousser rapidement en utilisant le C02, une manière efficace de recycler ce dernier. Ces « biofuels » de seconde ou troisième génération (cad ne faisant pas concurrence à la production comestible) ont à mon avis un grand avenir, si la corruption (pardon, le lobbying) endémique au débat sur l’énergie pouvait un jour se trouver balayée par quelque révolution de velours au sein de nos ministères.

Même si la réduction de la pollution et des GES reste dans tous les cas une excellente chose et un but légitime à tous les niveaux, dans le cadre politique du réchauffement climatique il est tout aussi important de s’assurer d’en connaître là ou les causes réelles car un mauvais diagnostique peut mener à de mauvaises décisions. Le fait qu’il existe aujourd’hui une certaine corrélation entre l’augmentation des GES d’origine anthropique et l’élévation globale des températures n’est pas preuve de lien causal, et nous savons par ailleurs que la Terre a connu par le passé d’autres cycles de réchauffement / refroidissement, sans que l’Homme y soit impliqué. S’il s’avère que la Terre va se réchauffer quoi que nous y fassions, l’urgence et l’impact des mesures anti-GES ne seront plus les mêmes que si ce réchauffement est entièrement de nature anthropique. Et là, rien n’est prouvé malgré ce que l’on entend généralement dans nos régions. Dans l’hypothèse non anthropique, l’urgence sera non plus de limiter les GES mais de s’adapter aux nouvelles réalités. Et comme c’est parti, que ce soit pour de bonnes ou mauvaises raisons, l’incapacité de la plupart des pays à réduire massivement les GES fait que l’enjeu réel semble bien être l’adaptabilité du monde à la nouvelle donne.

(1) Mais comme sa population fait tout juste 1,7 million d’âmes (dont seulement 20% de Quataris) l’effet est plus que marginal.

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