Semer des grains de doute – Feuillet 5

Feuillet précédant                     Introduction

Deuxième partie : La nature du doute (suite)

De la logique cartésienne à la sémantique cognitive

 Nous sommes, pour la plupart, encore baigné dans l’idée développée par Descartes que l’esprit humain conscient fonctionne sur une base logique, rationnelle, universelle, émotionnellement neutre, au profit de notre propre intérêt. Nous vivons toujours dans la notion d’une dualité esprit / matière et d’une conscience désincarnée. Cette vision à été affinée au fil du temps, jusqu’à Chomsky et ses travaux sur la linguistique : il existerait une forme de langage grammatical pur, objectif et parfaitement logique, et notre capacité à communiquer dépendrait avant tout de notre maîtrise « technique » de ce langage. De ce point de vue rationnel, un mot ou une phrase donnée existe par elle-même en tant que « porteuse de sens » et nos esprits intègrent ces données dans une forme de processus logique mental nous permettant ensuite d’agir. L’esprit, et plus spécifiquement le cerveau, n’est alors qu’un calculateur biochimique qui pourrait parfaitement être remplacé, en principe, par un calculateur mécanique ou électronique, et c’est même cela qui fonde le champ de l’intelligence artificielle.

Mais, cette approche dualiste à été mise à mal au fil du temps, avec par exemple les travaux de Antonio Damasio1 en 1994 dans « L’Erreur de Descartes » où il démontre que la rationalité ne fonctionne pas sans émotions, donc nécessite l’existence du corps.

Les chercheurs en sciences cognitives ont beaucoup développé ces idées au cours de quinze dernières années, au point ou George Lakoff2 en appelle aujourd’hui à la prise en compte du « cerveau métaphorique » dans le discours politique3. Pour résumer très succinctement le propos de Lakoff dans le cadre de la sémantique cognitive, 98% de notre raisonnement est inconscient et se base sur un ensemble de circuits neuronaux qui correspondent à des cadres et des narratifs de nature métaphorique. Ces métaphores nous viennent de notre enfance et de notre éducation, essentiellement (la majorité de nos circuits neuronaux se forme avant l’age de sept ans). Certaines métaphores sont universelles, certaines associées à une culture donnée, certaines spécifique à notre famille et notre propre expérience. Les mots éveillent certains circuits neuronaux qui correspondent au métaphores qui préexistent dans notre esprit. Donc le même mot aura un sens différent, au niveau inconscient, pour des personnes construites sur des métaphores différentes. Par exemple quelqu’un élevé selon la métaphore de la famille stricte sous l’autorité d’un père sévère, aura une différente compréhension de mots tel « moralité, justice, valeur » que quelqu’un issu d’une famille égalitaire. Non seulement cela mais, et c’est le plus important, leurs ressentis émotionnels face à ces mots seront également différents.

Cet effet est fondamental dans le cadre du doute : le doute est essentiellement émotionnel, c’est notre ressenti du décalage entre une proposition donnée et nos narratifs et métaphores internes et inconscientes. Il explique également pourquoi le discours 100% logique et rationnel n’a que peu d’emprise : il est balayé par la puissance de notre inconscient. Il explique également la polarisation des opinions sur des sujets précis : dans le cas du 11 septembre 2001 par exemple, une personne construite sur la notion d’obéissance à une autorité considérée comme légitime (un père, un chef, un Président de la République) ne pourra que réagir violemment contre l’idée que cette autorité soit partie prenante dans une catastrophe visant son propre pays. C’est émotionnellement, « neuronalement » irrecevable. A l’inverse, une personne construite sur la défiance à l’autorité doutera systématiquement de toute proposition en provenance de ces mêmes autorités. A nouveau ce n’est pas un choix conscient, c’est un raisonnement réflexif et inconscient lié à la structure de nos circuits neuronaux.

De ceci on peut déduire qu’il ne sert à rien de vouloir changer la position d’autrui en se basant uniquement sur des faits et sur une déduction logique, mais qu’il faut arriver à introduire un changement des cadres et métaphores de son interlocuteur. Ce qui est infiniment plus complexe. Voyons un exemple vécu.

Rencontre avec Olivier Clerc

Olivier Clerc est une personnalité du Clunisois que je connais depuis 2004. Aujourd’hui écrivain reconnu (avec notamment « La grenouille qui ne savait pas qu’elle était à moitié cuite ») et animateur d’ateliers de développement personnel, Olivier à un temps participé au comité de pilotage de l’URC et est intervenu plusieurs fois en tant que conférencier dans des soirées organisées par les Foyers Ruraux. J’ai donc voulu l’interviewer dans le but de mieux connaître son positionnement par rapport au doute et son point de vue sur l’éducation populaire telle pratiquée par l’Université Rurale du Clunisois.

La structure de l’interview fut la suivante :

  • Première partie retraçant le parcours d’Oliver et la place du doute dans cette évolution.

  • Seconde partie sur la création de la collection « Les dix plus gros mensonges ».

  • Troisième partie sur sa perception de l’éducation populaire telle que mise en œuvre à l’URC.

La place du doute

VV : Peux-tu nous résumer ton parcours et ton attitude via-à-vis du doute.

OC : Un des éléments constitutifs du fait que j’ai toujours été chercher autre chose que le discours dominant sur tout, vient déjà de la position dans la fraterie : je suis le second. Le second a besoin d’être autre chose que le premier. Il est en décalage avec la voix dominante du père. Au point d’arriver au travers qui est de penser qu’une théorie contraire à la théorie dominante était nécessairement plus intéressante. Ensuite, à l’université, j’ai été marqué par la découverte des sophistes capables de défendre un point de vue puis son contraire. Cela m’avait interpellé car c’est une capacité que l’on ne développe plus tellement chez nous. D’où j’ai plus tard développé l’analogie de la photographie : si on éclaire un objet avec un seul spot on a une ombre. Pour éviter l’ombre il faut au moins deux spots, et avec plusieurs spots on peut percevoir tous les reliefs de l’objet. Si on aborde un sujet avec un seul point de vue forcément on créera une ombre de l’autre côté, et forcément il y aura des aspects de la question qui nous échappent. Tout comme nous avons deux yeux pour voir en relief, deux oreilles pour entendre en stéréo il nous faut avoir au moins deux points de vue pour ne pas rester limité dans notre façon de voir. Disait Scott Fitzgerald : le propre d’une intelligence supérieure est de pouvoir cultiver en même temps deux points de vue opposés et continuer à agir.

VV: Douter de tout ne mène à rien. Où, alors, poser le socle des choses dont on ne doute pas ?

OC : Pour moi le socle est dans le vécu. On est constitué d’une tête qui pense, d’un cœur qui a des sentiments et d’un corps avec lequel on agit. Au final, au-delà de nos croyances et de notre savoir, ce qui compte vraiment c’est notre expérience personnelle, ce que nous avons vécu. Même si tout le monde le conteste, on sait qu’on l’a vécu. On connaît des dizaines de milliers de gens ayant vécu une expérience de mort imminente (NDE), c’est extraordinaire de voir comment cela a marqué leurs vies. Même si la science n’est pas d’accord, même si ce n’est pas en accord avec les croyances religieuses.

VV: Est-ce que l’on peut vivre avec cela mais se dire que quand même, cette expérience n’est peut être qu’un artefact de mon esprit ?

OC : Oui, il y en a mais c’est une toute petite minorité à le penser. Moi je me fait l’avocat du vécu, de l’expérience de première main. Je me suis dit très tôt que je ne voulais pas construire ma vie sur ce que d’autres pensent, ce que d’autres croient. Je veux une expérience de première main pour pouvoir me déterminer. Sur le sujet de la mort par exemple, comment se déterminer entre la croyance chrétienne et la réincarnation bouddhiste ? Pour essayer de vérifier par moi-même j’ai passé des mois à essayer de sortir de mon corps, faire des expériences astrales etc.. Ceci m’a permis par la suite de développer des approches, telle le rêve lucide, qui sont basées sur mon vécu et non sur des livres, aussi sacrés soient-ils. Je milite pour cela, d’autant que si on faisait aujourd’hui le bilan comparatif de ce que les gens tirent comme savoir des livres et publications en tous genre, tirent de leurs croyances et tirent de leur vécu on verrait que l’intellect compte pour plus de 80%, les croyances pour une bonne partie du reste et le vécu personnel pour très peu. Nous vivons dans un monde essentiellement mental où le gros de ce que nous considérons comme nos savoirs viennent de sources extérieures à nous-mêmes.

VV: Est-ce que ces sources, justement, sont a ton avis manipulées volontairement en vue de formater les esprits ?

OC : Je pense qu’il y a assez peu de volonté délibérée de manipulation. Par contre des puissants intérêts économiques utilisent la manipulation de masse à leur profit, comme par exemple l’industrie agroalimentaire qui a réussi, grâce au « génie » manipulatoire de Edwards Bernays, a faire manger du bacon aux américains tous les matins. Ce même Bernays fut utilisé pour faire du fait de fumer en public un élément clé du féminisme des années 20, au profit de l’industrie du tabac. Il créa pour ce faire des faux reportages.

Comment ne pas mélanger nos savoirs, nos sentiments et nos croyances ? En apprenant à les reconnaître et à les classer, ce qui éviterait les débats stériles entre ceux qui pensent savoir, ceux qui croient et ceux qui ont l’expérience de quelque chose.

Jacques Bouvresses, professeur de philosophie, m’a fait découvrir le théorème d’incomplétude de Gödel : la vérité du monde ne peut pas être appréhendée intégralement par un seul système de pensée. D’où l’obligation d’inventer au minimum un deuxième système, et la nécessité intrinsèque du doute.

Importance de la deuxième conversion : la première conversion est le remplacement d’une théorie par une autre. La deuxième conversion est la réalisation que le simple fait de remplacer un point de vue par un autre ne mène à rien. J’aimerai écrire un livre sur comment appréhender le réel de 4 façons différentes : avec 1, 2, 3 ou 4 dimensions / points de vue.

VV: Tu as été membre d’une communauté dont tu étais éditeur de la revue Le Lien. Pourquoi y être entré, et ensuite pourquoi en être sorti ?

OC : D’abord une phase de croyance très forte dans un enseignement fondamentalement christique, émergence de nouvelles valeurs à incarner dans le monde de l’entreprise : exigences de qualité des rapports humains, fraternité, qualité produit.

Puis une grande part des choses auxquelles j’ai cru sont tombées en morceau, suite à une étude plus sociologique menée auprès des membres de cette communauté. Qu’est ce qui me reste ? Tout ce que j’ai vécu. Peu importe finalement si l’histoire que l’on se raconte est vraie ou pas, tant que l’on en tire de quoi grandir et se développer. Exemple des miracles de Jésus, qui inspirent le monde chrétien depuis 2000 ans sans que l’on puisse réellement penser que ces miracles ont eu lieu. D’où l’importance de relativiser les croyances et interdits du moment : comment est traitée la même question ailleurs et à des époques différentes.

Collection des 10 plus gros mensonges, entre doute et croyances

VV: Pourquoi avoir lancé cette collection ?

OC : C’est parti d’une ancienne envie à l’époque du Lien (1990-91) et la lancement d’une rubrique « à quel régime tournez-vous ?» qui s’intéressait aux régimes alimentaires. J’ai voulu moi-même tester ces différents régimes : Shelton (tout séparer), Cousmine (tout mélanger), Burget (manger cru), macrobiotique (tout cuit). Quatre systèmes différents, et chacun pouvant revendiquer des effets bénéfiques sur la santé. Donc, chaque régime correspond à une personne à un moment précis. On ne pouvait pas sortir des grandes vérités généralisables à tout le monde tout le temps. En 25 ans dans le mieux-vivre, j’ai vu tout et son contraire, écrit par des gens reconnus dans leurs domaines respectifs. L’idée de la collection était de dire que pour chaque sujet il existe un dogme dominant, mais aussi d’autres points de vue moins connus mais tout aussi pertinents. Pour permettre au lecteur de cultiver au moins deux points de vue sur une question donnée, ou de se rendre compte qu’en définitive on ne sait pas vraiment ce qui cause telle ou telle chose. L’intérêt de la collection est d’offrir un espace de doute, une brèche dans la pensée dominante. Pas de retour sur l’effet de cette collection. On sait que celui sur le Sida a dérangé beaucoup de monde. J’aurais voulu avoir 100 titres dans cette collection, malheureusement l’éditeur n’a pas suivi. La collection, 10 volumes vendu à environ 2000 exemplaires par volume.

Le côté positif du doute est qu’il permet de sortir des croyances, dogmatismes et tout ce qui est rigide, mais le côté négatif, qui fait peur, c’est que pour des gens qui ont construit leurs vies autour de croyances, de postulats etc…et que tu viens démolir ca, il y a des gens qui se retrouvent complètement paumés. Pour pouvoir arriver à cette liberté que donne le doute il faut trouver au autre point d’appuis en soi que ce qu’a dit untel, la bible, les scientifiques etc. pour ne plus construire sa sécurité ontologique dans ce monde sur des conceptions, des constructions intellectuelles ou religieuses. Il y a des gens qui ne peuvent pas remettre en question ce qu’ils croient par ce que derrière ils flippent complètement. Comment mettre les gens en situation de pouvoir douter sans que cela leur donne une angoisse existentielle « on ne crois plus en rien… », l’impression de faire face à un grand vide. Les gens ont peur de ce vide qui va s’ouvrir sous leurs pieds s’ils remettent en questions leurs croyances. Il faut donc que les gens puissent d’abord s’accrocher à quelque chose de plus solide, et cela ne peut être que le vécu. Les hypothèses intellectuelles, les croyances sont fragiles mais le vécu reste.

Il faudrait donc donner l’occasion aux gens d’avoir un vécu de première main, qui va complètement bouleverser leur vision du monde. Une expérience fondamentale qui fasse exploser la vision du monde qu’ils avaient jusque là. En utilisant des méthodes d’éveil telle la respiration holotropique. Les travaux de Grof permettent aujourd’hui d’avoir une cartographie de la psyché humaine qui donne un contexte aux expériences particulières de type LSD, et recommencent à être vécues dans un environnement médical contrôlé. Il convient de se libérer de l’état totalitaire de conscience. Nous vivons avec une bande passante de conscience très étroite, centrée sur l’intellect et ignorante de l’éventail des états de conscience accessible à la psyché humaine.

VV: Qui nous enferme dans cette bande passante ?

OC : Il n’y a pas de volonté « conspirationniste » pour garder les gens tels qu’ils sont, ceux qui brandissent les interdits n’ayant eux-même pas été voir de l’autre côté. Ces interdits s’effritent du fait de passeurs et de dissidents qui permettent à de plus en plus de gens de vivre ce type d’expérience. Il s’agit de réhabiliter l’intégralité de l’être humain.

Je milite pour une croyance consciente : j’ai des croyances et il en faut, mais il faut être conscient que se sont des croyances. Etre disposé à modifier ou renoncer à ses croyances au vu de faits nouveaux. On ne peut pas dépasser un état sans y être passé. On ne peut pas dépasser la croyance sans avoir d’abord crû soi-même.

Tout ce que l’on peut faire c’est éduquer les gens à comprendre comme ils sont faits, comment ils fonctionnent pour arriver petit à petit à cet équilibre entre la tête, siège des pensées, et le cœur siège des croyances. Pour n’être ni le cynique sans coeur qui ne croit en rien et doute de tout, ni le naïf qui se fait arnaquer et dépouiller car il n’a pas une once de tête. Il faut l’élan du cœur et le discernement de la tête.

VV: L’éducation s’attaque essentiellement à la tête, pourquoi ?

Il faut remettre dans le contexte historique : au début le corps était dominant, c’était la loi du plus fort. Ensuite sont apparues les croyances et le prêtre à pris une place à côté du chef traditionnel. Et ce n’est que récemment qu’est apparue la pensée et la science, qui mit beaucoup de temps à s’émanciper du religieux. Mais aujourd’hui on se rend compte que le mental seul ne résout pas mieux les problèmes du monde que les deux autres approches, et qu’il faut intégrer la tête, le cœur et le corps pour espérer avancer. Sans oublier le 4ème élément qu’est la spiritualité. Notre système éducatif est toujours dans la lignée du tout-mental, et on en voit les limites partout.

De l’Education Populaire

VV: Est-ce que l’éducpop devrait se préoccuper de donner cet accès au vécu ?

OC : L’éducation populaire, du moins celle pratiquée en Clunisois, fait déjà un bon travail en matière d’ouverture à d’autres points de vue, à d’autres regards. Ensuite, aller plus loin implique un plus grand investissement, aller à l’écoute de l’affectif mais cela ne peut se faire dans le cadre d’une conférence. L’acquisition des compétences relationnelles est un enjeu important et peut s’acquérir par diverses méthodes telle la communication non violente ou la thérapie sociale. Moi-même je n’ai découvert ces aspects que vers l’age de 35 ans, en me rendant compte que ma forte implication intellectuelle et spirituelle ne compensait pas mes carences émotionnelles et relationnelles. Cela m’a fait publier des auteurs tels Rozenberg, Ruiz, Crèvecoeur, Solter. Je n’ai pas cessé d’aller chercher des gens ayant développé ces compétences relationnelles.

VV: Est-ce que l’URC doit s’en tenir à présenter des points de vue différents, ou aller plus loin et présenter des outils qui permettront ensuite aux gens d’initier leurs propres actions avec un acquis en matière de gestion émotionnelle et relationnelle ?

OC : Il faudrait rendre accessible les stages et formations de ce type. Pris en direct, les stages sont onéreux et donc pas à la portée de tout le monde. Si l’URC trouvait un moyen de rendre ces prestations plus accessibles, ce serait génial de faire de l’éducation populaire sur ce plan-là en plus du plan uniquement intellectuel. Je déplore le fait qu’aujourd’hui tout ce qui tourne autour de ce que l’on appelle le développement personnel soit réservé à une élite disposant de suffisamment de moyens et de temps, capable de s’offrir un stage de dix jours dans le Sahara ou partir rencontrer Miguel Ruiz au Mexique. Il faut trouver le moment de démocratiser cela. Par exemple combiner conférences et stages.

VV : Ce serait un changement de direction, passer de l’apport de savoirs externes généralement très intéressants mais difficilement applicables un fois sortis de la salle de conférence, à un apport d’outils

OC : Oui ca qui m’a fait sortir de l’URC. Dans la pratique concrète, qu’est ce qui va changer ? Comment faire en sorte de proposer une nouvelle façon de faire. On ne peut pas faire des propositions nouvelles concernant la société sans changer notre manière de faire au niveau interpersonnel.

Q: Comment s’inscrivent les ateliers sur le don du pardon dans ton parcours de questionnement ?

OC : C’est dans la continuité de mon travail. Je me suis rendu compte que la majorité des gens qui lisent les livres sur le développement personnel n’en mettent pas le principes en pratique, faute d’avoir eu l’occasion de pratiquer au sein d’un groupe. Mais tout comme on ne devient pas 1er dan d’Aïkido en un weekend, on ne peut devenir « expert » dans les « arts vénusiens » qui sont la compassion, le pardon etc.. en un stage. On ne peut faire que des initiations, planter des graines.

On est dans une société gouvernée par la manipulation. Que ce soit en politique, en matière économique ou ailleurs les gens ont des intérêts à défendre, des choses à nous vendre. Proverbe chinois : « quand on a mal au pied on peut soit recouvrir la terre de cuir soit mettre des chaussures ». Recouvrir la terre de cuir c’est se battre contre les manipulateurs, les sectes etc.. mais on en fini jamais. Porter des chaussures c’est donner aux gens les bases d’une auto-défense intellectuelle. Apprendre à décortiquer ce qui est dit dans les médias, ce qu’ils se disent à eux-mêmes. Acquérir une culture du doute et de la remise en question systématique. Nous sommes dans un monde régit par la croyance. Miguel Ruiz dit trois choses : 1) Ne me croyez pas 2) Ne croyez pas non plus les autres, et 3) surtout ne vous croyez pas vous-même. Sortez de la croyance. On est dans un monde qui s’entre-tue, des bourses qui ne jouent que sur la croyance : crédo-crédit. Byron Katie s’est sortie de son alcoolisme et a fait fortune en se posant 4 questions : 1) Est-ce que ce que je crois est vrai ? 2) Est-ce vraiment vrai ? Avec quelles preuves ? 3) Qui serait-je si j’arrêtais de croire cela ? 4) Inversion de la proposition. Par ex « mon père ne m’a jamais aimé » devient « je n’ai jamais aimé mon père », ou « mon père m’a toujours aimée » et à chaque inversion on sort des ornières de pensées dans lesquelles on est enfoncé.

Conclusions tirées de cette interview

Je retire un certain nombre d’éléments de cette conversation dans le cadre de ce travail : d’abord l’idée que le cadre de référence au travers duquel nous analysons ce qui nous entoure est notre vécu, et de ce fait la réalité externe sera toujours perçue différemment par des personnes différentes, du fait de leurs vécus différents. Il s’ensuit que le niveau de doute que telle ou telle personne pourra avoir sur tel ou tel sujet va aussi dépendre de ce cadre intérieur, de ce vécu.

Ensuite, que changer les esprits de l’extérieur est extrêmement difficile. Même en y mettant les moyens, en publiant plusieurs livres via une maison d’édition connue sur des sujets qui concernent tout le monde (les vaccins, le nucléaire, le Sida…), l’impact (en termes de nombre de ventes et d’exposition médiatique) reste marginal.

Et finalement, apprendre à se connaître afin de séparer nos savoirs, nos expériences et nos croyances, ce qui nous permet ensuite d’utiliser le mode approprié face à une situation donnée.

Conclusions de la deuxième partie 

 Nous sommes constamment sous le feu de discours manipulatoires, que ce soit du marketing de lessives ou de la politique au Moyen-Orient. Les méthodes sont connues et il existe un très bon mot anglo-saxon pour les désigner : le « spin ». Mais il ne suffit pas de trier les faits véritables, contextualiser les chiffres, démontrer le biais de certaines démonstrations pour espérer que le doute fasse son office et permette à la vérité d’apparaître naturellement : nos esprits sont formatés depuis l’enfance, des réflexes émotionnels s’installent au sein de chacun d’entre nous et n’ont souvent que faire de considérations purement logiques, même si nous refusons le plus souvent de le reconnaître. 

3 Lakoff, G., The Political Mind, New York, Viking, 2008

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