Laïcité forte, vers une nouvelle religion?

Pour un non-français comme moi, ayant de surcroît longtemps vécu dans des pays royalistes (Belgique et Angleterre), la laïcité à la française reste un concept schizophrène: d’un côté les lumières de la raison qui chassent l’obscurantisme religieux de la vie publique, de l’autre une nouvelle forme de religion tout aussi bête et revendicatrice que celles qu’elle prétend chasser.

Une lecture des fondements constitutionnels et juridiques de la laïcité suggère, sans grande ambiguïté, que l’Etat et l’espace public s’organisent sans référence à la chose religieuse, tout en admettant que chacun reste libre de pratiquer la religion qu’il ou elle désire. L’école publique est laïque, mais rien n’empêche de suivre les enseignements d’écoles confessionnelles, nécessairement privées.

Dans la réalité l’espace public intègre certains aspects religieux qui sont indissociables du développement de l’identité française, telle les vacances de Noël ou Pâques, mais effectivement les curés n’ont plus grand chose à dire dans l’espace public et ont été remplacés par… les banquiers: on va aujourd’hui à la banque comme on allait jadis à l’église, avec un mélange d’appréhension et d’espoir face à l’homme en costard-cravate (ou l’équivalent féminin, certes une nouveauté) qui juge nos mérites et nous ouvre ou non, selon les cas, la Voie de la Consommation comme jadis il pouvait nous ouvrir, ou non, la Voie du Paradis. Et ceci vaut au niveau personnel comme au niveau des Etats.

Revenons à la laïcité. On peut dire qu’il existe deux principes de laïcité: d’un côté le principe « faible » qui dit que l’Etat fonctionne en-dehors du fait religieux mais permet néanmoins l’expression religieuse (tant qu’elle ne nuit pas à la liberté d’autrui) dans l’espace public et a fortiori dans l’espace privé. C’est la laïcité version Star Wars: tout le monde écoute du jazz, mais tout le monde a le look et les coutumes qu’il veut. Cette laïcité-là est tout à fait bienvenue, même si dans la réalité elle ne change pas grand chose au fonctionnement des espaces publics tels que l’on les trouve au sein des Etats européens non-laïques. Elle permet, néanmoins, de prendre des positions claires dans des situations où la revendication religieuse menace la liberté des non-religieux, telles le port du voile intégral où la modification du régime alimentaire de tous au bénéfice des croyances de quelques uns.

De l’autre côté, le principe laïque « fort » qui tolère (« tolère » dans le sens « c’est con mais on va rester sympa quand même ») l’expression religieuse privée mais ne veut pas en voir la couleur dès qu’il existe un contact entre ce privé et la vie publique, revenant de ce fait à assimiler cet espace, que l’on pourrait qualifier de « privé ouvert », à l’espace public. Le conflit entre ces deux visions est au coeur de l’affaire de la crèche Baby Loup. Pour l’instant, la justice française reste attachée à la version « faible » et estime que la nature privée de la crèche rend illégitime toute contestation basée sur les choix religieux des gens qui y travaillent.

Mais le camp du principe « fort » semble aujourd’hui très représentatif et le combat symbolique autour de Baby Loup est loin d’être terminé. Logiquement, un succès du camp « fort » ici devrait mener, par exemple, à l’interdiction des symboles religieux des écoles privées « catholiques » (dans lesquelles on trouve aussi des athées, des juifs et des musulmans), l’interdiction de tout symbole personnel de type croix, kippa ou voile dans l’espace public et « privé ouvert », l’interdiction de manger du poisson le vendredi (symbole religieux) mais aussi l’obligation de manger du cochon (le fait de ne pas en manger étant un symbole religieux). Mais que se passerait-il en ce cas, si une nouvelle religion venait à déclarer que son dogme implique l’obligation de manger du cochon? Le principe « fort » impliquerait nécessairement l’obligation simultanée de manger et de ne pas manger de cochon.

Bref, ceci pour démontrer ad absurdum que l’application du principe « fort » de la laïcité revient à la création d’une nouvelle religion, concurrente de et semblable à toutes les autres (on remplacera Dieu par la Constitution où le Marché, peu importe), dont la recherche d’absolu et le dogmatisme ne peuvent mener qu’a la dictature et à la ruine intellectuelle. Mais alors pourquoi cette émergence ûber-laïque? Une réaction épidermique aux revendication religieuses et notamment islamiques? Une recherche d’absolu, de religiosité qui n’ose dire non nom? Une revendication identitaire?

On ne peut nier, à mon avis, qu’il existe une pression constante sur la société française (donc a priori laïque) de la part des minorités revendicatrices qui ramènent tout à la religion ou à la race, et parviennent ainsi à museler les débats sous prétexte d’anti-sémitisme, d’anti-islamisme ou de racisme. Ces accusations ne sont pas toujours infondées bien sûr, mais le plus souvent elles ne sont qu’un bouclier permettant de dévier les critiques. Bouclier fort efficace a priori mais dont un effet plus profond pourrait être l’émergence d’une laïcité « forte » visant à combattre à armes égales (dogme contre dogme) la montée des revendications identitaires en tous genres.

 

 

 

4 réflexions sur “Laïcité forte, vers une nouvelle religion?

  1. Vous trouvez vraiment que ça vaut la peine de nous prendre la tête avec des caprices de gamine de quatorze-quinze ans qui se découvre, un beau matin, une vocation de nonne ? Posez-lui seulement une ou deux questions sur la vie du Prophète et vous vous rendrez compte que dans neuf cas sur dix, elles n’en a pas la moindre idée. Tel un de mes voisins qui me pourrissait la vie du matin au soir avec sa « musique ». Je lui avais demandé un jour, sans qu’il soit fichu de me répondre, s’il savait combien de notes comporte la gamme orientale (ou moyen-orientale ?) qui donne son caractère si reconnaissable à la musique arabe. Il justifiait pourtant le droit de m’emm…. par la grande passion qu’il avait à l’égard des musiciens de son pays d’origine. Ca ne va jamais plus loin que ça, voyez-vous, et tous les moyens (acoustiques ou visuels) sont bons … Et il faut l’avoir vécu pour le comprendre et comprendre du même coup l’inanité de vos analyses à rallonge sur un sujet aussi dépourvu d’intérêt.

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