Le père de nos pères Perry dans la nuit des temps…

La tradition du Livre nous fait tous remonter à Adam, et cette finitude du point de départ se retrouve encore aujourd’hui dans les hypothèses (souvent affirmées comme des réalités) de l’origine humaine. La génétique observe depuis ses débuts un élément bien précis, le chromosome Y de l’homme. L’homme, en effet, obtient ce chromosome via son père, et donc à partir de l’éventail des chromosomes Y aujourd’hui connus au sein de la population masculine, on peut remonter le temps pour trouver l’époque où vivait notre ancêtre mâle à tous, notre Père Premier d’où nous tirons tous ce fameux chromosome.

La science estime aujourd’hui que ce Père Premier vivait voici 60 000 à 140 000 ans. Homo Sapiens est apparu voici 195 000 ans et ce Père Premier n’était évidemment pas à son époque le seul mâle vivant, mais il se trouve que « par hasard » nous serions tous descendus de lui. Ce devait être un sacré bonhomme.

Mais coup de théâtre: un certain Perry, afro-américain contemporain décédé récemment en Caroline du Sud, possédait un chromosome Y qui ne trouve pas sa place dans la généalogie génétique actuelle. Le Père Premier de Perry est en fait un probable Père Premier prime (les Pères Premiers c’est comme les Papes modernes, vous en avez toujours un en prime) qui aurait fécondé l’humanité voici… 338 000 ans! De plus, Perry ne semble pas le seul à être passé par la route touristique: on connait au moins onze Camerounais d’un même village dotés de ce même chromosome Y. Michael Hammer, généticien de l’Université d’Arizona qui a étudié Perry, estime qu’il doit y avoir de l’ordre de 1 500 américains porteurs de ce « nouveau » chromosome « archaïque ».

338 000 ans, voilà qui commence à dater, d’autant que Homo Sapiens (HS) n’existait pas encore à cette époque. L’implication est que ce chromosome nous vient d’une espèce qui n’est pas HS mais d’une branche parallèle à celle-ci, et que nous aurions récupéré bien plus tard grâce à une incartade amoureuse entre une HS et un mâle de l’espèce cousine – appelons-là Homo Padreprimus (HP) faute de mieux. Espèce qui aurait subséquemment disparu.

Espèce? Le terme me semble inadapté, car par définition deux individus issus d’espèces différentes ne peuvent donner naissance à une lignée fertile. Si Mme HS  et Mr HP eurent un enfant qui pu lui-même ensuite faire bonne impression (normal pour un produit HP pas tout à fait HS), il faut nécessairement conclure que Sapiens et Padreprimus ne sont pas des espèces différentes, mais des sous-espèces génétiquement compatibles et quasi identiques avec seulement de légères différences au niveau du phénotype (physique), tout comme un asiatique aujourd’hui est physiquement différent d’un africain, lui-même différent d’un européen, etc… Et on peut dire la même chose pour l’homme de Néandertal, dont on sait aujourd’hui qu’une partie du génome est intégré au nôtre (majoritairement Sapiens) – et donc qu’il y eut des rencontres reproductives non stériles entre Sapiens et Néandertal. A moins que ce ne soit Néandertal qui ait lourdement flirté avec Padreprimus, bien avant de connaître miss Sapiens?

Revenons à Perry dont le Père Premier périt sans doute de ses audaces face aux ombrageux Sapiens. Michael Hammer note que  « c’est une erreur [de penser] que la généalogie d’une seule région génétique [sur le brin d’ADN] reflète une divergence de la population. Nos résultats suggèrent plutôt qu’il existe des poches de communautés génétiquement isolées qui, considérées ensemble,  détiennent beaucoup de la diversité humaine. (…) L’extrême ancienneté et la rareté de cette lignée d’ADN [celui de l’étude] (…) montre l’importance de considérer des modèles plus complexes concernant l’origine de la diversité du chromosome Y. Des modèles incluant la structure de la population ancienne et la possibilité d’une introgression [un apport de gènes] archaïque de chromosomes Y chez l’homme anatomiquement moderne”(1)

Perry était un afro-américain avec un chromosome Y archaïque identique à ceux observés chez les onze Camerounais , et ceci indique que Perry était sans doute issu d’une famille originaire de ce même endroit, dont un membre fut alors arraché à sa terre par les esclavagistes.  Terre située à la frontière entre Cameroun et Nigéria, à quelques centaines de kilomètres d’un site nommé Iwo Eleru où les plus vieux fossiles humains connus en Afrique Occidentale montrent, selon Chris Stringer du Muséum d’histoire naturelle de Londres, des traits archaïques inattendus, et donc il semble bien que nous ayons un scénario plus complexe concernant l’évolution de l’homme  moderne en Afrique« . Autrement dit, des sous-espèces humaines anciennes auraient vécu aux côtés de leurs descendants plus modernes pendant assez longtemps, une forme de tuilage étendu dans le temps plutôt que le passage relativement brutal d’un « modèle » à l’autre – et ces différentes populations auraient continué à échanger des gènes. Un peu comme si nous pouvions encore côtoyer des populations néandertaliennes ou de Cro-Magnon!

Cela dit, connaissant la propension de Sapiens à mettre en esclavage ou a exterminer ceux qu’il considère inférieurs, on imagine que la cohabitation n’a pas du être simple pour les « ancêtres ». Dans la bouche de Sapiens, « Perry » fut sans doute longtemps une injonction avant de devenir un nom…

 

(1) http://www.hominides.com/html/actualites/chromosome-y-sapiens-338000-ans-0710.php

 

 

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