Les plages, nouvel eldorado de la pensée flic?

On glose à souhait depuis quelques jours sur la manière de traiter les vils délinquants qui osent braver les drapeaux rouges et oranges, ou qui sortent des zones de surveillance généralement marquée par des drapeaux bleus. Le préfet de l’Hérault, Pierre Bousquet, propose ainsi de verbaliser le « récalcitrant » qui aurait le toupet de ne pas aller nager là où l’administration le lui ordonne, alors qu’en matière de baignade la notion de risque est pour le moins variable: pour les mêmes conditions de mer, la notion de risque pour un enfant de 10 ans n’est pas comparable à celle concernant un nageur expérimenté connaissant les lieux – et pourtant, l’administration leur oppose les mêmes règles.

Ça sent déjà la bêtise et l’esprit flic à plein nez, et on se doute bien que la question n’est pas tant la sécurité, qui est avant tout une question d’information, d’intelligence et de responsabilité personnelle, que la tache que représente « trop » de noyés sur le CV d’un Préfet.

J’ai moi-même régulièrement pratiqué, entre les années 1970 et 2000, une plage réputée dangereuse mais très belle et pleine de monde l’été – la plage de Donnant à Belle-Ile-en-Mer. Je m’y suis baigné ado, puis adulte, puis avec mes propres enfants sans encombres, sachant qu’il fallait éviter les pièges le long des rochers. Puis un jour les sauveteurs ont débarqués, plantant manu militari leurs drapeaux et fermant de facto entre 20% et 50% de l’accès à l’eau. Toute personne osant sortir de la zone « protégée » – et encore à des dizaines de mètres de tout soupçon de danger – se voyait inévitablement rappelée à l’ordre à coups de sifflets. Bref, les flics à la plage, ça fait tout sauf vacances. J’ai tenté de faire le malin, de dire que je connaissais l’endroit comme ma poche et qu’ils n’avaient qu’à m’oublier, rien n’y fit et je me suis fait menacer de PV. Résultat des courses, je visitais ensuite cette plage en dehors des horaires des flics (le matin ou après 18h30) et me baignais en paix.

Tout cela pour dire que la menace de verbalisation n’est pas nouvelle et que, si le fait de surveiller les plages est en soi certainement un facteur de sécurité, cela doit rester dans un cadre spécifique: vous nagez dans la zone surveillée et si vous avez un problème, on vous aide. Mais si vous décidez de nager ailleurs, libre à vous pour autant que vous acceptiez d’assumer vos responsabilités. Le problème, c’est quand l’administration vous ôte ce choix qui, pourtant, relève d’un droit fondamental de liberté. Liberté grignotée chaque jour par l’avancée de la pensée disciplinaire qui remplace la capacité de réflexion (Brel, déjà, chantait la raison d’Etat qui remplace la raison…), par le discours sécuritaire qui justifie en des termes paternalistes et hypocrites la politique du parapluie.

 

 

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