Syrie: le grand n’importe quoi

Cela faisait dix ans que l’on ne nous avait pas ressorti les armes de destruction massive, utilisées par quelque infâme régime, pour justifier du hold-up d’un pays supposément souverain, mais le vieux diable est de retour. De retour mais pas en grande forme quand même. L’ange blanc de 2003, la France, à l’époque de droite, s’est transformée en 2013 en faucon socialo-impérialiste, sans doute de vieux fantasmes guerriers ravivés par une impression de succès au Mali et qui font bander les petits hommes en costumes-cravates dans leurs salons parisiens. Sûr que la castagne, surtout à distance et sur plus faible que soi, ça change des réformes des retraites et du chômage.

Les américains y vont sur la pointe des pieds, Obama & Cie étant poussés à la faute par la CIA malgré une opinion publique majoritairement contre toute idée d’intervention armée, et un manque de crédibilité généralisé à travers le monde. Idem pour les anglais, qui cette fois-ci ont pris la précaution d’en référer au Parlement – « no thank you very much » ont dit les députés à Cameron. La Russie, au moins, dit « niet » aujourd’hui comme elle le fit pour l’Irak.

Mais il est intéressant de creuser les choses un peu plus loin: la fameuse « ligne rouge » décrétée par Obama que ne devait pas dépasser Bachar el-Assad, a bon dos: les américains ont pourtant soutenu Saddam Hussein (lorsqu’il était encore un allié US dans sa guerre contre l’Iran dans les années 80), en lui fournissant une assistance technique pour l’usage d’armes chimiques contre l’Iran. Les USA ont eux-même utilisé du phosphore blanc en 2004 contre l’Irak, tout comme les israéliens l’ont fait à Gaza plus récemment. Or le phosphore blanc fait partie des armes chimiques. Et actuellement, au Bahreïn, allié US faut-il le rappeler, le régime utilise des gaz en abondance contre les manifestants – mais cela passe sous le radar politico-médiatique. Non, la « ligne rouge », c’est juste une justification ad hoc au service des US et des ses vaillants alliés pour s’offrir une nouvelle boucherie.

Cela dit, il est possible voir probable – et nous devrions avoir les résultats de l’inspection de l’ONU la semaine prochaine – que des armes chimiques ont été utilisées en Syrie. La question est alors: qui les a utilisées, et dans quel but? Pour les occidentaux, c’est forcément Bachar el-Assad qui les a utilisées (vu que les « rebelles » affirment ne pas en avoir) mais bien naïf qui s’arrête à cela. Car comme je l’illustrais dans ce précédent article sur la Syrie (https://rhubarbe.net/blog/2013/01/25/syrie-le-loup-islamiste-sort-du-bois/), les « rebelles » de la première heure qui voulaient faire chuter un régime dictatorial pour le remplacer par quelque chose de plus démocratique, se sont fait phagocytés par la mouvance intégriste (financée notamment par l’Arabie Saoudite, alliée des USA…) pour qui la Syrie n’est qu’une nouvelle opportunité de mettre un pays à sac et d’y imposer un régime islamiste par les massacres et la terreur. Pour les rebelles de la première heure, les islamistes aujourd’hui sont un pire danger que Bachar el-Assad. Sachant cela, on peut légitimement se demander pourquoi Bachar el-Assad, qui est en train de gagner cette guerre du fait des divisions entre rebelles et islamistes, prendrait le risque stupide de gazer son peuple sous les yeux des occidentaux. Il n’en a pas besoin militairement, et il a tout à perdre si les occidentaux décidaient effectivement d’entrer en action contre lui. D’autant qu’il n’existe pour l’instant aucune preuve tangible que le régime soit à l’origine des possibles frappes chimiques, seulement un « faisceau d’indices » comme le dit François Hollande. Non seulement, juridiquement parlant, un « faisceau d’indices » semble un argument un peu faible pour aller tuer des dizaines ou des centaines de gens chez eux, mais surtout nous savons bien que ce genre d’argument issu des milieux officiels est hautement sujet à manipulation (voir la charade montée par la CIA pour attaquer l’Irak) et ne vaut strictement rien en termes d’information crédible.

Il ne s’agit pas ici de prendre parti pour ou contre le régime syrien, mais de critiquer un vat-en-guerre fondé sur pas grand chose (que nous sachions du moins) et dont la finalité, comme en Irak, en Afghanistan ou en Libye, est de transformer des pays plus ou moins structurés – malgré leurs défauts – en anarchies ouvertes aux prédateurs en tous genres: islamistes, sociétés pétrolières et minières, milices privées et mafias diverses et variées. Tout cela au nom de la liberté et des droits de l’homme, bien sûr. Tiens au fait, parlant des droits de l’homme, quid de Manning et de Snowden, les lanceurs d’alertes que tous nos grands chefs droit-de-lhommistes épris de liberté et de transparence n’ont de cesse de faire taire? Manning est au taule, et Snowden réfugié politique en Russie…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s