Les USA sont-ils encore une démocratie?

Beaucoup d’entre nous se posent la question depuis longtemps, mais ce qui est nouveau aujourd’hui est le fait que le vénérable et ûber-orthodoxe Financial Times se pose la même question. Is the USA a functioning democracy?

En cause, le shutdown d’une bonne partie de l’administration américaine cette semaine. Cet arrêt a été voulu par la droite républicaine qui a décidé de bloquer par la force la loi dite « Obamacare », pourtant votée et appliquée selon le calendrier prévu. Cet acte de guerre envers l’administration Obama est à double détente: le blocage actuel pourrait être combiné avec le refus, par ces mêmes républicains, de lever le seuil d’endettement du pays pour lui permettre de faire face à ses obligations – et dont l’échéance tombe le 17 octobre. Le FT ne croit pas vraiment qu’ils oseront aller jusque là, mais s’ils osaient (et comme disait Coluche, les cons ça ose tout…) les USA pourraient se trouver en état de défaut de paiement. Personne ne semble à même de prédire les conséquences réelles d’une telle situation, mais le fait qu’elle soit possible en dit long sur la volonté de nuire des républicains, d’où la question posée par le FT: les USA sont-ils encore une démocratie, quand une partie des députés préfère tout casser plutôt que de laisser se mettre en oeuvre le programme politique du gouvernement, faisant ainsi fi du processus démocratique?

Les républicains critiquent le programme sur une base idéologique, un cauchemar socialiste venant ternir la belle tradition américaine de la loi du plus riche. Le FT, qui est pourtant naturellement adepte du laisser-faire et du néo-libéralisme, remet les pendules à l’heure: Obamacare (Patient Protection and Affordable Care Act) est une petite amélioration du pire système d’assuance-maladie de tous les pays riches, basée sur un système introduit en 2006 au Massachusetts par… Mitt Romney, lui-même ardent républicain et challenger de Obama aux dernières présidentielles. Son but, apparemment inadmissible pour les républicains actuels, est de couvrir 32 millions d’américain sans protection et de mettre sous protection publique ceux et celles qui dépendent entièrement de leur employeur. Le programme est une usine à gaz et loin d’être parfait, mais il est basé sur un système pervers: en effet aux USA c’est l’employeur qui paie pour l’assurance maladie, ce qui rend difficile le fait de quitter un emploi bien « couvert » pour un autre qui le serait moins – surtout pour ceux et celles qui ont besoin d’un suivi médical. Ce qui revient, selon les termes du FT, à une relation de type féodale (serfdom) entre le serf et son seigneur.

Le système actuel aux USA est excessivement dispendieux et inefficace: le pays dépense 18% de son PIB en soins de santé, contre 12% dans le cas français – le deuxième pays le plus dispendieux au monde. En échange, une bonne partie des américains ne sont pas couverts, le taux de mortalité infantile est le plus élevé des pays à développement comparable, et l’espérance de vie la plus faible… Faire quelque chose relève du simple bon sens sinon de la pitié mais la droite républicaine n’en veut pas. Elle ne veut pas de cette prise de pouvoir étatique sur le domaine du business, mais surtout elle a peur que Obamacare devienne un succès populaire et ne cimente une trop bonne image du parti démocrate.

Que peut faire l’administration Obama? Ne rien faire, c’est admettre que la démocratie ne marche pas, même en surface, et admettre publiquement que le « land of freedom and democracy » est en fait une grosse arnaque. Mais le shutdown actuel ne peut être que passager, c’est une opération de vengeance qui n’a guère d’issue autre que reculer de quelques jours la mise en oeuvre du Obamacare. Par contre le possible blocage du seuil fiscal le 17 octobre poserait d’autres problèmes et imposerait une réaction. Obama pourrait invoquer le 14ème amendement de la Constitution qui spécifie que l’on ne peut remettre en cause la validité de la dette publique, et donc Obama pourrait emprunter ce dont il a besoin sans passer par le traditionnel et supposé démocratique processus politique. Mais il n’aurait sans doute pas accès à un taux très favorable, vu le contexte, ce qui pèserait lourd sur l’économie US.

Jusqu’où les républicains sont-ils prêts à aller dans leur haine à l’encontre d’Obama et d’un minimum de protection sociale publique pour les plus modestes? Le fin vernis de démocratie qui couvre encore une bonne partie de l’Occident a-t’il définitivement craqué au pays de l’Oncle Sam? En effet les guerres organisées par la CIA au profit de ses amis, l’espionnage mondial par la NSA, la militarisation policière et le pouvoir suprême de l’argent ont depuis pas mal de temps cassé l’image d’un pays libre et démocratique, mais là les loups commencent à se manger entre eux…

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