Radiofréquences et santé, entre RAS et « faites gaffe quand même… »

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La question des effets des radiofréquences, que ce soit des téléphones portables, Wi-Fi, lignes à haute tension et j’en passe, est un peu le monstre du Loch Ness électronique qui apparaît et disparaît au fil des études et des recommandations d’organismes publics plus ou moins indépendants des industries qu’ils sont censés réglementer. L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire vient donc de publier son dernier rapport, disponible en format PDF ici. Au-delà de ses recommandations sur lesquelles je reviendrai plus tard, ce rapport est une véritable bible explicative des différents systèmes d’émissions RF qui nous entourent, et une critique assez complète des nombreuses études prises en compte dans sa rédaction.

La position des autorités sanitaires est que le seul facteur potentiellement dangereux, pour l’Homme, des radiofréquences est le « Débit d’Absorption Spécifique » ou DAS, l’effet thermique induit sur le corps ou une partie du corps par la puissance émise des équipements électroniques. On mesure cet effet en watts par kilogramme (W/Kg) et la limite actuelle, en France comme dans de nombreux pays, est de 2W/Kg pour la tête et le tronc, et 0,08 W/Kg pour le corps entier. Ces chiffres de DAS sont transformés en une mesure de l’intensité du champ électrique (car il n’est pas possible de mesurer un DAS s’il n’y a personne à l’endroit de la mesure…), dont les unités sont le volt par mètre (V/m), mesurable directement avec un voltmètre ad hoc. Les niveaux de référence, ou les limites réglementaires, sont fixées comme suit en fonction de la gamme de fréquence de l’émetteur:

41 V/m pour le GSM 900 (téléphonie mobile 2G)
58 V/m pour le GSM 1800 (téléphonie mobile 2G)
61 V/m pour l’UMTS (téléphonie mobile 3G)
28 V/m pour un émetteur de radiodiffusion
31 à 41 V/m pour un émetteur de télédiffusion

Quelques chiffres intéressants qui nous concernent tous

Box Wi-Fi: 0,3 V/m à 40 cm
Téléphone d’intérieur sans fil (DECT): 1,8 V/m à 40 cm
Ordinateur: 4 V/m à 50 cm
Ampoule basse consommation: 15 V/m à 30 cm
Four à micro-ondes: 3 V/m à 40 cm
Plaque à induction: 6 V/m à 40 cm

Par comparaison, les émissions RF naturelles (rayonnement) se mesurent en milli-volts, voir en micro-volts par mètre, donc sur une tout autre échelle.

En moyenne, d’après l’ANSES, le champ RF en extérieur est de l’ordre de 1 V/m, avec des pics de 14 V/m en certains lieux parisiens. Ce chiffre est tiré vers le haut par le 3G et maintenant le 4G qui utilisent des puissances toujours plus importantes, et à la baisse par des initiatives politiques nationales et locales visant à ne plus dépasser 0,6 V/m en moyenne. Pour ce qui est de l’intérieur de nos habitations et lieux de travail c’est une autre affaire: je suis actuellement devant un ordinateur doté d’un grand écran, à côté d’un luminaire avec ampoule basse consommation et d’une Livebox Wi-Fi reliée à un téléphone DECT – ce qui au bas mot doit me valoir entre 20 et 25 V/m, et ce pendant un paquet d’heures chaque jour.

D’un point de vue du DAS je reste largement en-dessous de la zone rouge, mais – et c’est là où se situe le gros problème des études d’impact des RF – l’effet thermique du champ électrique n’est pas le seul effet de ce champ, et il existe au moins un autre champ qui n’est pas pris en compte mais qui est tout aussi important, le champ magnétique.

L’ANSES intègre dans son rapport un certain nombre d’études portant sur les aspects médicaux (cancers, troubles du sommeil, etc…) potentiellement attribuables aux RF. Sa conclusion est qu’il n’existe pas de preuve suffisante de la nocivité des RF – mais qu’il est conseillé de se tenir le plus possible à l’écart des sources de RF quand même… Dans sa conclusion, le rapport se fend d’un certain nombre de recommandations incitant à poursuivre et à approfondir l’étude sur les effets biologiques (par ex. l’impact des RF sur l’ADN ou la fertilité), cliniques (sommeil, rythmes circadiens…) et épidémiologiques (par ex: d’entreprendre de nouvelles études et de poursuivre celles en cours sur les effets possibles à long terme d’expositions chroniques aux radiofréquences et notamment au téléphone mobile). L’Anses explique que « les effets biologiques sont des changements d’ordre biochimique, physiologique ou comportemental qui sont induits dans une cellule, un tissu, ou un organisme en réponse à une stimulation extérieure » tandis qu’un effet sanitaire « n’intervient que lorsque les effets biologiques dépassent les limites d’adaptation du système biologique« .

Si l’ANSES fait ces recommandations c’est qu’elle estime que la messe n’est pas dite en matières des effets des RF sur notre santé, ce qui tombe sous le sens pour au moins deux raisons: d’une part le bain d’ondes que nous prenons constamment est un phénomène assez récent et il est encore trop tôt, sans doute, pour déceler un effet général de santé publique mettant en cause les RF. D’autre part, il existe de nombreux cas et exemples de personnes souffrant de l’exposition aux RF (dites électro-sensibles) et nous subissons des effets biologiques mesurables, même si les autorités estiment qu’il n’existe pas d’effet sanitaire avéré. Est-ce que le fait de mal dormir, du fait de la proximité d’équipements électronique, rentre dans la catégorie des effets sanitaires ou est-ce juste une gène sans gravité? Car c’est quand nous dormons que nous sommes le plus vulnérable du fait de notre immobilité, et c’est à ce moment-là qu’il serait le plus facile de se soustraire au bombardement RF! Il suffit de couper tous les appareils. Malheureusement on ne peut pas couper les appareils des autres, or le simple fait de vivre en appartement en ville nous balaye d’une bonne dizaine de faisceaux de box Wi-Fi dont certains émettent juste de l’autre côté du mur de notre chambre. Le civisme électromagnétique ne commence t’il pas par minimiser l’exposition d’autrui à nos propres émissions RF, en coupant systématiquement nos appareils lorsqu’ils ne servent pas?

L’ANSES n’en fait pas une recommandation explicite, mais il: me semble qu’elle est contenue dans le message un peu ambigu, entre le « rien à signaler » et le « faites gaffe quand même », qui est en ce moment diffusé sur les ondes…

 

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