Adam et les pomme-pomme girls

Selon le très sérieux et néolibéral The Economist, aux USA 58% des Républicains et 40% des Démocrates adhèrent à la thèse créationniste, comme quoi Dieu aurait créé l’Homme sur Terre, dans sa forme actuelle, voici quelques 10 000 ans. La Foi balayant les montagnes, les arguments scientifiques relatifs aux fossiles et autres indices d’une lignée quelque peu plus ancienne et simiesque sont balayés comme simple propagande des athées, ou reliquats d’un passé pas si lointain – Noé et le Déluge. Toujours selon The Economist, le Pape actuel serait en accord avec cette vision du monde, ce qui le rendrait presque sympathique s’il n’était pas en plus Marxiste – mais c’est une autre histoire.

Les américains ont une culture de l’absolu, ce qui les rends capables du meilleur comme du pire: tout est bien ou mal, blanc ou noir, vrai ou faux et la religion s’y choisi comme un système d’aide à la certitude –  l’inverse du modèle européen où la religion n’est qu’une facette culturelle héritée avec tout le reste, un bruit de fond qui, certes, façonne quelque peu notre manière de penser mais à laquelle nous ne faisons généralement pas référence de manière consciente. Il serait d’ailleurs intéressant d’analyser les relations US-Islam dans la perspective d’un mode de pensée très similaire, fondée de part et d’autre sur la certitude d’être les enfants choisis de Dieu et donc vouée à l’autoritarisme et au tropisme psychopathique inhérent à toute culture absolutiste, qu’elle soit raciale, politique ou religieuse.

Mais le créationnisme américain fait face à des moments difficiles: d’une part, parmi les personnes nées entre les années 1980 et 2000, le taux d’érosion des créationnistes est très élevé une fois atteint l’âge adulte et l’accès à une éducation non créationnisme – notamment scientifique. Non seulement par rationalité, mais également par culture: les jeunes adultes se détachent de tout ce qui relève des organisations traditionnelles, repères de vieux cons qui font entrave à leur hyper-individualisme.

D’autre part, un pilier du créationnisme est remis en cause par la génétique et les découvertes récentes qui font état non plus d’un ancêtre commun à l’humanité, mais d’une multitude d’ancêtres. Pas un Adam, mais des Adams. Et donc des Eves. Sans parler d’une récolte massive de pommes. Catastrophe, car la logique créationniste est basée sur l’idée que Jésus est venu sur Terre pour réparer la faute d’Adam. D’un Adam, un personnage unique et historique dont nous, ses descendants, continuons à payer ses pots de compote cassés.

Mais s’il y avait des milliers d’Adams au lieu d’un Adam historico-biblique, ça ne marche plus car, d’une part, il est difficile d’imaginer que tous les Adams se soient laissés prendre au piège de leurs pomme-pomme girls (auquel cas les descendants des Adams un peu malins n’auraient pas à suer pour se nourrir, et leurs femmes à souffrir pour enfanter – ce qui n’est pas le cas); d’autre part si l’Adam historique n’est plus alors Dieu n’a plus aucune raison d’envoyer son Fils payer pour sa pomme.

C’est la crise et certains ne savent plus à quel saint se vouer, à tel point que le mouvement semble disposé à mettre un peu d’eau dans son vin de messe: lors d’un récent meeting à Baltimore, les créationnistes ont invité un éminent avocat de la thèse du « créationnisme évolutionniste », Denis Lamoureux, qui propose que Dieu a créé le principe de l’évolution et de la sélection naturelle, qu’il la contrôle évidemment, mais que la Bible est un recueil archaïque de science ancienne qu’il faut interpréter de manière plus moderne – et que en ce cas la Foi ne nécessite plus l’existence d’un Adam historique. Un autre participant de premier plan à ce débat est Francis Collins, ex-athée responsable du National Institute of Health (l’agence gouvernementale américaine en recherche biomédicale) et fondateur du groupe créatio-évolutionniste Biologos, compare cette remise en question des fondamentalistes avec la remise en cause du modèle géocentrique par Galilée!

Le débat fait rage entre fondamentalistes chrétiens, mais l’avenir du créationnisme pur et dur n’est pas assuré et le mouvement a le choix entre un pas vers la lumière avec une version évolutionniste à la Lamoureux/Collins, ou un repli dans le fond de sa grotte sous la bannière des irréductibles tel le député (Rep.) de Georgie Paul Broun, qui siège au Comité du Congrès sur… la science (oui, les cons ça ose tout…) et pour qui l’évolution est un mensonge tout droit sorti du puits de l’enfer (a lie straight from the pit of hell).

Good luck, and God help us all…

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