De l’origine des origines

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En ces temps de célébration des origines d’une certaine vision du monde, il est peut être approprié de faire un petit tour du côté de l’origine des origines d’un monde que ni la religion, ni la science n’arrivent à décrire et à expliquer de manière complète et convaincante. Au contraire, la montée du simplicisme religieux, du créationnisme chrétien(1) au fondamentalisme islamique, fait écho à l’incertitude existentielle qui ronge la maison scientifique depuis quelques décennies avec la réalisation de l’irréalité du modèle matérialiste, déterministe et fondamentalement connaissable de l’univers. Non pas que l’on ne découvre plus rien, bien au contraire: on découvre de plus en plus, mais ces découvertes ne font qu’ajouter à la complexité, elles posent le plus souvent plus de questions qu’elles n’en résolvent.

L’hypothèse dominante sur l’origine de l’Univers est ben sûr le Big Bang, l’explosion et l’hyper-inflation en un temps très court d’une bulle (ou singularité) originelle dont la nature reste inconnue, hors du temps et de l’espace car elle-même créatrice de cet espace-temps qui nous héberge. Au niveau cosmologique, la réalisation que l’expansion de l’univers continue et s’accélère a obligé la science à inventer des concepts, tels l’énergie noire et la matière noire, qui expliquent mathématiquement le phénomène observé mais dont la correspondance avec quelque chose de réel est l’objet d’actives – et pour l’instant peu fructueuses – recherches occupant des milliers de grosses têtes de part le monde. Au niveau de la physique des particules, la nature des éléments fondamentaux de la matière prend une tournure métaphysique de part la multiplication sans fin de particules, de la nature dualiste onde/particule de la lumière, de l’incompatibilité fondamentale du modèle espace-temps de Einstein et de la physique quantique pour décrire la gravité, et du développement de théories mathématiques extraordinairement complexes pour décrire ce monde dont Alice au pays des Merveilles reste finalement une excellente représentation. Même le fameux boson de Higgs, validé et célébré cette année au CERN, n’est qu’une demi-bonne nouvelle car il semble confirmer un modèle standard qui ne permet pas d’expliquer la réalité observée, comme si tout cela était un jeu de poupées russes.

Ce qui nous amène à l’intéressante analogie de l’univers en tant qu’hologramme, un sujet déjà exploré sur ce blog (2) mais dont des travaux récents (3) semblent confirmer la possibilité théorique: en résumé, l’idée est que l’univers mesurable à n dimensions (4 en physique classique, mais une dizaine selon la théorie des cordes par exemple) a une équivalence avec un univers sous-jacent avec moins de n dimensions. Et c’est alors la projection de cet univers là, plus simple, qui donne l’illusion de notre univers « réel ». Tout à fait comme la projection 3D d’un hologramme est l’image d’une source 2D, mais à la différence d’une simple projection tel un film, l’hologramme dépends d’un phénomène quantique qui fait que toute l’information de l’image est contenue dans toutes les parties de l’image. Il vient donc d’être démontré qu’un phénomène a priori intraitable dans notre univers, tel la singularité au sein d’un trou noir ou l’apparente corrélation (ou non-localité) de particules éloignées qui violent de ce fait le principe que l’information ne peut aller plus vite que la lumière, trouve une solution dans un modèle avec une, ou plusieurs, dimensions en moins. Les solutions de calculs réalisés dans ce contexte, calculs impossibles à réaliser dans l’univers « réel », correspondent néanmoins à une réalité observable dans le « réel ».

Alors, simple truc de mathématiciens ou découverte d’une nouvelle poupée russe tout aussi « réelle » que celle que nous habitons avec nos sens? Par exemple, la non-localité qui semble se moquer de nos principes de temps à sens unique et de limite de vitesse, a une explication toute simple dans ce modèle: nos deux particules inexplicablement corrélées ne sont plus alors que les deux faces d’une même particule. C’est la projection « holographique » de cette particule unique « nD » dans notre univers « (n+1)D » qui donne l’illusion d’un système complexe avec deux particules.
Illustration: imaginez deux caméras qui filment deux parois différentes d’un aquarium contenant un poisson. Un observateur d’un autre monde ne connaissant pas le principe « poisson », ne voyant que les images des caméras, verra deux choses a priori différentes (la tête et la queue par exemple) se mouvant de manière inexplicablement corrélée. Le poisson, c’est l’univers « nD », et l’observateur c’est l’univers « (n+1)D » avec la caméra faisant office de dimension supplémentaire. Lequel est réel? Et le poisson n’est-il pas lui-même une projection d’un univers « (n-1)D », et ainsi de suite? Au bout de la chaîne il n’y aurait plus de particules, plus de forces mais seulement de l’information, des concepts traduisibles uniquement par le biais des mathématiques?

Cette question de la relation entre réalité physique et réalité mathématique est assez fondamentale: elle est bien entendu issue de la vision platonique du monde avec le domaine des Idées et des Formes parfaites dans un domaine intemporel, et leur traduction imparfaite dans la matière au sein de notre monde temporel. Dans ce modèle, le temps n’est qu’une illusion de nos sens, comme le disait d’ailleurs Einstein. Une équation décrivant un phénomène fonctionne quel que soit le moment, hier comme aujourd’hui. Mais cette approche implique l’existence de lois fondamentales générales à tout l’univers, qui font que ces équations fonctionnent en tout lieu et à tout moment, et qui nous permet de dire, par exemple, que l’univers est vieux de 13,8 milliards d’années. Mais la notion de « loi » n’est qu’une expression humaine, et l’invariabilité des fondamentaux tels la vitesse de la lumière ou le constant gravitationnel ne sont que des actes de foi. Rupert Sheldrake propose que l’univers fonctionne sur le principe des « habitudes »: les « lois » seraient alors le fruit non pas d’un carcan physique explicite et inamovible créé aux premiers instants de l’univers, mais plutôt le fruit d’une habitude, tout comme nous avons des habitudes telle préparer le café avant d’ouvrir le journal, sans que cela soit dicté par des impératifs qui nous dépassent – on peut toujours changer nos habitudes. Les lois physiques seraient alors le reflet de l’état de l’univers à cet instant, et non plus ce qui fait que l’univers est tel qu’il est.

Dans le même ordre d’idée, la notion de temps comme illusion, ou simple condition émergente sans impact sur la nature fondamentale de l’univers, peut se trouver remise en question – et c’est ce que fait le physicien Lee Smolin par exemple, qui tente de remettre le temps au centre de la réalité fondamentale de l’univers. L’équation qui donne tel résultat maintenant n’a pas nécessairement donné le même résultat avant, ni ne donnera nécessairement ce résultat plus tard. Et donc, le paradigme platonique et mathématique d’une vérité fondamentale hors du temps serait lui-même une illusion.

De même, la notion de « champ » recouvre aussi bien des espaces de forces dont on mesure l’origine, telles les particules chargés d’un champ magnétique, que des espaces au sein desquels on constate une force mais donc on ne connait pas le support physique, telle la gravité. D’autres champs de ce type pourraient exister, tel un champ de mémoire par exemple, au sein duquel nous (et le vivant en général) stockons nos souvenirs et expériences, voir notre mémoire phénotypique (les champs morphiques de Sheldrake). Notre mémoire serait alors plus proche d’un poste de télévision captant un signal externe, que d’un disque dur local – et permettrait de répondre à l’impasse des « zones de mémoire » dont nous savons qu’elles sont tout à fait instables et capable de régénération après accident de notre cerveau, choses impossibles pour un équivalent disque dur. Une exploration d’un tel type de champ est présentée dans ce billet « La Noosphère et le Global Consciousness Project« . Un projet de recherche d’une sorte de conscience globale et partagée.

La conscience est, à mon avis du moins, la clé de voute de l’édifice « nature » et la clé de sa compréhension. Depuis que la notion d’observateur a été intégrée à la notion de réalité mesurée dans le contexte quantique (c’est l’acte d’observation qui oblige les multiples superpositions quantiques à se condenser en un seul et unique état de matière), et que les sciences naturelles ont compris que la conscience de soi n’est pas uniquement une caractéristique humaine – voir même étendue au monde végétal qui semble doté de capacités d’évaluation de situations et d’actions totalement inexplicables par la simple mécanique biochimique – de gros efforts sont en cours pour tenter de mieux cerner ce phénomène. L’idée matérialiste d’une conscience n’étant que le sous-produit accidentel d’une complexité biochimique (en l’occurrence, le cerveau) reste vivace bien sûr, mais se trouve de plus en plus reléguée au rang de dogme ringard face à l’omniprésence d’une certaine intelligence qui transparaît partout où l’on regarde. A tel point que la notion de « vivant » pourrait bien devoir quitter, un jour, le strict domaine de ce qui découle de l’ADN.

Pourtant cette notion de conscience partagée n’est pas récente, elle fonde par exemple le chamanisme qui, relégué aujourd’hui à quelques peuplades lointaines, a sans doute été central dans la capacité de l’Homme ancien à survivre et à comprendre son environnement. Aujourd’hui, il n’est plus ridicule de penser que la conscience est une condition nécessaire au fait d’exister dans l’univers extraordinairement indéchiffrable qui est le nôtre: toute chose, animée ou non, existerait du fait qu’elle a une part de conscience, qu’elle est connectée à quelque « champ de conscience ». Le fait d’exister serait alors indissociable de la conscience du fait que l’on existe, et ce à toutes les échelles de l’univers.

On pourrait dire (enfin, sûrement pas mais c’est Noël alors tout est permis), pour conclure en bouclant sur le modèle holographique décrit plus haut, que la réalité physique est la projection holographique d’une conscience intrinsèque.
Plus prosaïquement, il existe des pistes pour sortir du manichéisme dieu / matérialisme, tous deux des actes de foi qui génèrent en eux-même leurs propres justifications. En ces jours de libération des Femens au profit des relations publiques de Poutine, le modèle des poupées russes illustrant une suite d’enveloppes contenant chacune l’ensemble suivant me semble assez apte. Et le proverbe « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » est peut être encore bien plus profond que ce que ne le pensait Rabelais…

(1) Voir Adam et les pomme-pomme girls

(2) Voir « L’Univers, l’hologramme et nous »

(3) Voir http://www.nature.com/news/simulations-back-up-theory-that-universe-is-a-hologram-1.14328

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