Quizz 2014: le mystère de l’effet placebo

La science fait face à de nombreux mystères, certain très éloignés de nos préoccupations quotidiennes, et d’autres nettement plus proches. Je lance ici une petite série d’articles présentant quelques uns de ces mystères, en commençant par l’effet Placebo.

Pierre Pichot formulait en 1961 le placebo de la manière suivante:  l’effet placebo est, lors de l’administration d’une drogue active, la différence entre la modification constatée et celle imputable à l’action pharmacologique de la drogue.

Une définition plus courante, issue de Wikipédia: Un placebo est un traitement d’efficacité pharmacologique propre nulle mais agissant, lorsque le sujet pense recevoir un traitement actif, par un mécanisme psychologique et/ou physiologique. Le médicament placebo ne contient que des composés chimiques neutres ou n’interférant a priori pas avec l’évolution de la maladie. Dans le cadre de la médecine allopathique, le placebo est équivalent en principe à la médecine homéopathique vu que dans les deux cas, au-delà d’une dilution de 9 CH, il n’existe plus d’effet actif mesurable dans la solution. Il ne peut donc, selon ce paradigme, s’agir que d’un effet psychologique et des expériences ont été menées pour en déterminer le mécanisme.

En 2007, une équipe de l’université de Michigan (USA) a étudié l’effet placebo sur un groupe de volontaires: ils leur ont d’abord injecté une solution saline inoffensive dans un muscle de la mâchoire, afin de provoquer une légère douleur. Le groupe s’est ensuite vu partager en deux parties, certains d’entre eux recevant un simple placebo, les autres se voyant administrer un antalgique. Mais en réalité, il s’agissait aussi d’un placebo.

Afin d’écarter tout phénomène subjectif, les cerveaux des sujets ont été examinés par imagerie nucléaire (IRM et PET scan). Les résultats sont éloquents : les personnes convaincues d’avoir reçu un antalgique présentaient une activité particulière au niveau d’une zone précise de leur cerveau, appelée noyau accumbens, avec accompagnement de sécrétion de dopamine, un neurotransmetteur utilisé dans le circuit de récompense. Cette stimulation était la plus forte chez les volontaires ayant reçu le placebo-antalgique avant l’arrivée de la douleur. (1)

Il est généralement admis que l’effet placebo est donc purement psychologique, d’autant plus qu’il semble être affecté par le degré de « crédibilité » du placebo: si la pilule placebo ressemble précisément à l’original, elle « marchera » mieux que si le patient se doute de quelques chose. Sauf, bizarrement, en homéopathie, où le patient sait que la solution ne contient plus d’effet actif mais pour les allopathes, la croyance en un effet « miracle » suffit à générer l’effet placebo. Mais les choses sont en fait plus compliquées.

Une autre expérience du même type que celle décrite ci-dessus fut conduite en 2004 par  Fabrizio Benedetti de l’Université de Turin (Italie): des personnes injectées avec un produit créant une légère douleur furent traités pendant quelques jours avec de la morphine, et le dernier jour avec un placebo (eau salée). L’effet de diminution de douleur fut le même. Mais, pour certains sujets, la solution placebo fut mélangée avec un produit (naloxonne) annulant les effets de la morphine.

Résultat? Chez ces patients-là, le placebo ne fonctionnait plus. Impossible, dès lors, d’attribuer l’effet placebo uniquement à un processus psychologique: il y a bien un processus biochimique à l’oeuvre. F. Benedetti a poursuivi ses expériences sur des Parkinsoniens, et a démontré les effets bénéfiques de l’eau salée au niveau des neurones individuels chez ces patients, associé à une amélioration de leur état. (2)

En 2006, une enquête lancée par les laboratoires Boiron, baptisée Epi 3, rassemblait 825 médecins généralistes de tous horizons (allopathes et homéo­pathes) et 8 559 de leurs patients. Elle fut pilotée par un comité scientifique indépendant de douze experts reconnus dans leur domaine, que l’on peut difficilement soupçonner de partialité en faveur de l’homéopathie, puisqu’il compte des personnalités comme le Pr Lucien Abenhaïm, ancien directeur général de la santé, le Pr Bernard Begaud, pharmaco­logue et chercheur à l’Inserm, ou encore le Pr Didier Guillemot, de l’Institut Pasteur. On compara l’impact, pendant un ans de trois mode de pris en charge des patients: 100% allopathique, 100% homéopathique, et mixte. Un enquêteur dépêché auprès du médecin était chargé de vérifier l’absence de biais de sélection des patients. Puis ceux-ci étaient interrogés par téléphone à leur domicile de manière à avoir une vision globale de leur comportement (en particulier, prenaient-ils les médicaments prescrits par leur médecin ? D’autres ?).

Les premiers résultats, concernant les troubles musculo-squelettiques, furent publiés dans Pharmacoepidemiology & Drug Safety, octobre 2012. Réunissant 1 153 personnes ayant consulté 272 médecins allopathes, 371 homéopathes et 510 généralistes du groupe mixte, ils démontrent, après interrogatoire des patients à 72 heures, puis à 1 mois, à 3 mois et à 12 mois de la consultation, que les différents modes de prise en charge se valent totale­ment en termes d’efficacité (amélioration équivalente de la douleur et de la mobilité au bout de 12 mois).

D’un point de vue de confort personnel, cette étude justifie l’approche homéopathique parce qu’elle permet de diminuer de 67 % la prise d’antal­giques et de 46 % (60 % quand les troubles sont devenus chroniques) et la consommation d’AINS (anti-inflamma­toires non stéroïdiens). Ce qui limite nettement le risque d’effets secondaires – notamment digestifs – qu’entraînent fréquemment ces traitements. Sans parler des effets positifs sur nos finances et celles de la Sécu, mais c’est une autre histoire (3).

Bien sûr, de nombreux contre-feux sont allumés pour invalider les résultats favorisant l’homéopathie et, donc, la pertinence biochimique de l’effet placebo qui pourrait nuire sérieusement au business pharmaceutique. Et il est possible qu’il faille en effet mettre un bémol sur certains résultats mais plus on avance, plus la distinction entre effet actif et placebo devient floue. Reste à l’expliquer.

 

(1) http://www.futura-sciences.com/magazines/sante/infos/actu/d/medecine-effet-placebo-enfin-explique-12457/

(2) http://www.newscientist.com/article/dn4996-placebos-effect-revealed-in-calmed-brain-cells.html#.UsatQNK8fh4

(3) http://www.femina.fr/Sante-Forme/Sante/Homeopathie-enfin-des-preuves/et-un-avantage-en-termes-de-sante-publique

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