Syrie, entre guerres religieuses et géopolitique

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Le conflit qui ravage le Moyen-Orient, de l’Irak à la Syrie en passant par le Liban, peut se voir comme un conflit interconfessionnel entre Sunnites et Chiites, attisé par la peur qu’ont les Saoudiens de voir l’Iran sortir de sa position de paria grâce à un accord irano-américain sur la question du nucléaire iranien. Un Iran libéré, à 80% chiite, dont l’influence est déjà très présente en Irak suite au fiasco de l’intervention US, poserait un sérieux challenge à une Arabie Saoudite sunnite très riche mais relativement vulnérable militairement parlant(1). Un Iran qui est également allié du Hezbollah libanais (chiite), contre un gouvernement libanais qui vient de recevoir une aide au développement militaire de trois milliards de dollars de la part… des Saoudiens.

Donc pour résumer, du côté chiite nous avons l’Iran et la faction actuellement au pouvoir en Irak (avec 51% de population chiite), et le Hezbollah au Liban (où 25% de la population est chiite). Et on the sunnite side of the street nous avons l’Arabie Saoudite ainsi qu’une majorité de la population syrienne (75%), mais aussi le Qatar, le Koweit et les Emirats Arabes Unis. Sans parler de l’Egypte, de l’Afghanistan, du Soudan et la Jordanie qui ne sont pas directement impliqués dans le conflit syrien car ayant d’autres chats à fouetter chez eux.

La Syrie est aujourd’hui le centre d’un conflit qui déborde sur le Liban et l’Irak, avec d’un côté le régime baasiste de Bachar el-Assad (le parti Baas est théoriquement laïc et pan-arabe, Assad lui-même étant issu de la minorité Alaouite) supporté par l’Iran mas aussi la Chine et la Russie, aux prises avec un double ennemi composé d’une part de rebelles syriens au sein de l’Armée Syrienne Libre (supportée par la Ligue Arabe, les USA et la France notamment, et chapeautée par le Conseil National Syrien) et d’autre part de mercenaires islamistes, dont le front Jabhad-al-Nosra (ou Front Islamique, composé essentiellement de Syriens) et le front ISIL (Islamic State of Iraq and the Levant, anciennement connu sous le nom de « Al-Quaeda en Irak », une coalition de groupes islamistes sunnites, essentiellement non Syriens) qui agit également au Liban et en Irak, et est financé en grande partie par les Saoudiens(2). A l’heure actuelle les opposants au régime de Assad se battent entre eux, au profit de l’armée syrienne qui reprend ainsi du terrain. Cette guerre fratricide a surtout lieu entre l’Armée Syrienne Libre et ISIL, le front al-Nosra tentant de garder une certaine neutralité dans l’affaire suite à son refus de fusionner avec ISIL. Cette dernière, en effet, est un assemblage de mercenaires fanatisés hyper-violents dont le but principal est le pillage de la Syrie, au-delà même de ce que peuvent supporter les rebelles Syriens.

La situation devenant catastrophique pour ISIL, elle vient d’appeler à une réconciliation entre les rebelles à quelques jours de l’ouverture de la conférence de paix Genève 2, qui doit s’ouvrir le 22 janvier à Montreux (3).
Cette conférence, voulue autant par les USA (anti-Assad) que par la Russie (pro-Assad), est censée faire se retrouver toutes les parties: le gouvernement de Assad, le Conseil National Syrien et les factions islamistes. La position de Assad reste claire, pour lui la seule question est la lutte contre les « terroristes », sa propre légitimité n’étant pas en cause même si, selon cette dépêche de Reuters, il n’est pas exact qu’il ait dit que son départ du pouvoir n’est pas une option: selon l’agence Tass reprenant les propos du délégué Russe à Genève 2, Alexander Yushchenko, Assad aurait dit qu’il avait proposé que les factions rebelles fassent candidature à une nouvelle élection présidentielle.

Depuis l’occasion ratée d’une intervention occidentale en Syrie au moment de l’affaire du gaz sarin (4), le Conseil National Syrien a perdu beaucoup de sa crédibilité et de son pouvoir sur le terrain, même s’il tente actuellement de redresser cette situation en combattant son ex-partenaire ISIL. Mais pour que Genève 2 puisse avoir un impact il faudrait que toutes les parties s’y retrouvent, malheureusement le Front Islamique a d’ores et déjà refusé toute participation à cette conférence « à laquelle assisteront des individus qui ne représentent même pas eux-mêmes« , a écrit dimanche sur Twitter Abou Omar, un des principaux dirigeants du Front islamique (5).

En attendant, l’horreur continue pour les Syriens dont 130 000 sont déjà morts et un quart de la population déplacée dans ce conflit multi-polaire. Une population prise en tenaille par les lourds et aveugles moyens militaires de l’armée régulière, et la sauvagerie toute aussi aveugle des islamistes. Au-delà du terrain syrien, c’est également une guerre par proxi entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, et à l’étage au-dessus entre l’entente russo-chinoise et l’axe France, Grande-Bretagne et USA. Les Israéliens, eux, se frottent les mains.

(1) Les Ombres de l’Arabie Saoudite sur http://www.polemos.fr/2014/01/les-ombres-de-l%e2%80%99arabie-saoudite/?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter&utm_campaign=Feed%3A+Polemosfr+%28Polemos%29
(2) http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/djihadistes-islamistes-rebelles-la-guerre-dans-la-guerre-en-syrie_1312723.html
(3) http://www.liberation.fr/monde/2014/01/19/le-chef-de-l-etat-islamique-en-irak-et-au-levant-tend-la-main-aux-rebelles-syriens_973960
(4) La Syrie, le Sarin et les Salauds sur https://rhubarbe.net/blog/2013/12/16/la-syrie-le-sarin-et-les-salauds/
(5) http://www.lematin.ch/monde/front-islamique-syrien-refuse-venir-geneve/story/23974730

=Vincent Verschoore=

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008: sciences, société, politique... Indécrottable indépendant ayant travaillé dans la vidéo et l'informatique industrielle. Actuellement dans la photo (www.vincentverschoore.com).

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