L’affaire Debout les Belges

deboutlesbelges

Depuis le temps que j’ai quitté mon pays natal, la Belgique, je ne m’intéresse plus que de loin aux « histoires belges », que les complications communautaristes rendent parfois difficiles à comprendre mais qui, me semblait-il, résistait globalement bien à la tendance assez générale au sacrifice de la liberté d’expression sur l’autel du politiquement correct, de l’Etat policier et du « consomme et ferme ta gueule ».

Certes, avec sa 21ème place en 2013, elle ne se porte pas aussi bien que les « bon élèves », selon le classement de Reporter sans Frontières sur la liberté de la presse, tel son voisin direct les Pays-Bas (deuxième) et les habituels Finlande et Norvège (premier et troisième respectivement), mais bien mieux que la France (37ème, juste deux places au-dessus du Botswana) ou que la Hongrie (56) et l’Italie (57) par exemple.

La Belgique, comme la plupart des pays ayant intégré à un moment donné la liberté d’expression dans son ADN, doit composer avec des opinions diverses et variées, parfois avariées même, mais qui reflètent la réalité populaire, font barrage à l’uniformisation de la pensée voulue par le discours dominant et ses relais médiatiques et sont, au pire, le prix à payer pour ne pas sombrer dans l’une ou l’autre forme de dictature prédominant dans tous les pays qui n’ont pas intégré ce principe fondamental.

Bien sûr, du point de vue des systèmes de pouvoir (les professionnels de la politique mais aussi et surtout les cercles concentriques de lobbyistes, de réseaux mafieux et d’intérêts privés au sein des institutions), la dictature est une bonne chose car elle vous facilite la vie – et c’est bien pourquoi elle progresse à peu près partout en faisant reculer le principe de liberté d’expression. A coups de matraques, de canons à eau et de lois liberticides, l’idée est toujours la même: la subsidiarisation (désolé) du principe fondamental de la liberté d’expression à la volonté du pouvoir dont le but n’est évidemment pas l’émancipation du peuple dont il a la charge, mais bien sa domination. Ce que le philosophe américain Thorstein Veblen décrivait comme la domination des classes de loisirs (ceux qui ne produisent pas mais vivent de manière ostentatoire: les chefs, les clergés, les athlètes, les guerriers, les banquiers) sur les classes industrieuses.

La perte de la garantie de la liberté d’expression, c’est la garantie du retour à cet ordre « naturel ». Cela ne veut en aucun cas dire que ceux qui font usage de la liberté d’expression sont forcément « bons », mais le prix à payer pour ne pas les entendre est de se réveiller un jour avec plus aucun autre bruit que celui des bottes au pas cadencé.

J’ai déjà dit ce que je pensais de la guerre menée en France contre la liberté d’expression par le pouvoir – et notamment illustrée par Valls contre Dieudonné, (voir par exemple le billet « Les intellos de l’humour, un sketch pas marrant ») mais on vient d’assister à un événement similaire en Belgique avec l’interdiction d’une réunion, baptisée Congrès de la dissidence, organisée pour le 4 mai par le politicien nationaliste Laurent Louis et son parti Debout les Belges, avec pour invités notables Dieudonné, Alain Soral et Marion Sigaut. On peut penser ce que l’on veut de ces personnes, là n’est pas la question: la question est de savoir que faire face à une violation aussi flagrante de la liberté d’expression et, en l’occurrence, de réunion. L’interdiction fut prononcée sans référence à un quelconque fait, uniquement basée sur le fourre-tout de « risque de troubles à l’ordre public » – alors que la réunion devait avoir lieu dans un endroit fermé, sur invitation, avec entrée payante, et que les possibilités de « troubles à l’ordre public » ne pouvaient venir que de personnes extérieures à l’assemblée elle-même – à commencer par la police évidement, qui comme on peut le voir dans la vidéo ci-après – y a mis les moyens.

Au-delà de la violation pure et dure du principe de liberté d’expression relevé ici, se pose aussi la question de la finalité: le cirque initié par le pouvoir belge autour de cette affaire aura finalement permis un bien plus grand retentissement médiatique au profit des organisateurs de cette réunion, que si elle c’était passée normalement, sans interdiction, sans flics, sans canons à eau et sans la possibilité pour eux de prendre la posture du martyre. Le pouvoir fait ainsi d’une pierre deux mauvais coups: violation de la liberté d’expression et médiatisation augmentée des personnes et des propos que ledit pouvoir semblait vouloir occulter en premier lieu. Alors, bêtise ou manipulation?  Je n’ose me prononcer. Mais je trouve que la Belgique a mieux à faire que de suivre la France dans la course vers le fond du classement de Reporter sans Frontières.

En ce jour de célébration de la victoire alliée sur l’Allemagne nazie, il peut être intéressant de ne pas oublier que l’Allemagne hitlérienne était une dictature envers ses propres sujets avant de l’être pour les autres.

 

 

 

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