Ah, la douce lueur des bombes dans le désert irakien…

Ça faisait longtemps, ce bruit de bottes occidentales sur le sable irakien au nom de la liberté d’un peuple opprimé par le grand méchant dictateur islamiste. Après les cuisants échecs de ces treize dernières années, et la multiplication des foyers islamistes en réaction à l’insondable hypocrisie d’une politique à deux vitesses qui ne dit rien des atrocités des »amis », de Guantánamo au régime islamiste wahhabite saoudien en passant par les petites répressions sanglantes genre Bahrain que l’on brosse discrètement sous le tapis, mais politique qui bondit en se frappant le torse et en hurlant son indignation dès que l’ennemi, en l’occurrence l’idiot utile généralement barbu mené par le fric, l’ignorance et, pour les plus cons, la promesse des 99 vierges, grignote un peu trop de terrain où se permet de trancher des gorges d’otages occidentaux – paix à leurs âmes. Pratique qui, par ailleurs, est assez courante dans les milieux du banditisme latino mais ces victimes-là n’intéressent pas grand monde. Et qui n’est guère pire que la torture infligée au condamnés à mort dans les prisons US ou le fait de couper les mains aux voleurs comme cela se pratique chez nos « amis » wahhabites.

Mais tout ceci n’est qu’un vieux scénario remis à l’honneur. La mascarade de l’invasion irakienne par Bush & Co au profit des pétroliers et marchants d’armes a fait le jeu des islamistes, précipitant dans leurs bras des hordes de gens désabusés, financés par le pétrole arabe et la CIA dans le but de maintenir sur le feu un danger terroriste latent justifiant toutes les mesures liberticides que nos veules démocraties se sont laissé imposées par les quelques chefs de gangs qui se pavanent régulièrement sur les tapis rouges de sang du G8 et de l’ONU. Et cela continue, l’Etat Islamique en Irak et au Levant (rebaptisé Daesh, ce qui veut dire exactement la même chose mais en arabe… Mais c’est plus politiquement correct car le terme « Etat Islamique » s’applique en principe tout autant à l’EIIL qu’à l’Arabie Saoudite…), l’EIIL donc, offrant à la technocratie française l’occasion de tenter d’imposer l’intention comme délit s’il s’agit d’une intention étiquetable « terroriste », autrement dit un projet de voyage dans tout pays où l’on trouve des « terroristes » même si c’est pour se battre contre l’ennemi officiel, comme c’est le cas en Syrie. Il y en a qui ont trop regardé Minority Report. Ils feraient mieux de lire la Constitution…

L’EIIL utilise les mises à mort scénarisées comme le toréador un chiffon rouge pour attirer la bête. Et la bête fonce tête baissée. Les fantomatiques dirigeants d’EIIL, aujourd’hui un califat auto-proclamé, ont bien compris qu’une attaque occidentale sans déploiement massif au sol (qui ne risque pas d’arriver) ne peut rien contre eux et au contraire, les quelques milliers de futurs tués seront considérés comme martyrs et enflammerons la passion islamiste de bien plus de milliers encore, venant grossir les troupes aux drapeaux noirs et permettant d’élargir encore leur territoire.  Tout cela, tout le monde le sait mais on y va quand même. Pourquoi? That is the question.

Certains font appel à la morale: on ne peut pas ne rien faire, il faut frapper – par principe. Mais si la morale avait encore quelque chose à voir avec la politique, cela se saurait et surtout cela se verrait par la solution immédiate de mille problèmes concrets qui demandent un positionnement moral: les migrants de Calais, les sans-papiers qui participent ou ne demandent qu’a participer à la vie sociale et économique locale, les gens maintenus en prison dans des conditions inhumaines, les administrations qui s’arrangent pour tisser des labyrinthes kafkaïens afin de décourager leurs ayants-droit de demander leur dû, et la corruption endémique du petit monde politique qui fait systématiquement, ou presque, passer  les intérêts personnels ou tactiques de ses représentants bien avant l’intérêt général. Ressortir l’argument moral juste là, maintenant, est risible.

D’autres font appel à la progression de la menace terroriste. Celle là, on nous l’a déjà tellement faite qu’elle n’a plus aucune crédibilité. Les islamistes dangereux chez nous viennent de chez nous, ont grandi ici, et même s’ils se font un modèle des « vrais » djihadistes, on ne peut pas imputer aux islamistes de la-bas cette responsabilité.

D’autres encore, mais alors à voix basse, font appel au chiffre d’affaires que génère toute guerre, au remplacement des stocks d’armes et de munitions, aux montagnes de coûts qu’engendre tout déploiement militaire. Le doux bruit de la caisse enregistreuse, à ne jamais sous-estimer.

Et d’autres enfin, ceux que l’on voit sur ou autour du trône, y voient probablement avant tout l’occasion de parler d’autre chose que de leurs problèmes de politique nationale. Quand on a ni pétrole ni idées, aller casser un peu d’arabe à quelques heures de vol de Paris peut aider à paraître moins con aux yeux des imbéciles.

L’idée ici n’est évidement pas de défendre les pratiques de l’EIIL, mais l’EIIL n’est que le fruit des politiques occidentales au Moyen Orient depuis la grande manipulation du 11 septembre 2001. Auxquelles s’ajoute le conflit ancestral entre chiites et sunnites qui, exacerbé par l’ingérence inepte des américains et les tensions entre l’Arabie Saoudite (sunnite) et l’Iran (chiite), génère sa propre violence et dans lequel nous, non musulmans, n’avons pas à intervenir. Le gouvernement irakien qu’il faut aujourd’hui sauver est un nid de corruption et d’incompétence digne des pires républiques bananières, le sauver n’a en soi pas de sens – c’est aux irakiens de faire le ménage chez eux s’ils en ont envie. En Syrie, après avoir été voué aux gémonies Bachar el-Assad est presque redevenu fréquentable du fait qu’il est, lui aussi, aux prises avec l’EIIL après que ces derniers, soutenus par l’Occident, aient rejoint puis phagocyté puis carrément combattu les rebelles… L’hypocrisie occidentale a t’elle une limite?

Il y a longtemps j’ai vu un film d’horreur, cela se passait sur une plage anglaise où une espèce de monstre caché sous le sable attrapait les gens avec ses tentacules. Les militaires décidèrent de faire sauter la bestiole avec une grosse charge. Ainsi fut fait, et l’explosion projeta des milliers de lambeaux de la bestiole à des centaines de mètres à la ronde, qui se transformèrent en nouvelles petites bêtes affamées… Pourtant le scientifique de service leur avait bien dit que la bestiole était dotée d’une capacité d’auto-regénération genre vers de terre, mais quand on a la tête en forme de marteau… L’EIIL, c’est le résultat de la tentative de destruction de la petite bande à Ben Laden en Afghanistan, puis du renversement de Saddam Hussein qui n’avait pourtant rien à voir avec Al Quaeda, puis de l’abattage de Kadhafi qui devait savoir des choses que Sarkozy n’aimait pas. Tous ces événements ont transformé des territoires plus ou moins policés en vastes terrains de jeux pour fanatiques religieux armés et nourris par ceux qui tirent profit du désordre et de la violence. Et maintenant que la bête arrive à contrôler un territoire important, on ne trouve rien de mieux à faire que de l’aider à s’éparpiller encore plus.

Pour terminer, le point de vue de James Corbett du www.corbettreport.com :

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