Cartographie mentale, vie de couple et differentiation

Les choses de la vie font que la plupart d’entre nous se retrouvent de temps à autre confrontés à des problèmes de comportement difficiles à vivre au sein de nos familles, couples ou cercles sociaux. Le plus souvent, c’est-à-dire quand les gens impliqués ne nous paraissent pas souffrir d’une pathologie particulière telle la perversion narcissique, nous partons du principe que les gens qui nous font du mal de le font pas exprès, c’est juste que leurs bonnes intentions de départ sont « trahies » par les casseroles qu’ils traînent – que nous traînons tous – depuis leur enfance: blessures, peur de l’abandon, anxiété, etc… D’où il découle que d’un point de vue thérapeutique il faut arriver à recréer un climat d’empathie, de non-jugement permettant de libérer la parole, se dégager des peurs imaginaires et retrouver un comportement en prise avec la réalité.

Mind maps are used to get lots of ideas into one ideaNéanmoins, il existe (au moins) une autre manière de voir les choses, telle présentée par le psychothérapeute David Schnarch, inventeur de la « Crucible Therapy » qui est une forme d’intégration de la sexualité, l’intimité, la spiritualité, le développement personnel et de conseil matrimonial. David Schnarch considère que, du moins en ce qui concerne son domaine d’expertise que sont les rapports de couple, les gens qui ont un comportement blessant envers leur conjoint ne le font pas « sans le vouloir » mais au contraire, savent très bien ce qu’ils (ou elles) font et quel type de blessures ils ou elles infligent ainsi à l’autre. Pour Schnarch les gens coupables de « mauvais comportements » ne le font pas du fait de leurs peurs, frustrations et anxiétés mais le font pour leur propre gratification, parce que c’est une forme de relation qu’ils / elles choisissent.

Voilà qui semble un peu violent et contraire aux principes d’attachement avec lesquels nous sommes familiers!

Pour Schnarch toujours, la clé de compréhension de ce processus est ce qu’il appelle le « mind-mapping« , topogramme ou carte mentale en français. A la base le topogramme est un outil pour nous aider à enregistrer et gérer nos idées et informations sur un thème en « cartographiant » notre réflexion sur ce thème. Dans le cadre de l’interaction avec l’autre décrite par Schnarch, c’est la capacité à « cartographier » la pensée de l’autre tout en nous rendant nous-même le plus opaque possible à la cartographie de notre propre mental par cet autre (aussi appelé « mind-masking »). Et c’est là que l’argument devient intéressant.

En effet, cette capacité cartographique émerge vers l’âge de 4 ans et atteint sa maturité vers l’âge de 11 ans. L’environnement direct, donc essentiellement familial, de l’enfant influe grandement sur cette capacité car elle est un instrument de survie dans les environnements déstructurés. L’enfant comprend vite que ses parents sont capables d’avoir des croyances infondées, et qu’ils agissent en fonction de ce qui leur passe par la tête. Tous les êtres (hors ceux qui souffrent de schizophrénie, autisme ou troubles du même type) développent ce type de compétence mais à des degrés divers. Dans un environnement déstructuré l’enfant développe au maximum ses capacités anticipative –  la cartographie des mentalités parentales permettant de prévoir la probabilité de tel ou tel comportement néfaste –  et protective – se rendre opaque à la cartographie de son propre esprit par son entourage.

Transposés dans des relations d’adultes, ces compétences sont nécessaires mais peuvent parfois conduire à des comportements manipulatifs et néfastes. Nécessaires car il serait difficile de partager un quotidien sans la capacité à cartographier, donc à comprendre et prévoir dans une certaine mesure les besoins, désirs et réactions du partenaire – et en retour, a permettre à notre partenaire de nous cartographier pour avoir un degré similaire de compréhension. Néfastes dès lors qu’il existe un déséquilibre menant à une forme de manipulation: si l’un est doté d’une forte compétence pour cartographier l’autre – et donc aboutir rapidement à une compréhension intime de son mode de fonctionnement – tout en se rendant opaque à ce même partenaire qui, donc, n’a pas vraiment d’idée ni d’emprise sur le fonctionnement du premier, on arrive à une situation dangereuse pour le couple et potentiellement toxique pour le conjoint, obligé de naviguer à l’aveuglette tout en étant un livre ouvert pour l’autre. Pour Schnarch, de nombreux exemples de problèmes de couples découlent directement de ce genre de situation.

Alors on pourrait mettre tout cela sur le compte de l’inconscient et en revenir au discours classique: recréer un climat de confiance et ce type de comportement disparaîtra de lui-même. Mais pour Schnarch ce n’est pas si simple: cette capacité que certains ont à cartographier l’autre et à se protéger en même temps découle d’une réelle volonté de façonner la relation selon une forme bien définie. Volonté qui a ses racines dans l’enfance, car confrontés à des parents instables, violents, inaptes, l’enfant pour survivre utilise le mind-mapping et le mind-masking pour façonner, tant que faire ce peut, un environnement familial le moins dangereux (cad le plus prévisible) possible. C’est une expérience traumatisante pour l’enfant, dont le comportement devient hypervigilant et « collant ».  Une fois cette manière de faire intégrée dès le plus jeune age, elle nous poursuit toute notre vie – cela devient un modus operandi normal, conscient et maîtrisé.

Une fois ce diagnostic établi, que faire? Reconnaître ce comportement déjà pour soi-même, car rares sont les couples avec d’un côté un démon et de l’autre une oie blanche. Reconnaître où nous en sommes dans la recherche d’un équilibre entre notre besoin d’attachement et de connexion d’une part, et notre désir d’individualité et de conduite de notre propre vie de l’autre. Ce que Schnarch appelle la Différentiation. La différentiation mène à l’autonomie émotionnelle, base d’une interdépendance bénéfique, et fondement de l’intimité et de la stabilité dans une relation à long terme.

Il fait en outre la distinction entre deux types d’intimité: celle validée par les autres, et celle validée par soi-même. Dans la première, l’un des partenaires se dévoile devant l’autre et reçoit en retour de l’acceptation, de l’empathie et du support. C’est un des piliers de la thérapie de l’attachement. Dans la seconde, l’intimité validée par soi-même, la confrontation avec soi-même mène à un dévoilement à soi-même qui a lieu indépendamment d’une quelconque validation, ou non, par le ou la partenaire ou par qui que ce soit.

Pour Schnarch, c’est cette forme-là de validation qui prime car elle nous oblige à nous tenir debout et à dire la vérité quoi qu’il arrive, quoique les autres puissent en penser. Cela mène soit à la rupture libératrice, soit au renouveau de la relation avec une nouvelle dynamique et une nouvelle cartographie mentale.

 

Source: http://www.alternet.org/sex-amp-relationships/mind-mapping-how-we-manipulate-people-we-love 

 

 

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