Société sans cash, société pénitencière

monnaie-confianceEn mars 2015 l’Etat français décidait de limiter encre plus la possibilité de payer nos achats en cash, abaissant le plafond actuel de 3000 euros à 1000 euros par transaction, à dater du 1er septembre. Même si cette règle ne vaut pas (pour l’instant) pour les transactions de particulier à particulier, c’est un nouveau pas vers la transparence complète de notre activité sociale et économique aux gros yeux d’un Etat loin de mériter une telle confiance.

Inutile de préciser que la raison invoquée par Michel Sapin, à l’époque ministre des Finances, est la « lutte contre le terrorisme » vu que toutes les lois liberticides qui nous tombent dessus bénéficient du même prétexte. Cet usage massif de la « lutte contre le terrorisme » pour justifier tout et n’importe quoi (mais toujours au bénéfice d’une vision policière de la société portée par les politiques et technocrates de tous bords) explique bien pourquoi nos Etats « libres » en font si peu pour s’attaquer directement aux sources du problème: le terrorisme c’est tellement pratique que l’on ne pourrait plus s’en passer! D’ailleurs cet article sur Numérama sur les coïncidences entre « attentats déjoués » et calendrier politique parle de lui-même.

Revenons à nos espèces. Au-delà du principe apparemment dépassé du droit aux transactions privées, se profile surtout la question de notre dépendance sociale et économique à un système de paiement entièrement aux mains des organismes bancaires, connus pour leur attachement au bien commun et leur haute moralité.

L’expérience récente des grecs confrontés à l’impossibilité de retirer de l’argent puis à des limites draconiennes de l’usage de leurs deniers est un témoignage flagrant de la main-mise illégitime de l’Etat et des banques sur nos fonds privés. Main-mise qui s’explique techniquement par le fait que les banques (grecques ou non) ne disposent pas des réserves de cash correspondant aux dépôts et ne peuvent donc faire face à un « bank run » où chacun tente de vider ses comptes par peur de faillite bancaire, mais dans un système sans cash (donc sans même la possibilité d’un bank run), en cas de crise, plus aucune transaction ne serait possible sans l’accord de l’Etat et/ou des banques! Même en temps normal, le moindre petit fonctionnaire ainsi habilité pourra vous refuser l’achat d’un billet pour le Moyen-Orient au prétexte que vous avez arrêté d’acheter des rasoirs jetables, donc que vous vous faites pousser la barbe, donc vous êtes un terroriste en puissance.

La monnaie fiduciaire, élément central et anonyme de la plupart des sociétés, est basée sur le constat qu’à tout moment mon billet de 10 euros (qui ne vaut rien en lui-même) me permet d’acheter un bien ou service valorisé à 10 euros. Cette monnaie nécessite un certain degré de confiance dans le système économique: si vous pensez que votre billet peut être dévalué ou rendu obsolète du jour au lendemain, vous devrez revenir au système à base de métaux précieux ou au troc. Et même si le système bancaire se crashe, votre billet reste valable et peut s’utiliser sans l’aval de qui que ce soit. Dans une « cashless society », ou société sans espèces telle que la désire nos gouvernants, outre le problème de principe de la surveillance en continu de notre activité économique, outre le problème de système de repli en cas de crash bancaire (comment fait-on pour se nourrir si tous les systèmes de transaction électronique sont HS?), se pose également la question des distorsions et des manipulations rendues possibles par le contrôle totalitaire de l’ensemble des transactions au sein d’un Etat.

En face, bien sûr, les arguments pour l’éradication des espèces non protégées (on peut supposer que l’on pourra sauvegarder quelques représentants d’espèces disparues tel le franc, le mark ou le florin…) ne manquent pas: la mode est à la lutte contre le terrorisme, mais voici peu elle était à la lutte contre le blanchiment d’argent, le coût de la création de la monnaie fiduciaire, le vol, ou le problème du raccommodage des trous dans les poches remplies de pièces. Problèmes réels, mais tenter de les résoudre en éradiquant un pilier fondamental de notre vie sociale et économique est pure illusion. le terrorisme est un problème politique maintenu en vie par l’incurie (sans doute volontaire) de nos politiques associée à l’argent du pétrole, et le blanchiment un problème de corruption.

Interdire le cash aurait peut être pour effet d’avoir un peu moins de mafieux en vacances sur la Côte d’Azur, mais au prix d’un droit de regard de l’Etat sur toutes nos transactions et d’une dépendance complète au systèmes de paiement sous contrôle bancaire. Après la loi Renseignement récemment votée et blanchie, pour l’essentiel, par le Conseil Constitutionnel, une loi visant à la suppression de l’usage du cash serait une nouvelle grande victoire pour le terrorisme d’Etat.

 

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008: sciences, société, politique... Indécrottable indépendant ayant travaillé dans la vidéo et l'informatique industrielle. Actuellement dans la photo (www.vincentverschoore.com).

7 réponses

  1. Pierre Gaujé

    Bonjour,
    Vous connaissez, je pense ce passage de l’apocalypse de Jean : »Et elle (la bête) fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front, et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom. (Ap chapitre 13 versets 16 et 17). Ce passage prophétique de la bible est en train de se réaliser sous nos yeux, comment beaucoup d’autres. Qu’en pensez-vous ?
    Cordialement,
    Pierre Gaujé

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      1. Pierre Gaujé

        Bonjour,
        Je ne voulais pas parler de Dieu, c’est un mot qui recouvre tant de concepts différents, et toutes sortes d’idéologies totalitaires, je suis d’accord avec vous sur ce point.
        Je remarquais que des évènements décrits dans un livre vieux de presque 2000 ans sont en train de se réaliser, l’avènement d’un gouvernement mondial en particulier. Je pense que ça donne à réfléchir à propos de ce livre.
        Cordialement,

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