pluto-1Le 19 janvier 2006 la sonde New Horizons s’élançait dans l’espace à bord d’une fusée Atlas. Objectif: Pluton. Arrivée prévue: mi-juillet 2015. Le voyage de 6,4 milliards de kilomètres s’est passé comme prévu, mais pour le reste rien ne s’est passé comme prévu. A l’image des aventures du chien de Mickey, Pluto, nommé par Disney d’après l’objet céleste.

New Horizons était à peine lancé que l’Union Astronomique Internationale déclassait Pluton de son statut de planète à celui de planète naine. D’un diamètre de 2/3 de celui de la Lune, et présumée géologiquement « morte » et criblée de cratères, tout comme sa principale lune Charon après avoir baigné pendant 4,5 milliards d’années dans le glacis intersidéral, on pouvait ne pas attendre grand chose de ce tas de cailloux découvert en 1930 par l’astronome américain Clyde Tombough et dont on avait, jusqu’en juillet de cette année, rien d’autre qu’une image blanche et floue.

nh-nix-hydra-no-captions1Avant le départ de New Horizons, on lui connaissait trois lunes: Charon, presque aussi grosse que Pluton, et deux petits satellites Nix et Hydre, découverts en 2005. Mais Pluton cache bien son jeu et ce n’est qu’en juillet 2011, puis en juillet 2012, que Hubble détecta deux nouveaux satellites, Kerberos et et Styx, de diamètres compris entre 10 et 35 kilomètres. De quoi attiser à nouveau la curiosité: quelles autres surprises attendaient New Horizons?

nh-sc-pluto-illustrationLe 14 juillet 2015, la sonde coupait le contact avec la Terre afin de se tourner vers Pluton et réaliser un survol automatique de sa surface de trois minutes, à près de 50 000 km/h. Impossible de freiner car la sonde n’a pas le carburant nécessaire, et Pluton n’a pas d’atmosphère suffisante pour l’aérofreinage.

La manœuvre a parfaitement réussi, et il faudra maintenant plus d’un an pour télécharger toutes les données récupérées durant ce survol. Mais on en a déjà récupéré quelques unes, et en matière de surprises personne n’a été déçu!

En lieu et place d’une surface morte criblée d’impacts, Pluton montre une surface variée dont certaines sont vierges d’impacts, indiquant un âge récent – de 100 millions d’années tout au plus. Autrement dit la surface se renouvelle par un mécanisme encore indéterminé.

pluto-3

L’image ci-dessus est d’une zone nommée Sputnik Planum, en hommage au premier satellite humain. Cette surface crénelée pourrait être due à une contraction (ce que l’on observe par exemple quand de la boue sèche et se contracte) ou à un phénomène de convection au sein de Pluton, remodelant sa surface telle celle d’un plat de porridge sur un feu doux. Triton, lune de Neptune, a aussi une surface a priori récente mais il s’agit là d’un effet lié à la relativement forte gravité de Neptune, qui n’existe pas dans le cas de Pluton.

Ci-dessous, deux images d’une autre zone nommée Tombaugh Regio faite de montagnes de glace dont la hauteur approche les 3 kilomètres:

nh-pluto-mountain-range

pluto-2

Ces montagnes seraient une juxtaposition d’eau gelée sur du méthane gelé, méthane que la planète (oups, la planète naine, mais finalement on s’en fou de cette classification technocratique), que la planète donc, diffuse en permanence: New Horizons, quelques jours avant d’arriver sur Pluton, avait découvert une fine queue de méthane sous le vent (solaire) sur le même principe que les queues de comètes. Un premier calcul montre que Pluton perdrait ainsi de l’ordre de 500 tonnes de méthane par heure, et il faut bien qu’il vienne de quelque part. De la surface directement, ou de l’intérieur via des « volcans » dont il va falloir trouver la trace, comme sur Triton? Quoi qu’il en soit l’existence de ces montagnes implique, elle aussi, l’existence d’un processus géologique « sous-plutonien » encore inconnu.

Le passage éclair de New Horizons dans le système plutonien a permis de découvrir sa principale lune Charon, qui s’avère être tout aussi variée que Pluton. Sa région polaire, très sombre et surnommée « Mordor », intrigue fortement les géo-astronomes. Un système de hautes falaises et de canyons court sur près de 1000 km à travers la surface de Charon, alors que plus au Sud sa surface est plutôt plane – comme sur Pluton, indiquant là-aussi une activité géologique récente.

Charon1

Quelle suite pour New Horizons? La sonde va explorer plus avant la Ceinture de Kuiper et l’équipe va devoir décider cette année entre deux objets à visiter, tous deux récemment identifiés par le télescope Hubble. Le survol aurait lieu en 2018 ou 2019. Si la NASA accepte de financer le programme jusque là.

 

Images: NASA/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute

 

Une réflexion sur “Pluton deux fois qu’une!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s