trumpUSA: Lors du fameux débat politique du 6 août, sur la chaîne Fox, entre les candidats conservateurs à la prochaine présidentielle, Donald Trump a exposé en quelques mots, devant 24 millions de téléspectateurs, une vérité que nous connaissons tous mais que les principaux intéressés, évidemment, ne veulent jamais reconnaître: l’extrême intimité entre la politique et le big business, et la subordination du premier au second. 

Deux exemples flagrants de la primaire actuelle sont d’une part Jeb Bush, frère du désastreux G.W. et comme lui et son père G.H.W. (qui fut également directeur de la CIA), inféodé aux intérêts du pétrole, de la finance et de la mafia. Et d’autre part Scott Walker, minion des puissants frères Koch comme on l’a vu, notamment, lors des événements au Wisconsin en 2011 – sujet abordé à plusieurs reprises sur ce blog, par exemple dans le billet USA: Lutte des classes ou guerre civile?

Donald Trump, magnat de l’immobilier, semble tout droit issu d’un personnage de cartoon: un cowboy (sens péjoratif: tirer d’abord, parler ensuite) riche, politiquement incorrect, inculte, xénophobe, vulgaire, misogyne, en tête des sondages avec près de 24%, soit deux fois plus que son principale concurrent Jeb Bush. Tous les candidats conservateurs sont des riches cowboys, incultes et xénophobes (c’est la définition d’un candidat conservateur américain) mais à de rares exceptions près, politiquement corrects et attentifs à ne pas scier la branche sur laquelle ils sont assis: le trafic d’influence.

Trump a admis, lors de ce fameux débat du 6 août, avoir lui-même financé à peu près tous les candidats, Républicains ou Démocrates, avec la certitude de pouvoir faire appel à eux quand il en avait besoin. Il a même financé Hillary Clinton, actuelle candidate à la nomination du parti démocrate, et lorsque l’animateur de la Fox Brett Baier lui demande si ça marche, Trump répond you’d better believe it (vous avez intérêt à le croire) et cite en exemple… Hillary Clinton, dont il avait requis la présence à son dernier mariage, en 2005, avec le top-model Melania Knauss. Elle vint. Baier préféra alors changer de sujet.

Dans un article relatant cet épisode, le journal Counterpunch dit ceci: «Combien de fois est-ce qu’un gros et gras milliardaire, issu du milieu, apparaît à la télé et dit que le système n’est qu’une grosse arnaque gérée par des escrocs et des hommes de paille? Jamais. Mais c’est bien ce que Trump a fait la nuit dernière. Et voilà pourquoi la clique de mécréants sans pitié qui tirent les ficelles derrière l’écran de fumée des faux politiciens, aiguise aujourd’hui ses couteaux avant que l’éléphant fou de Manhattan n’endommage encore plus leur précieux système.» (1)

Comme chacun sait, un éléphant ça Trump énormément.

En 1999, alors qu’il laissait planer le doute sur sa candidature à la présidentielle, Trump déclarait: «Je pense que la seule différence entre les autres candidats et moi, c’est que je suis plus honnête et mes femmes sont plus belles.» Le terme « franc » est sans doute plus juste que le mot « honnête » dans ce contexte, et il est clair que 16 ans plus tard, Donald Trump dit ce qu’il pense, sans filtres, sans ménagement. Il dit des choses très connes voir effrayantes, un peu comme un Jean-Marie Le Pen des années 80 sous amphétamines, mais ce faisant il dit aussi des choses que beaucoup de gens pensent sans oser le dire. Ce qui explique sa popularité, et démontre le danger de la dictature du politiquement correct: les choses que l’on ne peut plus dire disparaissent du radar médiatique mais resurgissent, en pire, à la première occasion.

Pour le peu qu’on en sache, le programme politique de Trump est de même nature que celui du FN, sans les gants. Bâtir un mur entre les USA et le Mexique, déporter les immigrés sans papiers, ré-envahir l’Irak voir le Mexique. Un plan d’investissement massif dans les infrastructures. Du protectionnisme anti-chinois. Avec quels moyens? Mystère, mais pour Trump ce n’est pas un problème: les mexicains paieront pour le mur, et les chinois paieront les taxes à l’importation. Parce qu’il s’appelle Donald Trump et, élu Président, rien ne sera impossible.

Ce qui caractérise Trump est qu’il est en même temps issu du système, et une menace pour le système: il a utilisé le système pour s’enrichir, et il en dénonce en même temps l’énorme corruption, dont il a lui-même profité. Ce qui le rend éminemment crédible et populaire auprès d’un segment de la population américaine, décrite par ses concurrents comme étant low information, anglais politiquement correct pour dire «stupide». Ce qui, par réaction, n’aura pas manqué de booster encore plus sa popularité…

On verra quelle stratégie l’establishment conservateur va mettre au point pour neutraliser – voir récupérer – l’effet Trump dans les mois qui viennent.

 

(1) How often does a fatcat billionaire-insider appear on TV and announce that the whole system is a big-fat scam run by crooks and patsies? Never, that’s when. But that’s what Trump did last night. And that’s why the clatter of ruthless miscreants who run the system behind the smokescreen of fake politicians are sharpening their knives right now before Manhattan’s rogue elephant does even more damage to their precious system.

 

Sources:

http://www.counterpunch.org/2015/08/07/trumps-triumph-billionaire-blowhard-exposes-fake-political-system/

http://www.counterpunch.org/2015/08/17/the-marginalization-of-donald-trump/

http://www.theguardian.com/commentisfree/2015/aug/20/donald-trump-republican-truthteller

 

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