El-nino

Les questions climatiques vont fuser à l’approche de la COP21 qui se tiendra à Paris en fin d’année, mais au-delà du débat politique et scientifique sur le changement climatique il existe au moins un phénomène ayant aujourd’hui un impact bien réel sur la côté Ouest du continent américain: El-Niño. Mais est-ce le seul?

1983, Laguna Beach, California, USA --- Floods from the El Nino Storm of 1983, engulf a blue Volkswagen Bug, parked on a shopping street in Laguna Beach. California, USA. --- Image by © Vince Streano/CORBIS
1983, Laguna Beach, California, USA — Floods from the El Nino Storm of 1983, engulf a blue Volkswagen Bug, parked on a shopping street in Laguna Beach. California, USA. — Image by © Vince Streano/CORBIS

Le phénomène El-Niño existe depuis la fin de l’ère glacière, mais n’est réellement étudié que depuis l’avènement des satellites météorologiques. Il apparaît chaque année sous la forme d’un courant côtier chaud saisonnier au large du Pérou et de l’Équateur mettant fin à la saison de pêche locale, mais pouvant varier en intensité. Celui de cette année, qui perdurera jusqu’au printemps 2016, fait partie des trois plus importants jamais enregistrés avec ceux de 1982-83 et 1997-98. On ne saura que dans quelques mois s’il établi de nouveaux records en termes d’orages et pluies diluviennes sur certaines parties de la côte – dont la Californie qui souffre actuellement d’une longue période de sécheresse – avec son cortège d’inondations et de drames. Le phénomène de 1982-83 avait inondé la Californie et le Sud des USA, celui de 1997-98 ayant causé des inondations mortelles au Pérou et en Equateur. Ce qui entraîne d’autres effets: les fortes pluies dans ces deux pays en 1982-83 firent pousser la végétation, attirant les sauterelles, alimentant à leur tour un accroissement important des populations de crapauds et d’oiseaux. L’humidité accru également la population de moustiques et augmenta le taux de malaria. Plus loin encore, le El-Niño de 1997-98 amena une sécheresse sévère en Indonésie et d’immenses feux de forêts. (1)03obfire-600

Cet été fut bien secoué dans le Pacifique, avec huit tempêtes tropicales formées depuis la mi-mai dont trois de niveau ouragan avec des vents à plus de 200 km/h. A contrario, l’accélération des vents d’altitude sur l’Atlantique lié au phénomène a un effet inverse, limitant la capacité de formation de ouragans de ce côté-ci du contient américain. Mais l’effet le plus dévastateur, pour l’instant, se constate au niveau de la flore et faune marine de la côte Ouest. Le réchauffement de la surface du Pacifique, qui déclenche le El-Niño, ralenti voir inverse la direction des vents dominants, normalement d’Est en Ouest. Cette inversion pousse alors l’eau chaude vers la côte Ouest du continent américain, empêchant la remontée naturelle des nutriments depuis les couches profondes de l’océan, décimant les populations marines. L’anchois disparaît, et toute la chaîne alimentaire en est bousculée. L’eau est particulièrement chaude cette année, avec déjà un effet économique néfaste sur les pêcheries péruvienne.

whale beach bearsL’inversion des vents dominants affecte également le niveau des eaux en différents endroits du Pacifique: En 1982-83 on assista à une hécatombe de lions de mer et de phoques, et une baisse des eaux aux Galapagos tua une grande parie des coraux entourant les îles. En ce moment, en Alaska, on assiste à une hécatombe de baleines: trente animaux retrouvés morts, en mer ou à la côte, entre mai et fin août (2). Contre cinq à dix baleines en moyenne depuis 2010 sur la même période. Le NOAA (administration US des océans) a déclaré un phénomène de mortalité inhabituelle (UME, ou Unusual Mortality Event) requérant une réponse immédiate. On ne connaît pas la cause de ces décès, mais les baleines ne sont pas seules: un autre UME est en cours concernant les jeunes lions de mer (3):

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Après un pic important en 2013 déjà, la mortalité en 2015 se compte en milliers contre quelques centaines en temps normal, sur la même période. La cause de cette forte mortalité chez les jeunes lions de mer n’est pas clairement identifiée: la disparition des sardines liée au réchauffement des eaux fait certainement partie du problème, les mères mal nourries n’ayant pas un lait de qualité suffisante et les jeunes n’ayant pas les moyens de trouver de la nourriture. De nombreux lions de mer sont infectés par des astrovirus, sans qu’il soit clair si ces infections sont la cause première des décès, ou une conséquence de l’affaiblissement des animaux par malnutrition.

ssws-log-dis1Au même moment, une épidémie mortelle décime les étoiles de mer (4), mais ce phénomène-là n’est pas du à El-Niño vu qu’il dure depuis trois ans. 90% de cette population a disparu. Un virus, dit « Densovirus« , semble être à l’origine du massacre. (5)

Une étude publiée en janvier de cette année dans les Proceedings of the National Academy of Sciences analyse quelques 727 UMEs de 2500 animaux sur une période de 70 ans. (6) L’étude conclu qu’il existe un accroissement au fil du temps de ces UME spécifiquement concernant les oiseaux, poissons et invertébrés marins. La situation est stable concernant les mammifères, mais l’étude ne prend évidemment pas en compte les événements de cette année. Selon l’étude donc, 26% des UMEs serait du à la maladie; 19% du à des effets directement liés à l’activité humaine et notamment la contamination accidentelle de l’environnement, type marées noires. 25% semble lié au climat en tant que tel (stress lié à la température et/ou à l’oxygène, chocs tel El-Niño), et le solde, 30%, lié à a bio-toxicité notamment de par la prolifération des algues vertes. L’étude ne prend pas en compte la radioactivité en provenance de Fukushima, celle-ci étant considérée négligeable par les autorités.

fukushima-ocean-radioactiviteQu’en sait-on réellement? Les USA n’ont pas de programme civil de surveillance du niveau de radioactivité sur leurs côtes. Depuis 2004, un chimiste de la Woods Hole Oceanographic Institution nommé Ken Buesseler conduit de sa propre initiative une campagne de mesure le long des côtes ouest des USA et de Hawaï, campagne financée par le crowdfunding. Deux types d’éléments radioactifs sont recherchés, le césium-137 issu des essais nucléaires atmosphériques des années 50 et 60, et le césium-134 issu de Fukushima. Pour l’instant, alors que le césium-137 est présent partout, le césium-134 ne se trouve encore qu’au large où il fut détecté par des océanographes canadiens, disposant de plus de moyens. On ne peut qu’être surpris par l’apparent désintérêt des agences officielles américaines envers la question de la contamination radioactive de ses côtes. L’autruche, au moins, n’est pas prête de disparaître.

Le niveau de contamination au césium-134 actuellement détecté au large ne serait que de deux becquerels par m3, ce qui est très peu et, selon les normes officielles, largement en dessous de toute possible menace à la vie marine comme terrestre. (7)

La fin de cette année et le début de 2016 risque d’être mouvementé côté météo, du fait d’El-Niño. L’hécatombe en cours sur les côtes du Far-West ne devrait pas se réduire avant le retour de conditions normales, un pacifique froid et une chaîne alimentaire complète. Si cette situation perdure, certains effets déjà observables s’intensifieront: la disparition des étoiles de mer profite aux oursins, qui eux-mêmes dévastent les champs d’algues, sanctuaire de toute une population de petits poissons et crustacés alimentant le haut de la chaîne. On voit là encore un effet de renforcement d’une situation déjà catastrophique.

Il y a t’il un lien entre un El-Niño puissant et le réchauffement climatique? Aucun qui soit démontré, ou comme le dit en toutes lettres Futura-Sciences (8): « la question de savoir comment les événements El Niño sont liés au réchauffement climatique reste ouverte ».

(1) http://news.nationalgeographic.com/2015/07/150730-el-nino-return-weather/

(2) http://www.nmfs.noaa.gov/pr/health/mmume/large_whales_2015.html

(3) http://www.nmfs.noaa.gov/pr/health/mmume/californiasealions2013.htm

(4) http://news.nationalgeographic.com/2015/09/150915-sea-star-wasting-disease-epidemic-update-oceans-animals-science/

(5) http://www.pnas.org/content/111/48/17278.full

(6) http://www.pnas.org/content/112/4/1083.full.pdf

(7) http://www.huffingtonpost.com/peter-neill/radiation-in-the-ocean_b_8072914.html

(8) http://www.futura-sciences.com/magazines/environnement/infos/actu/d/rechauffement-climatique-rechauffement-el-nino-inhabituel-records-chaleur-2015-59495/

Une réflexion sur “Hécatombe sur les côtes du Far-West

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