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Le roi Salman

Par les temps qui courent, le « Saudi bashing » ne manque pas de munitions: la condamnation du jeune Ali al-Nimr, les 800+ morts de la Mecque, la guerre au Yémen et la nomination d’un Saoudien à la tête du conseil des Droits de l’Homme à l’ONU démontrent à quel point l’argent du pétrole associé au wahhabisme « justifie » le meurtre, l’ineptie et l’hypocrisie aussi profondes que les poches saoudiennes. Le roi Salman pense que tout s’achète, mais les saoudiens – et les monarchies du Golfe Persique en général – font aujourd’hui face à une série de menaces qui pourraient bien motiver quelques remises en question.

Ces menaces sont un Iran qui reprend du poil de la bête, des hordes islamistes pas toujours sous contrôle, un vent de liberté qui, ayant brièvement balayé le monde arabe, aurait pu semer ici ou là quelques graines revendicatrices. La chute des revenus du pétrole, dont le prix à été divisé par deux en un an, oblige le royaume à puiser dans ses réserves. Le FMI prévoit un déficit record de 107 milliards de dollars pour 2015. L’aile protectrice des USA se fait de plus en plus virtuelle, du fait notamment de la moindre dépendance actuelle des USA sur les importations de pétrole, et leur rapprochement avec l’Iran.

hajjLa catastrophe de Mina et ses 700+ morts, à ajouter à la centaine de décès suite à la chute d’une grue sur le site de la Mecque quelques jours plus tôt – sans parler des innombrables accidents au fil des ans – , fait gronder la population: non seulement la hiérarchie saoudienne, comme d’habitude, fait porter le chapeau aux exécutants plutôt qu’aux responsables des travaux (ou non travaux pour cause de fonds détournés…) censés garantir la sécurité des pèlerins, mais la légitimité même du royaume saoudien, au yeux du monde musulman, repose sur sa capacité à garantir l’accès aux lieux saints dans de bonnes conditions.

salman fils
Mohammed bin Salman

Il semble flotter un léger parfum d’insoumission dans les couloirs dorés des palais saoudiens. La rue gronde, mais très bas et en privé car, on le sait trop bien, toute contestation mène à la prison, la torture et la mort. Ce qui semble nouveau est qu’au moins un membre de la famille royale, un petit fils du fondateur du royaume dont le nom n’est pas pour l’instant connu (on a beau être prince de sang, un coup de sabre est vite parti) a écrit non pas une mais deux lettres, ce mois-ci, appelant à la démission du roi Salman. Selon le Guardian (1), ce prince se dit supporté par plusieurs membres de la famille royale et par des notables du peuple tel les chefs tribaux. Au-delà du roi lui-même, de santé fragile, la vraie cible semble être son fils Mohammed bin Salman, ministre de la défense et président le conseil de développement économique du royaume. Très jeune, inexpérimenté et probablement borné et arrogant à baffer, il est directement responsable de la guerre déclarée par le royaume contre le Yémen. Aussi surprenant que cela paraisse, de nombreux saoudiens sont un peu gênés de voir ainsi le pays le plus riche de la région pilonner à coeur joie sans réelle raison, et sans résultat, le pays le plus pauvre.

Ce qui leur fait vraiment peur, bien sur, c’est que l’Arabie Saoudite ne pourra pas continuer longtemps ainsi. Un an, guère plus, selon un ancien responsable du journal al-Hayat, Khairallah Khairallah. A moins d’une remontée rapide des cours du pétrole ou d’un coup de théâtre redistribuant les cartes du Moyen-Orient, continuer ainsi c’est foncer droit dans le mur. D’où un début de réaction au sein même de la maison de Saud.

(1) http://www.theguardian.com/world/2015/sep/28/saudi-royal-calls-regime-change-letters-leadership-king-salman

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