L’huile de palme, produit à haut vandalisme ajouté, reste un bien d’exportation majeur de l’Indonésie. Ce pays et la Malaisie détiennent à eux deux 80% de cette production (52 millions de tonnes en 2012, l’huile la plus consommée, devant le soja), très prisée pour son faible coût et sa tenue en température. Elle est produite à partir des fruits du palmier à huile, un arbre étant capable de produire 40 kg d’huile par an sur trente ans. C’est une culture très rentable en termes d’occupation du sol, et qui mène à la transformation des forêts en palmeraies. Je ne m’étendrai pas ici sur le massacre « collatéral » des animaux qui résident dans ces forêts, cette image d’un orang-outan victime de ces pratiques sauvages ayant déjà fait le tour du monde.orang

Cette transformation s’opère en incendiant les zones destinées, légalement ou pas, à cette culture, et notamment en mettant le feu à la tourbe qui, brûlant juste sous la surface, « nettoie » celle-ci tout en se transformant en un engrais utile pour ensuite faire pousser les palmiers. Cette pratique n’est pas nouvelle, et d’habitude les « brûleurs de terre » comptent sur la mousson d’automne pour éteindre les incendies.

Pas de chance, cette année cette mousson ne s’est pas manifestée du fait, pourtant prévisible, d’un puissant El Niño ayant déjà conduit à une météo catastrophique sur la côte Ouest des USA. Comme je l’indiquait récemment dans l’article Hécatombe sur les côtes du Far WestEl-Niño apparaît chaque année sous la forme d’un courant côtier chaud saisonnier au large du Pérou et de l’Équateur. Celui de cette année, qui perdurera jusqu’au printemps 2016, fait partie des trois plus importants jamais enregistrés avec ceux de 1982-83 et 1997-98. On ne saura que dans quelques mois s’il établi de nouveaux records en termes d’orages et pluies diluviennes sur certaines parties de la côte – dont la Californie qui souffre actuellement d’une longue période de sécheresse – avec son cortège d’inondations et de drames. Résultat: les incendies continuent, incontrôlées, et engloutissent non seulement l’Indonésie, mais une grande partie de l’Asie du Sud-Est sous un épais nuage de fumées.

Cette vidéo de la BBC illustre la situation en Indonésie:

Comme le rapporte le chroniqueur pro-environnement George Monbiot sur son blog (1), cet incendie géant est pour l’instant le plus grand drame environnemental du 21ème siècle. Et personne, ou presque, n’en parle. Pourtant on aurait pu penser, avec l’arrivée de la COP21 dans un mois, que le fait que ces incendies aient en trois semaines produits autant de CO2 que l’Allemagne en une année ferait quelques Unes. Le nombre de morts par asphyxie, notamment parmi les enfants en bas age, n’est pas connu. En 1997, lors d’un événement comparable, une étude par le Bureau National Indonésien de Recherche Economique estima qu’il manquait plus de 15 000 enfants à la population du fait de ces incendies, de part l’effet de cette pollution sur les enfants en gestation (2). Cette catastrophe-ci est encore plus grave. Quant au nombre d’animaux décimés, on ne parle pas en milliers mais en millions.

A Kalimantan, Bornéo, les élus siègent au parlement local dans un constant nuage de fumée…

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Pendant que les gens dehors font comme ils peuvent!

Kalimanta-1

Un peu de pluie ces derniers jours a légèrement amélioré la situation, mais l’important est de contrôler cette pratique, idéalement de l’éradiquer. Le gouvernement indonésien, corrompu jusqu’à l’os, a malgré tout été obligé de faire mine de s’intéresser au problème. Le Président Joko Widodo dit vouloir arrêter cette pratique, mais en même temps il annonce de nouveaux subsides en faveur de l’industrie de l’huile de palme, ce qui ne pourra que motiver les brûleurs de terre à continuer. Les injonctions de la part de certains clients d’huile indonésienne pour changer de méthode se heurtent au refus de l’administration de mettre un frein au développement économique indonésien.

Sur le terrain, la déforestation illégale est « protégée » par une organisation paramilitaire, Pancasila Youth, déjà responsable d’un million de morts sous l’ère du dictateur Suharto (dont Widodo est un ex-gendre) (3). Une éventuelle interdiction gouvernementale n’aurait sans doute pas beaucoup d’effet dans les zones sous contrôle de cette mafia.

Il devient vital d’arrêter d’utiliser de l’huile de palme tant qu’une filière traçable, économiquement et écologiquement responsable, n’aura pas été mise en place.

(1) http://www.monbiot.com/2015/10/30/nothing-to-see-here/

(2) http://www.nber.org/papers/w14011

(3) http://theactofkilling.co.uk/

Une réflexion sur “El Niño, corruption et huile de palme, la recette infernale qui enfume l’Indonésie

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