En ce jour de célébration des droits de la femme la plus élémentaire prudence éditoriale consisterait à simplement saluer le combat féministe, mesurer le chemin parcouru et jalonner, tant que faire se peut, le chemin restant à parcourir pour que la femme, ici comme (surtout) ailleurs, jouisse effectivement des mêmes droits et libertés que nous-mêmes, les zhommes avec un petit ‘h’.Chiche!

Ben non, car cette prudence tend à partir en fumée dès lors que l’on prête l’oreille aux discours croisés sur le sujet, aujourd’hui exacerbé, du statut de la femme en général et de la femme musulmane en particulier.

Je me sens en bon accord avec l’interview de Bérénice Levet parût ce jour dans le Figaro (1). Elle représente un féminisme qui se bat sur le terrain des réalités, un féminisme débarrassé des clichés idéologiques ou victimaires, où la femme reste bien le sujet de sa propre émancipation. Mais face à cela existe un « néo-féminisme » où la femme devient un objet symbole de la lutte des classes, de l’anti-colonialisme, de l’anti-racisme, d’un gauchisme bourgeois et victimaire qui pose des limites à cette émancipation au nom de toutes ces autres luttes. La logique semble être que si les attentats à la pudeur envers les femmes sont majoritairement le fait d’arabo-musulmans, c’est parce que ces derniers sont victimes du colonialisme, sont non critiquable sous peine de racisme, et qu’il est donc justifié que les femmes fassent ce qu’il faut pour ne pas attirer leur convoitise – porter le voile, voir plus si affinité.

Je n’ai évidement aucune sympathie pour ce point de vue du fait que les « chasseurs de femmes » savent parfaitement ce qu’ils font et que s’ils veulent se débarrasser de leur culture de branleurs (dans tous les sens du terme) où, comme le dit Kamel Daoud «Le sexe est la plus grande misère du monde d’Allah» (2), ils n’ont qu’a virer leurs mollahs, imams et autres ayatollahs débiles à coups de pieds au cul.

Mais si seulement c’était si simple… En effet si ce néo-féminisme accepte l’idée qu’une femme porte la burqa par choix personnel, au nom de quoi lui refuserait-on ce choix? On peut difficilement préférer une femme harcelée, insultée voir lapidée à une femme voilée. Toutes les femmes ne sont pas Rosa Parks. Pourtant Fatiha Boudjahlat, dans son article ce jour dans le HuffPost (3), estime que ce choix-là n’en est pas un, du moins pas un choix « libre et éclairé ». Elle fustiges « Ces féministes du dimanche (qui) ne cessent de réclamer la parité dans la sémantique et dans les titres, demandent à ce que les réunions savantes ne soient plus appelées séminaires, terme trop masculin, mais ovarium. Par contre, elles ne trouvent rien à redire quand des petites filles portent le foulard islamique. L’ennemi est l’homme blanc dominateur, dont l’homme oriental dominateur est lui aussi une victime, comme les femmes. Elles en sont donc solidaires, d’où leur silence et leur comportement étrange lors des agressions sexuelles de masse de Cologne.« 

Fatiha Boudjahlat dénonce donc le fait que pour ces néo-féministes la femme voilée devienne le symbole d’un mythe victimaire par « homme blanc dominateur » interposé, tout en estimant que cette même femme n’est pas en mesure de faire un choix libre et éclairé. Éclairé par quoi? Elle justifie cette accusation en citant Abdennour Bidar (4) qui parle, je la cite, « de « subjectivités aliénées » à propos « des femmes qui prétendent exercer leur libre-arbitre et leur liberté en portant ce voile« . L’aliénation peut être volontaire, elle n’en pas moins aliénation. Vauvenargues avait évoqué la « servitude volontaire », cette servitude qui « avilit (…) au point de s’en faire aimer« . Il en est du voile islamique comme des femmes battues qui restent loyales à l’homme les opprimant. »

C’est là où l’argument me semble basculer dans le dogmatisme bobo bien parisien: nous sommes tous, ou presque, dans un régime d’aliénation plus ou moins volontaire, c’est-à-dire obligés de faire des choix qui ne seraient peut être pas les nôtres si nous n’étions soumis aux contingences de la vie réelle. Et les contingences affectant ces femmes sous domination islamique, ici comme ailleurs, sont déjà assez terribles sans qu’il faille y ajouter l’accusation de servitude volontaire. Il est possible qu’être la propriété d’un seul soit parfois préférable à être la victime de tous, et que ce choix soit tout à fait éclairé.

Le problème n’est ni la femme aliénée ni « l’homme blanc dominateur », le problème est l’existence d’une marée noire d’inculture et de violence financée par des régimes islamistes puissants avec lesquels nous collaborons par nos guerres moyen-orientales et nos enjeux commerciaux, au point de remettre la légion d’honneur à quelque minable enfant gâté et tyrannique de la maison de Saud (5). La condition de la femme n’est alors qu’un dommage collatéral parmi d’autres.

Pour un non-spécialiste du féminisme tel votre serviteur les distinctions à faire entre féminisme et néo-féminisme ne sont pas toujours évidentes, mais il me semble que le premier vise essentiellement l’égalité en droits et chances entre hommes et femmes, alors que le second cherche à constamment rechercher l’inégalité – et donc la nécessité du « combat » – en l’associant à tout autre chose. En ce sens la lecture de cet article de Causeur de l’été dernier, Causeur face à la terreur féministe (6), est aussi éclairant que rigolo. Et joyeuse fête à toutes les femmes!

 

Notes

(1) http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/03/07/31003-20160307ARTFIG00269-la-grille-ideologique-des-nouvelles-feministes-les-empeche-de-se-saisir-des-vrais-combats.php

(2) http://www.liberation.fr/debats/2016/03/03/affaire-kamel-daoud-la-polemique-sur-l-islam-et-les-femmes-n-en-finit-pas_1437302

(3) http://www.huffingtonpost.fr/fatiha-boudjahlat/les-femmes-qui-naimaient-pas-la-femme-sans-voile_b_9382378.html

(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Abdennour_Bidar

(5) http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/03/06/la-france-decore-le-prince-heritier-d-arabie-saoudite-de-la-legion-d-honneur_4877454_3218.html

(6) http://www.causeur.fr/feminisme-lahaie-fourest-menard-vienet-33706.html

 

Une réflexion sur “Néo-féminisme, idéologie victimaire ou vecteur de progrès social?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s