Fuk U Shima!

Cinq ans après la troisième catastrophe nucléaire vécue par les japonais, l’establishment composé du lobby nucléaire, des agences gouvernementales renforcées par l’argument anti-CO2, et des principaux médias aux ordres a politiquement enterré les mouvements de protestations anti-nucléaire, au Japon comme ici. Pour l’establishment, la catastrophe est a relativiser car il n’y a pas eu de morts, on a sans doute exagéré les risques qu’il y a à vivre dans les régions touchées, la configuration très particulière de cette catastrophe (tremblement de terre suivi d’un tsunami ayant mis HS les pompes de refroidissement) n’est pas envisageable ailleurs, et l’ampleur des dégâts est en grande partie liée à la mauvaise gestion de TEPCO – à nouveau, pas comme chez nous où nous avons une agence de sûreté nucléaire indépendante garantissant l’état des matériels et des procédures d’urgence. Comme pour l’EPR de Flamanville, où l’ASN autorise à titre dérogatoire la mise en service d’une cuve de réacteur non conforme…  (1)

Tout comme le nuage de Tchernobyl s’arrêtant à la frontière française, l’affirmation comme quoi il n’y a pas eu de morts directement liés à Fukushima relève plus de la communication que de la réalité. Pas de morts sur site, mais les décès le soir, le weekend ou plus de trois mois après la fin d’un emploi sur site ne sont pas comptabilisés. Selon Mako Oshidori, une militante anti-nucléaire suivant de près la situation, de nombreux ouvriers sur site ne se donnent que quelques années à vivre et ont tiré un trait sur l’idée de fonder des familles. Les ouvriers ayant absorbé la dose de 100 mSv ou plus on droit à un suivi médical spécifique, mais si vous êtes à 99 mSv vous n’avez droit à rien. Et votre décès ultérieur, s’il n’a pas lieu pendant les heures de travail, ne sera jamais attribué à l’accident. Oshidori confirme également, lors d’une conférence qu’elle a donnait en Allemagne en mars 2014, que la gouvernance nucléaire japonaise est tout à fait opaque, avec de nombreuses pressions et intimidations envers les opposants. (2)

Des mesures non officielles effectuées dans des écoles, sur de la nourriture en provenance de Fukushima montrent des niveaux de radiation affolants. Mais les fonctionnaires japonais, prisonniers de leur culture d’obéissance, préfèrent ne pas voir. Les lanceurs d’alertes sont menacés par la loi SDS passée en 2013, de fait interdisant toute divulgation d’information « spécifiquement désignée secrète ». A tel point qu’il devient difficile de considérer le Japon comme une démocratie, même selon les très peu contraignantes normes modernes.

L’enjeu? Les jeux olympiques de 2020, qui auront lieu au Japon y compris en préfecture de Fukushima, alors qu’aujourd’hui 180 000 habitants sont toujours logés dans des habitats provisoires en attendant de pouvoir rentrer chez eux. Annuler les JO serait une telle perte de face pour le gouvernement japonais – et sans doute pour la majorité de la population – qu’ils feront tout, et surtout n’importe quoi, pour que ces jeux aillent lieu.

Il y a des milliers de problèmes à Fukushima, mais on peut grosso modo les ranger dans trois catégories: d’une part la dépollution des sols par grattage, qui a généré à ce jour 9 millions de mètres cubes de terre radioactive stockée dans des sacs plastique et dont on ignore le destin final – sachant qu’il en reste au moins 13 million à récupérer pour rendre la zone officiellement habitable. Ensuite, le stockage des eaux radioactives souterraines qui transitent par les réacteurs fondus, de l’ordre de 300 tonnes par jour. Cette eau est stockée dans des citernes superposées à côté du site, qui n’attendent que le prochain tsunami pour se renverser. Combien d’eau? A ce jour, 700 000 tonnes. Qui va finir dans le Pacifique après un traitement de décontamination partiel. (3)

tour1 fukushimaEnfin, last but not least, le corium sous les réacteurs qui continue a réagir et génère un niveau de radioactivité tellement intense que même les robots et caméras envoyés sur site ne survivent que quelques minutes. Une tour en acier de 120 m à côté des unités 1 et 2, est soumise à une radioactivité de l’ordre de 25 Sv/heure, soit 250 fois chaque heure la dose maximale annuelle officiellement tolérée. Cette radiation ronge la structure qui va s’écrouler un jour au l’autre, toute intervention sur place étant impossible. Si la tour éventre le haut de la cuve d’un des réacteurs en s’écroulant…

Il faudra, de l’aveu même de Tepco, au moins 40 ans pour refroidir et assainir l’endroit pour un coût global de 250 milliards de dollars – si tout va bien.

Un accident peut arriver n’importe où, quoi qu’en disent les ‘experts ». Nous sous-estimons les risques, comme le rappelle Pierre-Franck Chevet, président… de l’ASN! (4) Un gros attentat terroriste ou sabotage interne, voir un petit astéroïde, ne sont pas impossibles. Une panne grave due à la vétusté du matériel, à l’uberisation de l’emploi haute technicité ou aux compromis douteux réalisés sur les nouveaux matériels (et généralement pas perdus pour tout le monde) nous guette. D’autant qu’il existe des alternatives.

Continuer avec le nucléaire relève plus d’une psycho-rigidité suicidaire que de la bonne gestion. Enfin, cela relève surtout de gros sous, de corruption (voir le scandale Areva – Uramine, (5)) et d’un problème hormonal chez certains qui ont besoin de penser à leurs groooos missiles nucléaires pour bander le soir.

Fuk U Shima…

 

Notes

(1) http://www.actu-environnement.com/ae/news/ouverture-procedure-derogatoire-autorisation-cuve-EPR-25908.php4

(2) http://www.newagora.ca/mako-oshidori-in-dusseldorf-the-hidden-truth-about-fukushima/

(3) http://www.counterpunch.org/2016/02/22/fukushima-deep-trouble/

(4) http://www.liberation.fr/futurs/2016/03/03/il-faut-imaginer-qu-un-accident-de-type-fukushima-puisse-survenir-en-europe_1437315

(5) http://www.liberation.fr/france/2016/02/10/areva-les-dessous-d-un-scandale-d-etat_1432481

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008: sciences, société, politique... Indécrottable indépendant ayant travaillé dans la vidéo et l'informatique industrielle. Actuellement dans la photo (www.vincentverschoore.com).

1 réponse

  1. Nunenthal Laurent

    La solution à moyen terme c’est les centrales nucléaires à sel fondu de thorium. Elles sont beaucoup plus sure par construction, elles ont l’avantage de fonctionner à pression ambiante et surtout ne nécéssitent pas de refroidissement en cas de panne générale. En cas de panne générale elle s’arrète sans intervention autre que celle de la gravité, qui est peu susceptible de tomber en panne. Cela reste du nucléaire et même si les déchets sont beaucoup moins importants et ont une durée de vie de 300 ans, c’est quand même un problème. Cependant c’est une technologie qui marche (ou plutôt qui a marché) et qui permettrait de faire la transition avec les futurs technologies vertes sans nous mettre en danger. Sans compter que la disposition d’énergie abondante et peu cher est la condition pour le développement de l’industrie de recyclage trés gourmande en énergie.

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