Le politiquement correct est-il allé trop loin?

Le mouvement du « politiquement correct » a démarré au début des année 90 sur les campus des universités américaines, pour ensuite se développer et se transformer, en ces mêmes lieux, en une forme de censure extrême et de constante auto-victimisation des nombreux groupes, sous-groupes et tribus revendiquant chacune ses « triggers », ses « safe spaces », ses petites angoisses et grosses intolérances envers tout ce qui de près ou de loin ne correspond pas précisément à ses propres et hypertrophiées sensibilités.

Les groupes religieux communautaristes font évidement partie  de cette problématique mais sur les campus américains il s’agit plus souvent des fous du « études du genre (gender studies) », des néo-féministes (1), de ceux et celles qui font de leurs orientations sexuelles, de leur couleur de peau, de leur masse pondérale ou de la marque de leur téléphone une posture d’éternelle victime ne pouvant se satisfaire d’autre chose que la sanctification de leur propre démence. Ils / elles s’estiment en droit de censurer tout geste ou mot susceptible de leur créer une angoisse (les triggers), requièrent dans les lieux de rassemblement des endroits sûrs accessibles à eux seuls (les safe spaces) où ils /elles se réfugient dès la situation devient oh-my-god-insupportable,  et passent leur temps à siffler et interrompre les gens qui osent porter un regard un peu critique sur ce type d’attitude – ou sur n’importe quoi n’ayant pas l’heur de leur plaire.

Certains tentent en effet de réagir et hier se tenait une conférence menée sur un campus américain, UMass College, sur le thème: The Triggering: Has Political Correctness Gone Too Far? Conférence initiée par les « jeunes républicains » du coin et où étaient invités un journaliste homo et branché bien connu outre-Manche, Milo Yiannopoulos, chroniqueur au magasine Breitbart Tech; la philosophe Christina Hoff Sommers, et l’humoriste Steven Crowder. Dans la salle bien remplie, des étudiants dont une partie formée de ces intégristes du PC appelés là-bas social justice warriors (SJW), ou « combattants de la justice sociale », généralement associés à ce qui passe pour l’extrême-gauche américaine, en tout cas anti-conservateurs. Ce qui ne les rend pas automatiquement sympathiques.

Après une mise en route un peu laborieuse du fait des interjections et insultes en provenance des SJW dans la salle donnant lieu à une épique remontée de bretelles de la part de Crowder (à partir de 32:45), Yiannopoulos enfonce les premiers clous en faisant la distinction entre l’étiquette ou la politesse, qui dans des environnement multiculturels implique souvent une forme d’euphémisme et de langue de bois, et le politiquement correct qu’il défini comme un système de mensonge organisé. Le PC est fait pour protéger les « délicats sentiments des fleurs sur les murs au détriment de la raison, des faits et de la vérité » (39:00). Il donne des exemples où des témoins de crimes ou des services de police ont longuement tardé à intervenir contre des assassins et des violeurs en série du fait qu’il étaient des musulmans radicaux ou des pakistanais. On pourrait ajouter la police allemande lors des événements de Cologne lors de la dernière St-Sylvestre. Le PC vit sur le compte de la peur du stigmate « raciste », « homophobe », « jeuniste », « antisémite » ou tout adjectif récupéré par le groupe victimaire pour empêcher toute critique à son égard.

De ce côté-ci de l’Atlantique des gens comme Manuel Valls, BHL et leurs amis du CRIF en sont de notoires spécialistes, tout comme les défenseurs des prédicateurs salafistes et leurs ouailles, les intégristes chrétiens du genre Promouvoir qui arrivent à faire interdire des films qui heurtent leurs sensibilités de nonnettes effarouchées (2), ou le collectif des  Antillais, Guyanais et Réunionnais qui avait réussi, un temps, à faire interdire l’essai de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau au sujet des traites négrières, sur accusation de révisionnisme (3).

Christina Hoff raconte comment elle a vécu, en qualité de chercheuse, le début de PC sur les campus américains en 1992 et son évolution vers un système de non-pensée qu’elle estime impossible à comprendre pour les historiens du futur qui se pencheront sur le sujet. Elle reconnait néanmoins que le PC est en partie justifié, surtout dans le contexte de l’époque, afin de prendre en compte la multitude de courants et de sensibilités en tous genres qui désiraient s’afficher telles quelles. Mais elle ajoute que le PC a largement dépassé sa cible utile pour devenir un réel danger pour la vie intellectuelle du pays. A entendre les cris et insultes qui fusent des SJW pendant qu’elle parle, on visualise en effet très bien ce danger.

Steven Crowder défini le PC simplement comme une manière d’imposer un agenda politique sans devoir recourir à des arguments. Ce qui me parait être une excellente définition, sauf qu’elle ne s’applique qu’aux militants du PC, ceux et celles ayant un intérêt à présenter une posture victimaire pour obtenir un avantage aux dépends, généralement, de la société. Mais nous sommes tous soumis au PC sous la forme de l’auto-censure: vais-je oser faire un billet critiquant le mouvement Black Lives Matter, sur lequel il y a beaucoup à dire, sachant que je vais certainement me faire traiter de raciste? Vais-je oser une critique des féministes ou du lobby des homosexuels au risque de me faire passer pour un machiste ou un homophobe? Vais-je oser une critique du sionisme alors que Mr Valls a fait modifier le dictionnaire pour en faire un synonyme d’antisémitisme? Vais-je oser une défense de Dieudonné, un humoriste provocateur dans la lignée de Desproges et Le Luron mais qui concentrait, voici peu, la haine des PC de gôche et de l’autocratie Vallsienne?

Clairement le panel de la conférence UMass n’a aucun problème d’autocensure et le petit jeu provocateur de Yiannopoulos associé aux grandes claques de Crowder envers les liberal fruitcakes, comme il nomme les SJW, est assez jouissif autant que rare dans cette Amérique où dire les choses comme elles sont est plus mal vu que descendre son voisin à la carabine. Peut-être l’effet Trump a-t’il aussi ses racines dans un ras-le-bol envers le PC plus ou moins inconscient d’une partie de la population US, qui applaudit à ses remarques racistes, misogynes, généralement débiles et parfaitement anti-PC comme si elle avait enfin trouvé une soupape dans le couvercle de la société schizophrène nord-américaine, prédatrice autant que moraliste?

En tout cas la police de la pensée, comme la police tout court quand elle est utilisée comme une arme politique – et nous sommes bien dans ce cas-là aujourd’hui – est une attaque de fond contre les principes de liberté d’expression et de démocratie qu’il faut combattre le crayon et le mégaphone à la main.

 

Notes:

(1) https://rhubarbe.net/2016/03/08/neo-feminisme-ideologie-victimaire-ou-vecteur-de-progres-social/

(2) http://www.telerama.fr/cinema/nouveau-rebondissement-love-de-gaspar-noe-sera-interdit-aux-moins-de-18-ans,129908.php

(3) https://www.clionautes.org/spip.php?article925

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008: sciences, société, politique... Indécrottable indépendant ayant travaillé dans la vidéo et l'informatique industrielle. Actuellement dans la photo (www.vincentverschoore.com).

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