M’enfin Papa, fait gaffe à tes épigènes!

Peu importe l’inexistence des épigènes tant qu’il y a des épiplaisirs, n’est-ce-pas. L’épigénétique progresse depuis son avènement voici une quinzaine d’années et l’idée que la qualité de vie d’un père pouvait impacter sa progéniture, sans passer par une modification génétique, a été vérifiée empiriquement sur des souris. J’ai présenté cette étude dans le billet « Papa, gaffe à ce que tu manges! » (1) en 2011, avec des souris mal nourries (par rapport à un groupe de référence bien nourri) et dont le métabolisme développa en conséquence une augmentation de l’activité des gènes responsables de la synthèse du cholestérol et des lipides – afin de stocker du gras. Ceci n’a aucun impact sur le génome de la souris, et pourtant les jeunes souris issues de ces mâles, jeunes nourris normalement dès la naissance, présentaient néanmoins cette même aptitude à stocker du gras comme si la mémoire de la sous-alimentation du père leur avait été transmise en dehors de toute modification génétique. 

Une autre étude, en 2013 et toujours sur ces pauvres souris, habituait une souris mâle a recevoir un choc électrique chaque fois qu’elle était confrontée à une odeur particulière. Après un certain temps, le simple fait de sentir cette odeur faisait trembler la souris sans besoin de choc. Mais les jeunes issus de ce mâle ainsi conditionné, n’ayant eux jamais reçu de chocs ni vu leur père, avaient la même réaction face à cette même odeur.

C’est ce qui s’appelle une transmission épigénétique: des marqueurs (epigenetic tags) qui se créent, disparaissent ou se modifient selon les conditions de vie de l’organisme et affectent l’expression des gènes, mais pas les gènes eux-mêmes. Restait à démontrer que non seulement ces marqueurs épigénétiques peuvent passer d’une génération à l’autre via le sperme, mais surtout qu’ils sont capables d’affecter les gènes de la progéniture et de la même manière que ceux du père.

Cette démonstration, ou du moins en pas important dans cette direction, vient d’être réalisée par une équipe du  Wellcome Trust CRUK Gurdon Institute de Cambridge, menée par Jérôme Julien. Utilisant des grenouilles (comme quoi la SPS est quand même efficace) ils ont pu comparer le développement d’embryons de grenouilles, toutes du même père, mais dont certaines issues du sperme et d’autre issues des spermatides, une forme de cellule précurseur du sperme, génétiquement identique. Normalement, les spermatides qui se développent en sperme perdent en chemin la plus grande partie de leurs marqueurs épigénétiques sauf ceux qui suppressent les gènes (empêchant l’expression du gène).

La difficulté technique fut de supprimer ces marqueurs de suppression, si l’on peut dire, afin de vérifier, en termes de développement embryonnaire, si un sperme sans ces marqueurs agissait différemment du sperme normal doté de ces marqueurs, toutes choses par ailleurs égales. C’est ce que réalisa l’équipe et le résultat fut qu’effectivement les embryons issus de sperme sans marqueurs présentaient de nombreux problèmes de développement, alors que ceux issus du sperme normal étaient… normaux.

Il est encore un peu tôt pour affirmer définitivement que les marqueurs épigénétiques ont le pouvoir de transmettre d’une génération à l’autre des « mémoires » de conditions de vie antérieures car, d’une part, toutes les hypothèses alternatives n’ont pas encore été sondées et, d’autre part, on ne connait toujours pas le « comment » du processus. Il faudra pour cela faire les mêmes expériences sur des grenouilles (sauf si la SPG s’en mêle) ayant eu des « styles de vie » très différents et voir si ces différences sont effectivement transmises.

Néanmoins, les nombreuses observations empiriques de la transmission épigénétique du père vers l’enfant indiquent quand même une forte probabilité que ce phénomène soit réel, ce qui renvoie à des très sérieuses questions sur les effets que peuvent avoir nos propres styles de vies sur nos futurs enfants.

 

Notes:

(1) https://rhubarbe.net/2011/01/03/papa-gaffe-a-ce-que-tu-manges/

 

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008: sciences, société, politique... Indécrottable indépendant ayant travaillé dans la vidéo et l'informatique industrielle. Actuellement dans la photo (www.vincentverschoore.com).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s