La mort, une notion à réhabiliter?

Ce billet est une petite réflexion personnelle sur le sujet de la mort et du suicide dans le contexte actuel du terrorisme islamique, de la religion, de la médecine, et des options post-mortem.

Maintenant que les dommages collatéraux des stratégies affairistes politico-militaires occidentales ne concernent plus seulement quelques centaines de milliers d’arabes et assimilés massacrés « là-bas » mais nous touchent par ricochet ici, à Paris, Nice ou dans des églises de village, la valeur médiatique de la mort est remontée en flèche. C’est devenu binaire donc vendeur: la mort des nôtres simplifie la donne. Il y a désormais les bons qui se font tuer pour rien, nous, et les méchants, eux, mélange indéterminé de psychopathes et de fondamentalistes islamiques, cinquième colonne d’un monde obscur qu’il faudrait combattre sans comprendre car, comme le dit un fameux imbécile, « expliquer c’est déjà vouloir un peu excuser » (1).

Le retour de la mort précipite le retour du religieux dans la vie politique, avec notamment les récentes cérémonies en présence des huiles politiques et religieuses du pays en l’honneur du prêtre Jacques Hamel. Mais le terrain était préparé: Sarkozy, déjà, avait fait dans le mélange des genres côté chrétien et l’actuel Premier Ministre de même pour le côté judaïque. Tariq Ramadan voit bien qu’il y a une place à prendre! Le politique a maintenant pris l’habitude d’en appeler à l’avis des représentants des communautés religieuses, qui ne représentent en fait pas grand monde, mais se garde bien de faire appel à l’avis du peuple. Restons sérieux.

Manuel Valls parle d’un pacte avec l’Islam de France, entité qui n’existe pas dans la réalité vu que les musulmans ne reconnaissent que leurs imams et que les « représentants » désignés de l’Islam en France ne représentent qu’eux-mêmes. Un pacte signifie également qu’il existe au moins deux entités disposées à négocier, or la communauté musulmane n’a rien à négocier, rien à proposer. Elle est soumise à l’immobilisme que confère l’ambiguïté perpétuelle entre un réel désir d’intégration et un socle culturel et religieux fondamentalement incompatible avec nos fameuses valeurs d’égalité et de liberté. Liberté de culte comme de non-culte, liberté d’apostat, liberté de blasphème, liberté sexuelle – toutes choses islamo-incompatibles sous peine de mort. La majorité des musulmans français ne tuerait sans doute pas dans ces conditions mais elle ne peut néanmoins s’affranchir ouvertement du commandement coranique sous peine d’ostracisation communautaire. D’où cet appel souvent attribué au poète algérien Tahar Djaout:

Si tu parles, tu meurs. Si tu te tais, tu meurs. Alors, dis et meurs.

La mort est l’élément central des religions, ne serait- ce que du fait que leur utilité première est celle d’une police d’assurance face à une mort certaine dont la suite reste, elle, très incertaine. L’assurance nourrissant la certitude qui mène au totalitaire, les religions ont pour habitude de tuer ceux et celles qu’elles ne peuvent asservir, justifiant leurs actes au nom d’une déité réputée omnipotente (dans le cadre des religions du Livre du moins) qui, de par son laisser-faire de tant d’horreurs en son nom, démontre ainsi son absolue inexistence – mais c’est un autre sujet. L’Inquisition chrétienne hier, l’Islam radical aujourd’hui avec une composante moderne: le suicide.

La mort repoussée par le progrès contre-attaque avec le suicide. En France, de l’ordre de 10 000 suicides par an (2). Tués par la précarité (les jeunes, les agriculteurs), le désespoir ou la morbidité qui touche fortement les plus de 75 ans. Comme je le présentais dans ce billet de 2012 (3), statistiquement une année de vie gagnée se paie par deux années de morbidité (état maladif), ce pour le plus grand profit de l’industrie médicale (plus de patients malades plus longtemps). Si on compte les morts ni naturelles ni accidentelles sur notre sol, on constate que le productivisme et les inégalités inhérentes au système clientéliste sont des méthodes bien plus efficaces que les ceintures d’explosifs, les kalashs ou les camions fous…

Le suicide a toujours mauvaise presse. Hors la loi, l’assistance au suicide (qui diffère de l’euthanasie au sens où, dans le suicide assisté, c’est le sujet lui-même qui passe à l’acte dans un environnement contrôlé) reste interdit en France, pays particulièrement archaïque en la matière où l’on préfère officiellement laisser les gens crever à petit feu plutôt que les laisser abréger des souffrances inutiles. Mais le suicide est avant tout la réappropriation de sa mort, donc de sa vie, par un être conscient, l’ultime geste individualiste réalisé dans un but précis: abréger des souffrances, décharger la société d’un poids inutile, échapper à un enfer kafkaïen, voir accéder aux 72 vierges du paradis islamiste – dont l’age moyen n’est d’ailleurs jamais précisé.

En ce début des jeux olympiques de Rio on parle beaucoup de l’athlète belge handisport Marieke Vervoork, médaille d’or en 2012 à Londres, qui envisage de mettre fin à ses jours après ces jeux qui seront, pour elle, les derniers de toute manière (4). La chose est légale en Belgique donc il n’y a pas de débat politico-juridique mais une confrontation directe entre notre idéalisme culturel de la vie à tout prix et le refus de la déchéance, de la souffrance dénuée de sens.

Les héros préfèrent partir dignement plutôt qu’assister à leur propre déchéance. Comme le chantait le grand Jacques, « Mourir ce n’est rien mais vieillir, oh vieillir… ». Nous sommes tous les héros de nos propres vies, et à ce titre personne ne devrait avoir le pouvoir de nous obliger à la subir si nous n’en voulons plus, ou n’en pouvons plus.

Le principal problème avec la mort, me semble t’il, est l’incertitude quant à ce qu’il pourrait se passer après. On peux bien sûr rester dans le matérialisme pur et dur et considérer qu’il n’y a rien après. Pas de dieu, pas d’esprit déconnecté des corps physique, rien que le retour à la poussière universelle. C’est sans doute plus raisonnable que les délires religieux inventés pour impressionner les esprits du petit peuple, mais ce n’est pas comme s’il n’existait aucun indice susceptible de tempérer la certitude nihiliste.

Stéphane Allix, le bien connu rédacteur en chef de la revue Inexploré et de l’INRESS, publiait en 2015 un livre intitulé Le Test, dans lequel il présente une expérience bizarre: il place en cachette dans le cercueil de son père, dans la chambre funéraire, divers objets en informant son père – mort, donc – qu’il fait cela pour ensuite tenter de prendre contact avec lui via des médiums, et de révéler via ces médiums la nature des objets cachés. Ce qui se passa effectivement. Alors bien sur tout ceci se base sur la bonne fois de Mr Allix et la capacité des médiums de parler avec Mr Allix père plutôt que lire directement la pensée du fils, mais Stéphane Allix est a priori quelqu’un de sérieux donc ce témoignage, s’il ne prouve rien, est un indice intéressant. Voici comment il présente la chose:

A ceci s’ajoute la longue liste des témoignages dits NDE (Near Death Experiences) où des gens cliniquement morts reviennent plus ou moins miraculeusement à la vie, et décrivent ensuite « quelque chose » qui les attendait, souvent via un tunnel lumineux. L’un des spécialistes de la question est Patrice van Eersel, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. A nouveau on ne peut pas parler de preuves de type scientifique vu que l’expérience est hautement subjective et parfaitement non reproductible. Il n’empêche, le fait que la position matérialiste ne puisse proposer aucune preuve non plus rend intéressant un tel faisceau d’indices en faveur d’une forme de continuité.

Continuité qui est pour nous, occidentaux matérialistes, difficile à envisager mais qui est parfaitement intégrée dans d’autres visions du monde, notamment bouddhiste. La réincarnation, qui implique une forme de jugement et de décision entre le décès et la renaissance, est centrale – le Dalaï Lama lui-même est réputé toujours être la réincarnation d’un prédécesseur.

L’idée d’une non-fin ajoute une dimension à la réflexion sur le suicide, dimension qui peut d’ailleurs être inquiétante: la notion que ce qui pourrait exister là-haut est nécessairement meilleur que ce que nous connaissons ici-bas est un pur acte de foi. Ça pourrait tout aussi bien être pire et les descriptions globalement plutôt positives que l’on peut retirer des expériences avec les médiums ou en NDE pourraient n’être que propagande, une belle enseigne sur la porte de l’enfer.

Ce possible empilement de mondes dont la mort serait le rite de passage ramène à une autre possibilité: le monde en tant que simulation. J’ai déjà présenté cette idée en 2015 dans le billet « Etre ou ne pas être… une simulation » (5). Cette position, a priori saugrenue, résiste en fait très bien à l’analyse rationnelle et je vous invite à la découvrir. Elle s’intègre particulièrement bien dans notre sujet vu que le passage d’un niveau à l’autre est inhérent à tout jeu vidéo. Cette architecture serait parfaitement attendue si nous vivions effectivement dans une grande simulation.

La question serait alors: le suicide est-il considéré comme de la triche?

 

 

Notes:

(1) http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/03/03/terrorisme-la-cinglante-reponse-des-sciences-sociales-a-manuel-valls_4875959_3224.html

(2) http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/02/09/six-chiffres-cles-pour-comprendre-le-suicide-en-france_4861662_4355770.html

(3) https://rhubarbe.net/2012/06/04/la-surmedicalisation-un-dysfonctionnement-majeur-et-systemique/

(4) http://www.lexpress.fr/actualite/sport/rio-2016-una-championne-paralympique-envisage-l-euthanasie-apres-les-jo_1817604.html

(5) https://rhubarbe.net/2015/05/25/etre-ou-ne-pas-etre-une-simulation/

 

 

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008: sciences, société, politique... Indécrottable indépendant ayant travaillé dans la vidéo et l'informatique industrielle. Actuellement dans la photo (www.vincentverschoore.com).

1 réponse

  1. Bonjour, je découvre ton blog avec cet article sans malheureusement avoir le temps de parcourir en profondeur ton site. Mais cet article bougrement interressant m’interpelle et je reviendrais creuser la question. En attendant je te remercie d’aborder ce genre de sujet et d’évoquer ces pistes de reflexion.
    Au plaisir de te lire

    J'aime

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