Le monde ayant suivi, de près ou de loin, les tirs de barrage entre le futur président US Donald Trump et l’establishment, peut se poser quelques questions sur la santé mentale des maîtres de la première puissance militaire mondiale. La situation est brillamment résumée par cet article de Glenn Greenwald dans The Intercept ce 11 janvier (1), intitulé « L’Etat Profond (2) part en guerre contre le Président-Elu », dont je vous traduit ci-dessous la partie qui pose le contexte de l’affaire. Je précise à toutes fins utiles que Greenwald n’est pas un supporter de Trump et qu’il est celui qui a fait publier les découvertes d’Edward Snowden sur la NSA. 

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En janvier 1961 Dwight Eisenhower donna son discours de départ après deux mandats en tant que Président des Etats-Unis. L’ancien général cinq étoiles choisit de mettre les américains en garde contre cette menace particulière à la démocratie: »Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. » Cet avertissement fut donné avant la longue escalade vers la guerre du Vietnam, trois décennies de guerre froide, et l’ère post-11 septembre 2001, toutes périodes qui permirent l’expansion radicale des pouvoirs de cette faction non élue.

C’est cette faction qui est aujourd’hui engagée  dans une guerre ouverte contre le légalement élu et déjà très mal-aimé Donald Trump. Elle utilise les sales techniques classiques de la guerre froide et les ingrédients fondamentaux de ce qui est jusqu’à présent nomme les « fausses informations » (fake news).

Leur meilleur outil sont les médias US, dont la plupart ont pour réflexe d’honorer, servir, croire et prendre parti pour les officiers anonymes des services de renseignement. Et les Démocrates, toujours à terre suite à leur inattendue et traumatique défaite ainsi qu’à l’effondrement systémique de leur parti, chaque jour plus éloignés de la raison, sont prêts – plus que prêts – à embrasser toute déclaration, acclamer toute tactique, s’aligner avec n’importe quel bandit peu importe le degré de vacuité, de trash et de dommages causés par leur comportement.

Les sérieux dangers que posent la présidence Trump sont nombreux et manifestes. Il y a un large spectre de techniques légitimes et efficaces pour combattre ces menaces, des coalitions bipartisanes au Congrès et examens légaux aux manifestations citoyennes et à la désobéissance civile. Toutes ces stratégies ont prouvés, à un moment ou l’autre, leur efficacité en période de crise politique ou de dérive autoritaire.

Mais acclamer la CIA et ses alliés de l’ombre dans la subversion unilatérale de l’élection US et l’imposition de sa propre politique sur le président élu, est autant tordu que contre-productif. Donner ce pouvoir aux entités ayant produit les pires atrocités et manipulations au cours des six dernières  décennies signe un acte de désespoir de la pire espèce. Demander que des assertions anonymes et dénuées de preuve soient instantanément vénérées en tant que Vérité – malgré le fait qu’elle émanent précisément des lieux créés pour le mensonge et la propagande – est un assaut contre le journalisme, la démocratie, et la rationalité humaine. Et étiqueter à la légère des adversaires locaux refusant de s’y plier de traîtres ou d’opérateurs étrangers déloyaux relève de la faillite morale et est certain de se retourner contre ceux qui s’y prêtent.

Au-delà de tout ceci, il n’est pas de meilleure faveur que les opposants de Trump puisse lui fournir que de l’attaquer si bas et si légèrement avec l’appuis des grands médias. Quand il s’agira de mettre en lumière la réelle criminalité et la corruption de la gestion Trump, qui va croire les gens et les institutions qui ont démontré leur volonté à adopter n’importe quel rumeur et fait la preuve de leur incompétence journalistique?

Tous ces ingrédients toxiques furent déployés cette semaine lors de la plus déplorable, à ce jour, attaque par l’Etat Profond contre Trump (3): publier et donner de la crédibilité à un document non vérifié créé par un agent anonyme et salarié lorsqu’il travaillait pour les adversaires de Trump autant du côté des Républicain que des Démocrates, accusant Trump d’un large éventail de crimes, d’actes de corruption, et de comportements salaces. La réaction à tout ceci illustre le faut qu’au delà des dangers que pose la présidence Trump, des dangers de même nature sont posés par ceux qui sont prêts à n’importe quoi pour le bloquer.

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Inutile de préciser que les médias US ne sont pas les seuls à plonger tête première dans l’anti-trumpisme de base et d’accréditer sans sourciller toutes déclarations attribuées aux « services de renseignements » divers et avariés  L’important, finalement, c’est plus le buzz que le journalisme. Mais cette affaire met en exergue une bataille que j’ai abordée plusieurs fois sur ce blog (4), celle de la justification d’actions ou de politiques, telle la Loi Renseignement française ou l’état d’urgence, sur base de la volonté des officines secrètes qui œuvrent le plus souvent hors-la-loi. On pourrait attendre d’un gouvernement démocratique qu’il limite et punisse les excès desdits services afin de protéger la garantie constitutionnelle de vie privée et de liberté d’expression des citoyens, alors qu’il fait tout le contraire en modifiant les lois, de manière autoritaire si nécessaire n’est-ce-pas Monsieur Valls,  pour faciliter les abus et protéger ces officines de possibles conséquences de leurs actions anticonstitutionnelles.

C’est le cas en France comme c’est le cas ailleurs et certainement aux USA où Obama, Prix Nobel de la Paix (LOL), justifiait suite à l’affaire Snowden qu’il fallait bien, pour assurer sa sécurité, laisser tomber la notion de vie privée. Orwell, sort de ce corps! Et souvenons-nous encore et toujours de cette vérité énoncée par F.D. Roosevelt: « Ceux qui abandonnent leurs libertés essentielles pour s’acheter un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté, ni la sécurité. »

 

 

Notes:

(1) https://theintercept.com/2017/01/11/the-deep-state-goes-to-war-with-president-elect-using-unverified-claims-as-dems-cheer/

(2) http://www.kontrekulture.com/produit/l-etat-profond-americain

(3) http://lexpansion.lexpress.fr/actualites/1/actualite-economique/allegations-non-verifiees-sur-trump-le-site-buzzfeed-conspue_1868114.html

(4) https://rhubarbe.net/2015/05/18/services-secrets-letat-cest-nous/https://rhubarbe.net/2015/04/29/services-secrets-marche-pied-vers-la-dictature/ ou encore https://rhubarbe.net/2016/12/16/russie-syrie-usa-cia-pyromane/

 

 

Une réflexion sur “Guerre ouverte entre Donald Trump et l’Etat Profond US

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