La Syrie au secours de Trump.

Donald Trump n’a donc pas raté l’occasion de se refaire une santé politique. Après le désastre Obamacare et pour freiner sa chute sondagière, il a eu recours à la bonne vieille méthode consistant à casser de l’arabe. Peu importe que la Russie demande à l’ONU une investigation sur l’événement de mardi, tout comme cela avait été le cas en 2013. Investigation qui n’avait pas pu démontrer l’implication de l’Etat syrien, et où une attaque rebelle est au moins aussi crédible. Peu importe l’argument russe comme quoi l’opposition dispose de l’arme chimique et l’a utilisée à Mossoul. Peu importe que l’ONU n’issue pas de mandat, Trump balance ses Tomahawks pour détruire une base militaire syrienne près de Homs, là d’où sont censés venir les avions chargés de bombes chimiques.

Attaque sans réelle envergure militaire et qui ne changera rien sur le terrain, mais symboliquement ceci marque l’entrée de Trump dans le sérail: la guerre comme élément central de la politique intérieure US.

Israël jubile, tout comme la majorité politico-médiatique bien-pensante incapable de voir à quel point la validation de son moralisme primaire par quelqu’un comme Trump, par ailleurs continuellement dénigré et ridiculisé par cette même majorité, agissant en dehors-de tout cadre légal, rend illisible toute posture diplomatique digne de ce nom.

Le club des pieds-nickelés (France, UK, USA) qui espérait en 2011 faire tomber Assad en aidant les rebelles et ouvrant ainsi aux djihadistes le grand bac à sable syrien, vient de se trouver un nouvel os à ronger. Après six ans d’incompétence crasse et d’hypocrisie, après avoir été humilié et écarté du devant de la scène par les russes, l’apparente attaque chimique contre la petite ville de Khan Cheikhoun encore tenue par les rebelles a été immédiatement mise sur le dos des forces syriennes.

Comme si Assad, après avoir été à nouveau considéré comme « fréquentable », après avoir mis son arsenal chimique sous contrôle russe, au moment où il pouvait commencer à voir le bout du tunnel, allait tout foutre en l’air en gazant la population d’une ville sans valeur stratégique, se mettant ainsi à nouveau à dos la « communauté internationale » prête à tout pour soigner son ego durablement blessé.

De très nombreux commentateurs mettent en doute la thèse d’une attaque d’Assad, l’ex-ambassadeur anglais en Syrie Peter Ford (1) privilégiant par exemple la thèse d’un impact sur un stock d’armes chimiques détenues par les rebelles. Il existe un précédant, l’attaque au gaz sarin contre la Ghouta en 2013 immédiatement attribuée aux forces syriennes. Thèse également très critiquée par de nombreux observateurs occidentaux, sans parler des Russes.
J’ignore la vérité mais quand on ne sait pas, la première question que l’on devrait se poser est: à qui profite le crime? Certainement pas à Assad ni aux Russes.

Dans son allocution de ce matin (2), Trump justifie l’attaque contre la base aérienne syrienne par rapport à la sécurité nationale US. Ce qui revient à dire que le chaos moyen-oriental créé en majeure partie par les US pour raisons de sécurité nationale, est lui-même devenu un risque pour la sécurité nationale, justifiant ainsi encore plus de chaos au nom de la sécurité nationale. Son appel à la guerre contre le terrorisme résonne étrangement comme celui de W. Bush quelques jours après les événements du 11 septembre 2001. A l’époque on pouvait encore croire à une bataille entre nous et l’obscurantisme fanatisé. Aujourd’hui, après des centaines de milliers de morts inutiles, de pays dévastés, de mauvais régimes remplacés par pire encore, nous avons perdu et notre liberté et notre honneur.

 

Notes:

(1) https://www.youtube.com/watch?v=pS6Oa_aDS6E&feature=youtu.be

(2) https://www.youtube.com/watch?v=70sKyJ_aw70

 

 

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